Prometheus est un film qui, dès sa conception, assume pleinement l’envie de prendre les spectateurs, et en particulier les fans de la saga Alien, à contre-pied. Il aurait été facile de faire un retour direct à la planète d’origine, de rejouer la partition familière du Huitième Passager, surtout après plusieurs dérives discutables comme Alien Resurrection ou les AVP. Mais Ridley Scott choisit autre chose : s’éloigner délibérément du xénomorphe pour proposer un récit antérieur, plus métaphysique, plus ouvert, qui s’intéresse autant à l’origine de la créature qu’à l’origine de l’humanité elle-même.
Ce pari est audacieux et il est, pour une partie du public, réussi.
La première scène d’ouverture avec l’Engineer et son sacrifice originel est visuellement magnifique, presque hypnotique. Elle pose d’emblée une tonalité mythologique, presque sacrée, qui ne m’a pas dérangée. J’ai trouvé cette intrigue « proto-biblique » intéressante : c’est du cinéma, de la fiction, et je n’ai aucune difficulté à accueillir ce type de proposition spéculative sans la prendre au pied de la lettre.
Là où Prometheus se met immédiatement à vaciller, c’est dans l’écriture de son équipage
: un ensemble de « meilleurs spécialistes » supposément réunis par un milliardaire en quête d’immortalité… mais qui se comportent avec un niveau de stupidité dramatique rarement atteint.
C’est là que le film commence à perdre sa crédibilité : les décisions absurdes s’enchaînent, les incohérences comportementales deviennent presque comiques malgré elles,
et l’ensemble paraît constamment manipulé par David
plus par naïveté scénaristique que par subtilité dramaturgique.
On peut citer les deux scientifiques perdus dans la grotte alors qu’ils avaient cartographié les lieux, ou encore bêtement fascinés par une créature inconnue qu’ils auraient dû approcher avec la prudence d’experts. On peut citer la rigidité froide et finalement inconsistante du personnage incarné par Charlize Theron, ou ces scènes mémesques, au sens littéral, où certains personnages courent en ligne droite devant un objet roulant alors que la solution évidente serait de simplement dévier d’un pas
. Ces maladresses entament profondément la portée dramatique du film.
Pourtant, Prometheus n’est pas dépourvu de réussites. Naomi Rapace apporte beaucoup de sincérité à son personnage, et Michael Fassbender livre une interprétation brillante et glacée de David, pleine de nuances inquiétantes. Certaines séquences sont remarquablement conçues :
la césarienne mécanique reste un moment de cinéma très fort, viscéral et tendu, et l’esthétique générale de la planète ainsi que la représentation des Engineers ont une puissance visuelle indéniable.
Le film se perd surtout dans sa relation ambivalente au mythe du xénomorphe. Il s’efforce parfois à l’excès de ne pas satisfaire le public trop facilement,
comme si l’absence volontaire de la créature était en soi un geste artistique plus important que la cohérence narrative. La scène finale qui introduit finalement une forme « proto-xéno » apparaît presque comme un clin d’œil forcé, une concession maladroite.
On comprend l’intention : éviter le fan service pur et dur. Mais l’exécution finit par donner l’impression d’une gymnastique scénaristique pesante, artificielle, qui retarde inutilement ce qui pourrait très bien coexister avec un récit d’origine plus ambitieux.
Au final, Prometheus est un film paradoxal : esthétiquement fort, conceptuellement intriguant, thématiquement prometteur… mais desservi par une écriture de personnages catastrophique. Il avait ouvert des portes, il proposait une nouvelle mythologie, il posait les bases d’un univers élargi. Malheureusement, les maladresses de Prometheus deviendront les failles béantes de Covenant, qui enterrera définitivement tout ce potentiel.