Injustement méconnu, Il Bidone est un véritable chef d'oeuvre de l'un des maîtres du néoréalisme italien : Federico Fellini. Il faut faire un effort pour y déceler la touche fellinienne, marque de fabrique plus évidente à percevoir dans un film tel que La Voce Della Luna... Sortie en 1955 dans l'indifférence la plus totale, ce petit bijou est à la fois emplit de cruauté et d'humanité. Jugez en par vous-même à partir de ce bref synopsis : Augusto, Roberto et Picasso sont trois arnaqueurs à la petite semaine. Ils passent le plus clair de leur temps à abuser de la sympathie de leur victimes en se déguisant en hommes d'église, afin de leur soutirer de l'argent par le biais de quelque subterfuge. Mais un jour Augusto ( le plus âgé ) décide d'en finir avec ces combines... Le choix d'un personnage pieux - bien que factice - n'est certainement pas anodin : car le film de Fellini parle de rédemption. Les personnages ( et principalement Augusto l'aîné et Picasso le faible ) sont en quête de repentir et ne parviennent jamais à atteindre le sublime et les hautes valeurs morales...A la différence de Fellini, de l'acuité de son jugement et du traitement de ses créatures. Un chef d'oeuvre qu'il me semblerait juste de réhabiliter.
Oeuvre mésestimée, Il Bidone est pourtant un film majeur du Maestro. Fellini n'est guère tendre avec ses personnages, pas parce que ce sont des escrocs, mais parce qu'ils essayent de se racheter trop tard. Le processus d'identification est fort, porté par une mise en scène formidable de justesse, où le côté fameusement baroque s'y infiltre en filigrane, avec une couche de subtilité exemplaire. Ce superbe opus fellinien nous donne l'occasion d'apprécier la meilleure performance d'un grand comédien, Broderick Crawford.