Memento Amori
"28 Years Later" est enfin sorti en salles, et c’est l’heure de plonger à fond dans les spoilers du film. Je vais vous donner mon avis spoiler complet, en analysant les parties les plus folles et ambitieuses du film, comment il élargit l’univers de "28 Days Later", et aussi pourquoi il crée une énorme division parmi les spectateurs. Beaucoup, et je veux dire vraiment beaucoup, sortent déçus, le qualifiant même de pire film de l’année, ce qui me laisse franchement perplexe.
Je vais aussi décortiquer la fin de "28 Years Later", parce que, honnêtement, j’étais aussi perdu que vous en la regardant. Après avoir fait des recherches, lu de nombreux articles et interviews du réalisateur, cette fin est bien plus tordue qu’on ne le pensait. Que vous ayez aimé ou détesté le film, dites-moi ce que vous en pensez. Et dites-moi aussi si vous attendez la suite, "28 Years Later: Bone Temple", prévue en janvier, réalisée par Nia Dosa.
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Pour résumer mon ressenti, je suis sorti du film conquis. Je pensais que beaucoup seraient sceptiques, un peu comme ce qui s’est passé avec "A Quiet Place Day One", qui s’est vendu comme un grand film d’invasion alien à New York, mais qui s’est finalement révélé être une histoire profondément humaine, centrée sur une femme malade cherchant une pizzeria. J’avais adoré ce choix, justement parce que ça cassait les codes du genre. Et pour "28 Years Later", on a une histoire post-apocalyptique sur un père et son fils, avec un virage narratif très fort à partir de 20 minutes, quand le film devient un récit sur une femme malade (la mère) cherchant un remède, accompagnée de son fils qui découvre un monde qu’il ne connaît quasiment pas.
C’était inattendu, et ce n’est pas parce que j’aime le subversif ou le différent : beaucoup de films que j’ai vus, qui prenaient une autre direction que prévue, je les ai détestés. Mais là, "28 Years Later" m’a vraiment touché émotionnellement surtout la partie du cancer , qui a fait écho à ma vie. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi autant de monde l’a rejeté. Et pour ceux qui l’ont détesté, votre opinion est tout à fait valable, mais je me demande juste ce qu’ils attendaient.
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Les 20 premières minutes sont unanimement saluées. On découvre un village en quarantaine depuis le début de l’épidémie des infectés (le film utilise même le terme « zombies » à un moment, ce qui peut faire grincer des dents certains puristes). On suit Spike et son père Jaime, prêts pour leur première aventure hors du village — un rite de passage que les enfants du village doivent accomplir. Spike a 12 ans, un peu plus jeune que la moyenne, car son père pense qu’il est prêt. La relation père-fils est magnifique, portée par Aaron Taylor-Johnson et Alfie Williams, qui joue Spike avec une justesse impressionnante. Le duo est touchant, l’évolution du garçon au centre du récit est ce qui va porter la trilogie, si elle se concrétise.
Leur aventure se complique quand la marée monte, isolant leur village. C’est un super mécanisme narratif, car ça limite le temps et ajoute de la tension, notamment pendant la course-poursuite contre un alpha infecté dans l’eau — une scène haletante filmée magnifiquement, malgré l’utilisation de caméras iPhone ! Danny Boyle réussit à sublimer des moyens techniques très limités.
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Mais la vraie rupture vient après, quand le village célèbre leur retour. Le père exagère ses exploits pour valoriser Spike, qui se sent trahi car il sait qu’il n’a pas été aussi héroïque. Cette première fissure dans leur relation, couplée à la découverte par Spike que son père le trompe, crée un questionnement profond. Le film explore cette désillusion enfantine avec une subtilité rare — un enfant né en quarantaine, ignorant presque tout du monde d’avant l’épidémie, confronté à la complexité des adultes et à la réalité brisée.
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Cela m’a beaucoup parlé car c’est un vrai récit initiatique dans un contexte zombie. Beaucoup de spectateurs voulaient un simple film d’horreur avec des zombies, pas une étude psychologique et sociale sur la nature humaine. Mais la saga "28 Days Later" n’a jamais été un simple film de zombies : elle a toujours mis l’accent sur la chute de la société, les choix humains dans la crise, et le regard critique sur la survie. Le vrai danger dans le premier film, c’est souvent les humains eux-mêmes, pas les infectés. On se souvient de la scène puissante où Cillian Murphy tente de sauver deux filles de soldats violents, et où l’une d’elles le prend pour un infecté, soulignant que l’homme est parfois aussi monstrueux que le virus.
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Un autre point clé est le personnage du docteur Kelson, joué par Ralph Fiennes. Au départ, il est perçu comme un méchant monstrueux, notamment pour son étrange temple de crânes. Mais la vérité est beaucoup plus nuancée : ce temple est un hommage aux morts, une manifestation du concept latin "memento mori" — « souviens-toi que tu vas mourir ». Kelson voit les infectés non pas comme des monstres, mais comme des malades, une maladie à comprendre plutôt qu’à détruire. Cette approche rappelle des œuvres comme "I Am Legend", où le traitement des infectés interroge notre rapport à la maladie, ou *The Last of Us*, où les infectés ne sont pas que des ennemis, mais aussi une part tragique de l’humanité. C’est aussi un écho au remake de *Dawn of the Dead* où la naissance d’un bébé infecté fait question.
Alex Garland, scénariste, a expliqué que Kelson ne tue pas les infectés parce qu’il les considère comme des humains malades, pas des monstres. C’est une approche médicale et philosophique, montrant que la différence apparente peut cacher des similarités profondes.
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Cela m’a passionné parce que ça donne une lecture différente du virus rage, non pas comme une simple menace extérieure, mais comme un miroir de notre humanité. Le film pousse aussi une idée forte : il n’y a pas de remède pour l’infection. Ils sont là pour rester, ce qui est décevant pour ceux qui cherchaient une solution miracle.
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Enfin, cette transformation du film de zombie en histoire d’apprentissage pour un enfant né en quarantaine est une vraie originalité. C’est une démarche rare, qui renouvelle le genre en introduisant une dimension émotionnelle et sociale, plutôt que d’enchaîner les scènes de morsures et de fuite.
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Si on cherche les influences, on trouve :
-I Am Legend, avec son traitement empathique des infectés comme des victimes,
-The Last of Us, qui classe les infectés dans différentes catégories et explore la quête de remède,
-Dawn of the Dead (remake), avec la naissance d’un bébé infecté qui bouleverse les perspectives, et des films comme "A Quiet Place" qui jouent sur l’attente du public et livrent une histoire profondément humaine plutôt qu’un simple thriller.
Pour conclure, 28 Years Later divise parce qu’il casse les codes du genre zombie. Il privilégie la relation humaine, la désillusion, et la réflexion sur ce que signifie vivre dans un monde brisé, plutôt que la simple peur et le spectacle. C’est une proposition audacieuse, qui, pour moi, enrichit cet univers post-apocalyptique. La musique du film est une des meilleures soundtrack de cette année.