Le réalisateur français Pete Travis ne vous dit peut-être rien, et pourtant... c'est bien lui qui est à l'origine de la ré-suscitation au cinéma du personnage de Judge Dredd, dix sept ans après une première réalisation avec Sylvester Stallone jugé plutôt décevante. Si certains pourront déjà se réjouir de voir enfin une adaptation quelque peu fidèle aux comic-books d'origine, d'autres regretteront à coup sur le résultat final. Blockbuster à demi-teinte ou une honnête série B ? Question de point de vue.
A Mega City One (métropole des Etats-Unis), le maintien de l'ordre est sous la responsabilité d'une police urbaine appelée communément des Juges. Parmi eux, le Juge Dredd, l'un des Juge les plus emblématique, se voit confier une jeune recrue, la Juge Anderson qui pour sa première intervention va devoir affronter un univers barbare contrôlé par Ma-Ma, ancienne prostituée devenue baronne de la drogue et.... c'est tout ! Inutile ici de s'attendre à une intrigue très développée, celle-ci étant quasi inexistante, « Dredd » ne s’embarrasse finalement pas d'explication sur l'origine des personnages, ou encore le développement de son univers, même pas une once de psychologie. Non ! Vraiment, à peine quelques secondes en guise d'introduction à travers une voix off pour nous présenter le contexte du film s'appuyant sur quelques plans larges, sinon rien d'autre que deux Juges aux méthodes musclées qui se lancent à l'assaut d'un vaste trafic de drogue. Pour couronner l'ensemble, Pete Travis et Alex Garland (scénariste) font le choix d'enfermer leurs personnages dans un immeuble en béton, aux décors souvent sombre et monotone, symbole d'une réalisation en manque de consistance. Mais soyons honnête, pouvait-il en être autrement avec un budget modeste annoncé de 45 millions de dollars ? Une restriction budgétaire qui se fait notamment ressentir lorsque Pete Travis laisse s'exprimer de lourdes mitrailleuses rotatives, transformant un mur en gruyère. Une scène explosive mais aux effets numériques malheureusement horrible qui frôle le ridicule pour une réalisation d'aujourd'hui. A cela s'ajoute quelques ralentis parfois maladroits, souvent trop en couleur flashy, utilisé principalement pour simuler les effets de la drogue et aussi pour ajouter du temps à un film relativement court (1h35). Pourtant malgré ses défauts, « Dredd » fait preuve de nombreuses bonnes intentions de la part de ses scénaristes, impliqués notamment dans une volonté de respecter un peu plus que leurs prédécesseurs, le comic-books d'origine. Ainsi, l’œuvre de Pete Travis se veut moins décalée, plus violente et le personnage de Dredd beaucoup plus fidèle (plus charismatique – il n’enlève jamais son casque – plus froid, plus impitoyable, presque inhumain).
Évidemment, la présence de l’inattendu Karl Urban dans la peau du Juge Dredd n'est pas anodine à la réussite du personnage. L'acteur Néo-Zélandais réalise une prestation remarquable. Tout en gueule, il réussit l'exploit d'avoir autant de prestance si ce n'est plus que Sylvester Stallone en 1995. On regrettera seulement le manque d'intensité dans l'affrontement final entre Dredd et Ma-Ma (Lena Headey) bien trop vite expédié, au point que l'on ne retiendra au final aucune séquence vraiment mémorable. Toujours côté casting, Olivia Thirlby (Juge Anderson) et surtout Langley Kikwood (Juge Lex), eux s'en sortent avec les honneurs.
Finalement, Pete Travis et Alex Garland auront tout de même réussi aux yeux de beaucoup, à redonner un peu de dignité à ce Juge Dredd, mais force est de constater qu'un travail un peu plus conséquent nous aurait très certainement proposé autre chose qu'un simple divertissement.