La critique révèle pas mal d'éléments sur la construction du film, ce qui pourrait gâcher le plaisir de celui qui voudrait découvrir le film avec un œil totalement neuf.
Un film sur la dépression, plutôt casse-gueule comme sujet. Et pourtant Jodie Foster relève le défi haut la main, grâce à cette marionnette, aussi attachante et drôle au début, qu'elle en devient par la suite intrigante puis terrorisante. Et c'est parce que le film suit le même parcours que cette peluche (ou l'inverse en fait) et se renouvelle à chaque instant, que le spectateur est de plus en plus capter par un thème qui aurait pu vite lui plomber le moral et perdre son adhésion.
Après une exposition assez rude sur une famille en pleine crise, entre un père suicidaire, une mère désemparée, un aîné qui tend à suivre le même chemin que son père, et un cadet renfermé sur lui-même, Jodie Foster choisit la carte de l’accalmie lors de la première partie du film, avec l'arrivée de ce castor à la bouille plutôt attachante et à l'humour qui fait souvent mouche. Dans un climat plus ou moins apaisé, le spectateur peut faire connaissance et se prendre de sympathie pour cette famille pourtant au bord de la rupture. Mais derrière ce climat redevenu faussement paisible, on sent, comme la mère, que tout n'est que mis en sourdine, et que le petit rongeur, s'il permet au père de communiquer à nouveau avec le monde, n'est en fait qu'un masque qui l'empêche de se confronter directement avec la réalité.
Puis c'est la rupture, la famille éclate à nouveau, le père subit petit à petit le revers de son propre mensonge et finit par sombrer dans un schizophrénie que l'on sentait sommeiller depuis longtemps. Le film prend aux tripes, déstabilise jusqu'à la scène du garage, véritable choc, ultime recours pour un père qui doit à nouveau se confronter à la réalité. La dernière partie du film se veut celle de l'acceptation de la maladie, de soi, et de la potentielle reconstruction de cette famille. Et au spectateur de ne pouvoir retenir son émotion.
D'un scénario intelligent et brillamment écrit et construit, Jodie Foster fait un film fort et émouvant, en y apportant toute la sensibilité qu'on lui connaît. Un film sur la dépression, mais aussi sur le propre de l'homme de se cacher derrière un masque (la castor pour le père ; le rôle de nègre ou la comparaison à son père pour le fils), la difficulté de se confronter à la réalité, la solitude et le besoin des autres. Un film poignant porté par des acteurs au sommet de leur art. Mel Gibson (mettez ses déboires de côté le temps du film) signe sans doute sa plus belle prestation, et donne vie à deux personnages à la fois, ce père perdu dans sa vie et cette marionnette qui vit complétement par lui et la caméra de Jodie Foster. Jodie Foster justement, qui endosse sans problème la double casquette de réalisatrice-actrice, et est tout simplement déchirante en femme aimante mais désemparée. Anton Yelchine et Jennifer Lawrence, déjà remarquables dans, respectivement, Alpha dog et Winter's Bone, confirment leur statut de jeunes acteurs à suivre.
Jodie Foster signe un film poignant et puissant sur la difficulté de s'accepter et de se confronter au monde, et offre à Mel Gibson son plus beau rôle depuis longtemps.