Ces temps ci les blockbuster de zombies se font plus rares, pour ceux qui aiment les faces défraîchies c'est un moment excitant à ne pas louper, surtout pour une saga comme 28 jours plus tard.
Mais voilà, à la sortie de la séance c'est une sensation douce amer qui me tiraille, impossible de savoir si j'avais aimé ou non. Dans un premier temps il m'est venu à l'idée que Boyle comme Garland voulaient proposer une vision rafraîchie d'un univers très sombre, et qui surtout menaçait de s'entériner dans une redite qui virerait au kitsch.
Beaucoup, comme moi, s'attendait à retrouver la brutalité fiévreuse des opus précédents, le gore et la violence qui caractérise cet univers, ou la frontière entre l'homme et l'animal se brise, pour les infectés comme pour les humains. Et tout cela a raison ! Car la bande annonce et la promotion du film nous on laissé fantasmer un film bien plus barré et sombre, par ce poème glaçant et ces images illustrant un monde mortifère, loin derrière la modernité et proche de la folie. Le personnage campé par Ralph Fiennes avait de quoi nous intriguer, je m'étais imaginé un survivaliste fou, gourou d'une secte allant de paire avec les infectés, une plongée bouillantes dans les entrailles de la rage. Finalement, pas tellement, le film s'écarte de cette volonté de violence, de déferlement sanglant pour ouvrir sur une réflexion plus sensible, laisser entrevoir la libération dans un monde d'apparence condamné et puis, un monde hybride, non plus seulement qui survit, mais qui vit. Tout ça c'est très bien dans l'idée, mais en pratique c'est pas terrible malheureusement. Danny Boyle tente des choses, ça c'est indéniable et c'est plutôt réussi dans l'ensemble, on retrouve sa mise en scène furieuse qui trouve ici une appenrence aussi magnifique que spectaculaire, notamment lors de la course poursuite sur fond de voie lactée. La première moitié du film est je dirais la meilleure. On y retrouve le sel de ce qui fait cet univers ce qu'il est, nerveux, flippant, angoissant et enragé. Rapidement une situation normale bascule et plonge les personnages dans un monde hostile et imprévisible, l'apocalypse est passé et elle ne laisse que la désolation. Cette première moitié assez classique mais efficace, nous laisse entrevoir ce que le film a de mieux à nous proposer, une montée en pression étouffante et furieuse incessante promettant le pire pour les personnages mais le meilleur pour les spectateurs. La fragilité de leur condition, qui se retrouve jusqu'au foyer même du protagoniste, la menace des infectés toujours persistante et même pire (d'ailleurs savamment mis en scène dans ces visions fiévreuse de nuit lors d'une chasse), la curiosité d'un monde plus large donnent toutes les clés au spectateur pour appréhender un film qui va se déchaîner. Malheureusement toute cette construction est envoyée en l'air par la seconde moitié, qui détruit littéralement toute la cohérence et le danger qu'incarnait le continent. Et c'est aussi ici, qu'apparaissent les symptômes d'un film asthmatique qui engendre des problèmes de rythme. Si la tension était partout et le danger aux portes de la rive, tapis dans les forêts et les collines ici il n'est plus. Le personnage principal, qui est un enfant n'ayant quasiment aucun réflexe de survie ayant grandi dans un contexte post apocalyptique, du moins pour la grande Bretagne, et qui peinait (et à raison) à se défendre face aux infectés, mène sans mal sa mère dans ce milieu hostile. Il va même plus loin que sa toute et unique première sortie, faisant preuve d'un sens de l'orientation et d'une intuition exceptionnelle, accompagné de sa mère malade et instable qui, par chance, ne subit jamais vraiment de crise violente comme présenté au début du film. Certes, ils trouveront l'"aide" d'un garde cote, équipé à défaut d'être expérimenté, qui les accompagnera le temps d'une promenade, illustrant le décalage entre la zone de quarantaine et le reste du monde. Puis, enfin, comme montré dans la bande annonce, le docteur Kelson, supposé fou, que l'on gardera à l'œil, prêt à le voir déballer le grand jeu, et puis non, c'est juste un docteur sympa un peu trop dans son délire, mémento mori. Cette partie est assez inattendue, c'est d'ailleurs l'un des aspects rafraîchissant du film, offrant une vision poétique et hybride au spectateur allant au delà des attentes évidentes du film. Il y retravaille l'idée de la mort et de la maladie et son acceptation, dans un monde où cette notion est presque banale. Boyle, y intègre également un enfant issu d'une infecté, manifestement sain et qui laisse entendre qu'il pourrait se cacher l'idée d'un remède dans son adn. Même si cette idée n'est pas explicité par le film, nul doute que beaucoup d'entre nous y ont pensé. Maintenant il est temps de rentrer, d'ailleurs j'étais certain que le père irait au secours de sa famille, mais qui au lieu de ça est resté sagement chez lui, d'un air accablé, à l'attente des siens. Le film ne redecolle jamais après l'acte du docteur Kelson. Le protagoniste dépose l'enfant au village sans que les gardes ne le voient, et puis décide de faire son chemin seul, partant à l'aventure pour l'Angleterre au grand désespoir de son père. Jusqu'à un dernier soubresaut introduisant un groupe assez excentrique de blond / cascadeur étrange venant en aide à notre cher protagoniste, laissant entrevoir la possibilité d'une suite, peut être 28 décennies plus tard ? Qui sait ?
Ce qui est frustrant c'est que le film essaie des choses mais ne parvient pas à trouver son équilibre, introduire un nouveau contexte avec ses lois et ses menaces, garder les lettres de noblesse de la saga et s'en émancipé pour proposer une vision plus poétique et large qu'une simple boucherie. Sauf qu'on sait pas trop quoi en penser et que chaque proposition est intéressante mais ne fonctionne pas vraiment les unes entre les autres, nous laissant sur notre faim. Et puis, ce village, au final, n'est il pas de trop, toute cette intrigue avec le père et la fête et l'infidélité qui est amorcé par le film, que l'on peu comprendre au vu de la situation et qui ne mène nul part. N'aurez ils pas mieux fait de débuter l'histoire sur la plage, simplement, avec la mère malade et le père à bout, l'enfant tiraillé entre ses parents et ce monde hostile, qu'il découvre avec les yeux de la naïveté et de l'insouciance, allant droit au but quite à nous offrir un condensé plus nerveux que jamais ? Toute cette construction autour de la famille qui pourrit et l'ambiguïté du père d'on on ne peut vraiment lire les idées profondes pour au final complètement l'abandonner. Ce que le film raconte c'est l'histoire d'un enfant, plutôt un ado d'ailleurs, qui veut sauver sa mère, donc sa famille, tandis que le père lui, reste passif à attendre, il subit. L'ado lui decide d'affronter la fatalité du monde pour tenter de sauver sa mère qui est en réalité condamnée, qu'il apprendra à ses dépends lui enseignant une vérité plus profonde. C'est l'histoire d'une famille noyé au milieu d'un monde perdu et d'un jeune qui se rebelle, pourtant Doyle, ou plutôt Garland passe à côté, délaisse le père et l'intensité pour une vision poétique qui manque d'aplomb et qui surtout defonce toute la première partie du film. Pour mener à l'idée d'un road movie sanglant, ou peut être ces thématiques seront abordés plus tard.
Au final, de très bonnes idées de mise en scène, parfois très entraînante, mais une histoire qui tombe un peu à l'eau en se contredisant, ratant le coche d'en faire quelque chose de peu être plus convenu mais plus fort et surtout plus étouffant.