Récemment rentré de vacances, j’ai demandé ce qu’il y avait à voir au cinéma. « "Ça" » m’a-t-on répondu. « Quoi, ça ? » ai-je interrogé. « Ben "Ça" ». D’accord. Devant le dialogue de sourds qui s’instaurait, j’ai été consulter directement le site du cinéma avant que ça ne dure éternellement. Après tout, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Et j’ai vu "Ça". Plus sérieusement, je me suis rappelé d’une part les blagues de clown qui avaient fait le buzz sur le net en effrayant les badauds, et j'ai appris d’autre part que ce film est basé sur une œuvre de Stephen King,. Il n'en fallait pas plus pour que ma curiosité soit instantanément piquée au vif. Et donc, je suis allé voir de plus près ce que c’était que ça après avoir vu la bande-annonce et les tous premiers mots du synopsis (pour une fois…). Je savais donc que sept gamins allaient être en prise avec ce clown maléfique. C’est avec l’esprit libre, sans a priori puisque je n’ai ni lu le bouquin ni vu la mini-série, que j’ai assisté à un début diaboliquement prenant. A grands coups de musique pesante, on met rapidement le spectateur dans une ambiance anxiogène. D’abord la cave, laquelle doit rappeler bien des souvenirs très inquiétants à certains. En effet, nombreux sont les enfants qui avaient une peur farouche, voire panique, de la cave. Et combien d’entre eux ont bravé leur peur en se disant à eux-mêmes qu’ils ne sont pas des trouillards ? Le début est habile en étant très près de la réalité et nombreux sont les spectateurs qui peuvent se reconnaître en ces enfants. Puis vient le moment de faire voguer un bateau en papier dans un caniveau rempli par une pluie battante. Encore une fois, on note cette habileté à accrocher toute l’attention du spectateur. En effet, tous les enfants ont aimé jouer avec l’eau, en particulier dans les flaques : jeter un caillou pour dessiner des ronds, sauter dedans à pieds joints pour la faire voler, faire naviguer des bateaux… Là, le choix s'est porté sur le bateau. Jusqu’à ce qu’il disparaisse, emporté par les eaux pluviales dans les évacuations souterraines. Arrive ce qui arrive, pour ainsi dire sous le nez d’une voisine abritée sous son porche (ou sa terrasse), sans qu’elle ne voit quoi que ce soit (elle avait le dos tourné à ce moment-là) et sans qu’elle ne perçoive le moindre cri ( ???). Est-elle sourde à ce point ? Bref, mis à part ce petit bémol de surdité soudaine (qu’on expliquera par la suite comme quoi les adultes étaient incapables de voir ce que les enfants voyaient), l’entame de "Ça" est de très grande qualité. Mais où sont les fameux sept enfants ? Pas de panique ! Ils nous sont présentés précautionneusement durant la première heure les uns après les autres (traitant au passage de la maltraitance sous toutes ses formes), pour former peu à peu le club des sept, dit « le club des ratés ». Malgré les dures épreuves qu’ils doivent traverser (à la fois très proches et toutes différentes pour chacun d’entre eux) et le sujet principal du film, l’humour n’a pas été écarté et c’est une bonne chose. Oh l’humour ne constitue pas l’élément principal du film, loin de là. Mais les quelques vannes qui fusent ici et là sont efficaces car parfaitement intégrées. Toujours est-il qu’une fois les sept gamins réunis, le spectateur pourra enfin assister à l’affrontement qui va se dessiner sur une opposition d'adages que sont "l’union fait la force" et "diviser pour mieux régner". Et même s’il se demande combien d’entre eux vont s’en sortir, il ne doute à aucun moment de l’issue du film, même sans connaître le best-seller de Stephen King ni la mini-série de 1990. La conséquence de ceci est que la peur perd peu à peu de son emprise au profit du suspense somme toute relatif. Un grand soin a pourtant été apporté à la mise en scène et aux jumps-scares qui reposent essentiellement sur les apparences soudaines du clown démoniaque, sous différentes apparences. Eh bien oui, le clown a des dons de transformiste, ce qui le rend retors à souhait. Bien qu’éculés, de nombreux codes du genre ont été utilisés, sans qu’ils soient dénués d’efficacité. Point de vue interprétation, les gamins font leur job. Rien d’extraordinaire en soi, bien que parmi les sept héros, Jeremy Ray Taylor a davantage retenu mon attention. Sa timidité et son romantisme le rendent indubitablement attachant. Ce qu’il est touchant avec son petit air gauche ! J’ai même presque eu mal pour lui quand il se fait taillader ! En revanche, Bill Skarsgård, très bon dans son rôle, va nous faire voir les clowns sous un autre jour. Brrrrr !! Il faut dire qu’il est bien aidé par son costume, le maquillage et les effets visuels qui lui ont été attachés. Nicholas Hamilton (Henry Bowers) supporte très bien la comparaison avec Bill Skarsgård en adolescent presque adulte, un vrai schizophrène complètement siphonné. Il n’a de cesse de nous étonner avec sa violence qui monte en puissance tout au long du film et c’est- tout juste s’il ne vole pas la vedette au clown. Malgré tout le soin apporté, "Ça" n’est pas exempt de quelques erreurs scénaristiques. Par exemple, le pacte de sang : n’avez-vous rien remarqué ? Le pacte de sang se fait à l’aide d’un tesson de verre, et alors qu’il circule de mains en mains, pas la moindre goutte n’y figure dessus. Et pourtant, le fluide corporel coule bien à grosses gouttes. Et je ne parle même pas du clin d’œil à "La belle au bois dormant" avec cette jeune fille qui reprend miraculeusement ses esprits grâce à un baiser. C’est d’un ridicule… mais si c’est dans le livre, hein… soit ! Quant à la fin, eh bien je suis désolé mais je la trouve un peu bâclée quand même. Bâclée dans le sens que je la considère un peu facile, limite incohérente, ce qui semble impensable au vu de la durée : 2h15. Oui 2h15, mais 2h15 qui passent vite grâce à la maîtrise du rythme et de l’ambiance, une ambiance qui franchit un cap dans la salle de bain et devant cette maison délabrée digne des plus célèbres manoirs hantés. Je n’ai ainsi pas pu m’empêcher de penser qu’une suite allait être donnée. Eh bien la réponse ne tarde pas à venir à l’entame du générique : "Ça chapitre un". Peut-être que ma faim d’angoisse sera alors enfin comblée parce que là, le compte n’y est pas encore tout à fait. Oups ! Alors attendons de voir !