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Piérick
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5,0
Publiée le 7 novembre 2021
Le Solaris de Tarkovsky est un pur chef d’oeuvre, probablement l’un des plus grands films de science-fiction jamais tourné ! La photographie, les acteurs, le scénario et les dialogues (merci aussi à l’auteur, Stanislas Lem !), la complexité de la pensée russe, tout concourt à faire de ce film un monument du cinéma tous genres confondus ! Avec ce message essentiel : le but ultime de toute existence, c’est de trouver l’Autre.
L’histoire est très intéressante. Mais c’est traité de façon très lente et bavarde. Ça peut fasciner (comme je l’avais été par Stalker du même Tarkovski) ou profondément ennuyer. J’ai fortement penché vers la deuxième option. Je n’ai pas du tout accroché aux dialogues, qui forment la partie essentielle du film, ni aux performances des acteurs, un peu trop dramatiques. Question de culture sans doute. Il reste quelques bonnes séquences malgré tout, notamment la dernière scène, sublime, et un traitement original d’une histoire de SF.
Souvent incompris, parfois critiqué pour sa longueur, le Solaris de Tarkovski dans le prolongement de ses critiques inhérentes interroge les limites de l'entendement. Est-il nécessaire de voir une cause première pour admettre que l'homme est un attribut fini ? Encore que, si cette cause n'appartient pas à notre espace, peut-on dire qu'elle nécessite les actions en cela seul qu'elle s'est déjà manifestée ailleurs ? En tourmentant ses explorateurs, Tarkovski illustre en mouvement le texte de Stanislas Lem. Si l'espace de nos sociétés est contingent, c'est donc qu'on peut en modifier la nature. Néanmoins, est-ce que toutes les modifications peuvent se dire judicieuses au moment où les hommes prennent conscience de leur finitude à travers l'exploration de l'univers ? Plutôt qu'une évolution, la conquête de l'espace est un écho à l'étroitesse avérée de l'espace humain, espace souvent mal maîtrisé, à l'image de la Russie qui s'étend nonobstant ses axes. Il ne suffit pas de grandir pour maîtriser, encore faut-il saisir le mécanisme de ce qui nous fait grandir au risque sinon de tomber l'égocentrisme. Le "Je" affirme souvent trop alors qu'il est loin d'être rejoint par l'entendement. Lorsque les idées prennent vie sur la station Solaris, c'est tout un pan ignoré de l'entendement qui se fait jour, simultanément à la conscience d'être assujetti à un être omniscient. De fait, il semble bien qu'il faille se détourner une fois des certitudes si l'on veut tester la fiabilité de notre raisonnement. Et quand le personnage revient sur Terre, il s'effondre de savoir encore moins de vérité que ce qu'il pouvait en supposer naguère. Quelque part, la démarche est cartésienne mais elle se termine en monadologie : les portes et les fenêtres de l'Univers ne montrent qu'un reflet de l'homme dans ce qu'il a de plus inabouti. Dans ces conditions, l'humilité prévaut sur toute tentative de domination. C'était peut-être ça le meilleur des mondes possibles de Leibniz, une conscience d'être-après.
Avec Solaris, Andreï Tarkovski détourne magistralement la science-fiction pour en faire une méditation métaphysique sur la mémoire, la culpabilité et les limites de la conscience humaine. Là où beaucoup auraient privilégié le spectaculaire technologique, Tarkovski choisit une mise en scène contemplative et hypnotique, où chaque plan semble suspendu entre rêve et introspection. La station spatiale devient moins un lieu scientifique qu’un espace mental hanté par les regrets et les désirs enfouis de ses occupants. Le film impressionne par sa capacité à faire naître une émotion profondément intime à partir de concepts philosophiques abstraits, notamment à travers la relation ambiguë entre Kris Kelvin et Hari. Malgré une lenteur radicale et des séquences volontairement austères qui peuvent éprouver la patience, Solaris demeure une œuvre d’une densité spirituelle exceptionnelle.
Dans un futur qu'on devine proche, un docteur en psychologie est envoyé sur une station spatiale en orbite de la planète Solaris pour étudier le comportement des cosmonautes, qui procure des inquiétudes à la communauté scientifique soviétique. Son rapport d'expertise décidera ou non, s'il y a lieu de continuer les recherches sur cette planète. Le film est construit en deux parties. La première a lieu sur terre, et nous narre les évènements étranges qui ont eu lieu sur Solaris. Cette longue introduction nous invite aussi à entrer en relation avec le docteur Kris Kelvin, sa famille, l'endroit ou il demeure, mais aussi sa mélancolie. La deuxième partie se déroule dans le vaisseau, et nous amène, peu à peu, dans une histoire métaphysique. Ici, l'un des talents de Tarkovski est de parvenir à cramponner le spectateur au personnage du docteur. Voir à plusieurs reprises Kris Kelvin évoluer dans un pyjama brodé avec ses initiales, pourrait prêter à sourire. Mais cette tenue vestimentaire ajoute un surcroît d'intimité vis à vis du docteur. De même, tout comme Kris, nous sommes emportés dans un tourbillon de questionnements, à l'image de l'océan cérébral de Solaris. Qu'est ce qui est réel? Quelle est la part du rêve? Nos souvenirs forts peuvent-ils se matérialiser? Avons-nous dans notre subconscient des pouvoirs liés à l'immortalité? Tout comme Kris Kelvin, on est sans cesse en proie au doute, mais on vit aussi des moments de bonheur intenses. Et que faut-il penser de cette planète? Peut-elle apporter des bienfaits inouïs à l'humanité, ou à contrario, présente-t-elle un véritable danger? L'interprétation est impeccable, la lente trame scénaristique est exigeante mais très cohérente et indispensable. Et tout comme dans le "2001" de Kubrick, le dernier plan est magistral, et nous envoie vers d'autres questionnements. D'ailleurs, beaucoup de critiques affirment que "Solaris" est une réponse à "2001". C'est vrai. Mais j'ajouterai le qualificatif de "complémentaire". Alors que le Kubrick traite de l'évolution de l'humanité de ses origines à son devenir, le Tarkovski va s'intéresser au voyage intérieur. Les deux mises en scènes sont époustouflantes. L'une plus épique, l'autre plus naturaliste. Un exemple technique est à comparer pour s'amuser à trouver des différences et similitudes entre les deux films. Ce sont deux plans de coupe plastique. Dans "2001", c'est le plus célèbre de l'histoire du cinéma. Cet os envoyé dans les airs par notre lointain ancêtre, qui sur le plan suivant devient la station orbitale, balayant ainsi des millions d'années d'évolution. Il apparait après l'introduction. Dans "Solaris", c'est cette petite plante posée contre un hublot de la station orbitale, qui devient ces algues flottant dans l'étang mortifié de la propriété paternelle, et qui semble indiquer un retour sur terre. Il apparait dans l'épilogue. Mais ce qui unit le plus sûrement ces deux films, c'est que ce sont deux chefs-d'œuvre.
Vue comme l'anti-2001, Solaris est enfaite assez éloigné ce dernier. Pour ce qui de la comparaison et pour ce ça soit clair, il n'arrive pas à la cheville du Kubrick ( personne n'y arrive d'ailleurs dans le genre science-fiction ). Pour qu'il est du film a lui-même, d'abord c'est lent très lent, c'est contemplatif mais c'est beau très beau. L'écriture est d'une énorme intelligence, c'est clairement le point fort du film, mêlant plusieurs sujets métaphysique ( sur l'amour, la mort, le lien des deux, et aussi sur l'isolation, la peur, la conscience, ect ... ) de début à la fin c'est des questions et encore des questions. Les décors et les effets peut cependant parait kitch mais contribue énormément à l'ambiance qui est juste intriquant et même gênant. Un film spécial.
Adaptation bancale du chef d’oeuvre de Stanislas Lem. Quelques scènes sublimes, soulignées par le choral BWV 639 de Bach, illuminent un film trop bavard rendu austère par la laideur assumée des décors soviétiques années 70. On est assez loin du roman, mais il y a quelque chose d'attirant dans ce film, dont l'étrangeté ne réside pas tant dans l'histoire originale que dans la vision qu'en a Tarkovski.
Une véritable leçon d'épistémologie des sciences. Film sublime, qui sait poser les justes questions et laisser le temps au spectateur d'y réfléchir. Tarkovsky est un maitre en la matière, et quoi de mieux que la science-fiction pour nous proposer une expérience sur les limites de la réalité telle qu'elle nous est donnée à voir ? Solaris est une expérience mentale forte, qui nous réinterroge sur la pertinence de nos cadres scientifiques théoriques et nos capacités à les remanier face à des faits qui les bouleversent.
Il m'a retourné, carrément. J'ai été particulièrement touché par la manière dont Tarkovski aborde la nostalgie et le manque d'une personne décédée. j'ai moi même perdu ma grande soeur il y'a quelques années, et ce film a rajouté du poids dans mon deuil, ça a, et c'est toujours très dur de vivre avec. J'ai totalement transposé l'histoire dans ma vie personnelle. Ce métrage m'a vraiment fait découvrir (il aura fallu ça) que je reverrai jamais ma soeur défunte, elle n'existe plus, du moins elle n'apparait plus à mes sens. Franchement, je trouve ce film grand, un vrai brainstorming émotionel, du moins c'est ce qu'il m'a procuré !
très bonne ambiance, tout va lentement et ici c'est ce qui rend le trip fascinant plutot qu'ennuyeux. la vitesse du film fait penser à Blade Runner, c'est lent mais ça nous permet de rentrer encore plus dans le film. il existe une autre version sortie en 1968, noir et blanc, pour la télé russe, encore plus intimiste, qu'on peut trouver en dvd import.
Malgré une tendance ancrée à étirer les plans, imposer un rythme lent, insister sur l'ambiance austère de la station spatiale, la mise en scène exerce une fascination certaine par son attention aux sentiments des personnages, par son épure (magnifiée par la musique lancinante de Eduard Artemyev), par son entrelacement des temporalités ou des inconscients. Mise en abîme silencieuse, ce récit de science-fiction (aux considérations écologiques implicites) interroge le pouvoir de l'imagination, mais surtout la capacité à se créer son propre univers mêlant fantasmes, souvenirs, réalités alternatives. Manifestant l'incapacité à apprécier ou à respecter ce qui peut apaiser (sublime photographie de la nature) autant que la difficulté à appréhender le réel (tout en craignant la folie) et à affronter ses peurs ou ses failles, l'intrigue présente une romance cruelle, rendue émouvante par la vulnérabilité assumée de Natalia Bondartchouk (car elle ne se vit pas comme une simple (re)construction mentale du héros, se montrant sans doute plus humaine que les scientifiques anesthésiés) autant que par l'intrication (inéluctable?) entre souffrance et amour. Une envoûtante odyssée, mélange d'étreinte mélancolique et de doux espoir.
Solaris suit un homme envoyé sur une station spatiale confronté à quelque chose qu’il ne peut ni expliquer ni maîtriser. Un film exigeant que j’ai trouvé marquant par sa profondeur, même s’il demande une vraie implication.
Avant de le voir, il peut être utile de savoir qu’Andreï Tarkovski propose ici une œuvre à contre-courant de la science-fiction classique. Tourné en Union soviétique au début des années 1970, le film utilise ce cadre pour explorer la mémoire, la conscience et le temps plutôt que le spectacle. Adapté du roman de Stanisław Lem, il s’en éloigne en privilégiant une approche introspective, faite de plans longs, d’ambiances et d’une mise en scène centrée sur l’expérience intérieure.
Le film explore avant tout la mémoire et la culpabilité, en confrontant son personnage à un passé qu’il ne peut ni fuir ni réparer. Il interroge la manière dont les souvenirs, les regrets et les émotions persistent dans le présent, jusqu’à brouiller la frontière avec la réalité. À travers cela, il propose une réflexion sur l’identité et sur la difficulté d’affronter ce que l’on a perdu ou mal compris.
Le récit s’intéresse aussi à l’amour, à la solitude et aux limites de la connaissance humaine. Il montre que la science ne peut répondre à certaines expériences liées à l’émotion et à la conscience. L’inconnu n’est plus quelque chose à conquérir, mais une réalité que l’on ne peut appréhender qu’à travers soi-même. Le film oppose également la froideur de l’espace à la mémoire de la Terre, en soulignant un besoin de lien et de réconciliation.
Qui suis-je pour poser une critique sur une œuvre de Tarkovski ? Solaris est un film d’une grande beauté, avec des images marquantes, une composition très travaillée et une atmosphère forte. J’ai été impressionné par cette approche de la science-fiction tournée vers l’intime, avec une cohérence artistique qui rend l’ensemble immersif. Le film dégage une vraie puissance, portée par une profondeur philosophique qui marque durablement.
Mais cette richesse peut aussi devenir une limite. La narration est exigeante et rend le film parfois difficile d’accès, avec une mise en scène du temps très particulière. Le rythme est lent, sur une durée importante, avec des séquences étirées qui demandent une réelle disponibilité. C’est typiquement le genre de film qui gagne à être revu pour en saisir toute la portée.
Au final, Solaris propose une expérience de cinéma singulière, qui dépasse largement le cadre de la science-fiction pour interroger la mémoire, l’amour et la conscience. Un film marquant et exigeant, qui impressionne autant qu’il peut laisser à distance.