Parfois le cinéma, ou même plus globalement l'art, peut être sujet a de profonds débats de principe, de fondement, et également de ciblage. L'art doit-il être ouvert a tous, doit il être réservé a une élite, doit-il concilier les deux?... Beaucoup de questions de ce type peuvent être posées après le visionnage de Cosmopolis, mais elles seraient vaines : l'oeuvre de Cronenberg n'a pas d'excuse, il n'est ni réservé aux élites, ni aux masses populaires, il est simplement mauvais. Adapté d'un roman de Delillo a l'histoire assez maligne, très allégorique, le film ne sert qu'a une illustration sur écran de l'oeuvre littéraire, comme si Cronenberg avait oublié le principe du support cinématographique. Passer d'une oeuvre littéraire a une oeuvre cinématographique n'est pas toujours aisé, et nécessite tout d'abord un point de vue cinématographique (normal), et peut parfois même servir a un changement de thématique (c'était par exemple le cas du Prestige de Nolan, qui partait d'une nouvelle et dont la transcription cinématographique permettait la diffusion d'un sous texte lié a la fonction du 7ème art). Mais dans le cas de Cosmopolis, Cronenberg, comme si il était un vrai bleu, réalise une adaptation de la plus plate des manières : pendant 1h48, a quelques exceptions près, il va filmer a 90% a base de champ contre-champ des individus déblatérant des évidences sur au minimum 10 minutes. Bref c'est insupportable et indigeste, et c'est impossible a suivre. Le cinéma est censé faire passer des thèmes ou des émotions grace a des outils cinématographiques. Il n'y a rien de mauvais a insérer de longs dialogues dans un film : c'est un des principaux traits de Tarantino, qui n'est tout de même pas n'importe qui. Mais la différence est que Tarantino sait mettre ces dialogues au service de ses thèmes, alors que Cosmopolis ne fait qu'accumuler des dialogues sur des sujets différents afin de couvrir un maximum de thématiques. Mais non seulement c'est malhonnête comme procédé, mais c'est surtout pachydermique. C'est un des problèmes du cinéma de Nolan, mais a coté de ca, Nolan sait créer des histoires et faire des scènes marquantes. Cosmopolis n'a rien de tout ca. Et il se finit d'une facon reflètant parfaitement ce qu'est le film : un bla-bla vomitif mais qui se veut intelligent. Sauf que l'oeuvre de Cronenberg n'appartient pas a un cinéma exigeant, il appartient a un cinéma de triste qualité, tout simplement. Dommage que ce soit ce film que Pattinson ait choisi pour sortir de son image Twilight, d'autant plus qu'il est excellent dans Cosmopolis. Pour résumer on ne va pas chipoter, c'est pas joli. Il y a de bonnes idées, une très bonne utilisation de l'espace, mais ca reste raté. Cosmopolis le roman était un livre allégorique. Cosmopolis le film est une oeuvre qui est une allégorie d'un type de film : un film qui ne parvient pas a concilier cinéma, intelligence et sous-texte. Cronenberg devrait aller faire un tour chez Pixar : ils savent concilier tout ca de la plus simple des manières.