Bon, et bien ce Cléopâtre n’est pas vraiment une réussite, pour ne pas dire un certain ratage. C’est un film vraiment peu accrocheur, et qui, s’il n’était pas aussi pionnier, ne mériterait pas énormément d’indulgence.
Premier problème : comment tenir une telle histoire uniquement avec des scènes théâtrales ? Non, parce que même si ce film se déroule autour de la bataille d’Actium, laquelle verra la défaite de Cléopâtre et de Marc-Antoine face à Octave, et bien on ne verra quasiment rien de martial dans ce film. Pour cause, entre les limites techniques, le manque de figurations, et l’ampleur de la bataille en question, c’était impossible à cette époque de rendre quelque chose à ce niveau de satisfaisant. Du coup, le film tourne essentiellement autour des amours de Cléopâtre, lesquels sont franchement peu passionnants. En effet on n’a même pas un baiser, autant dire que ça limite la force torride des sentiments ! Et puis il y a plein de trahisons, histoire d’entretenir quelques retournements de situation, mais c’est franchement répétitif, et peu passionnant. En clair, c’est lent, sans grande substance, et tout cela pour arriver à une fin qui était le seul élément autour duquel le film s’est construit. On a 1 heure 15 en amont pour pouvoir justifier les dix dernières minutes.
Le casting est faible. Même si Helen Gardner est bien sympathique, elle n’est pas très crédible en Cléopâtre. Elle nous campe une sorte de femme fatale des temps modernes, teintée de relents romantiques, mais sa prestation est peu marquante, et pour tout dire c’est le cas d’à peu près tout le casting. Les prestations sont fades, les acteurs peu mis en valeurs, et les personnages n’ont pas grand relief. La passion transparait plus dans les intertitres que dans la gestuelle et les expressions des acteurs, qui semblent réciter plus qu’incarner.
Quant à la réalisation, elle est assez plate. Si Cléopâtre a fait des efforts sur les décors, les costumes, la réalisation est quelconque, reprenant la mode du temps des « tableaux » qui se succèdent. Une erreur du métrage est de ne proposer quasiment aucune séquence en extérieur. Sans forcément tourner sur place, un plan de la mer, quelques paysages, ce n’était pas très difficile à introduire, et cela nous aurait tirés du sentiment théâtral constant du film. Il y a une ou deux séquences en « nature », qui frôle le grotesque tellement elles sont discrètes et pas crédibles pour un sou.
Franchement, ce Cléopâtre est un peu l’antithèse d’un Quo Vadis ? par exemple, pour prendre l’exemple d’un autre péplum des années 1910. Peu spectaculaire, pas bien narré et assez mal campé, il ne peut susciter l’attention que parce qu’il est un des premiers long-métrages de l’histoire du cinéma, et un des rares sauvegardé. Mais c’est la preuve que ce n’est pas parce que c’est vieux et muet que c’est forcément génial et à porter aux nues. 1.5, mais vraiment pour la fin, pour les costumes et les décors, et en tenant compte aussi de certaines contraintes budgétaires et techniques.