Un film qui prend place dans la Flandre profonde des années 80, où l'alcool est une discipline qui balaie toute once d'espoir ou d'ambition. C'est dans cet environnement que Gunther, jeune adolescent de 13 ans, essaie de se construire. Ou plutôt de ne pas se saborder, au risque de prendre le même chemin que son père et ses 3 oncles. Entre beuveries surréalistes et scènes de ménage pathétiques, l'enfance tumultueuse de Gunther se dessine dans des flashback qui font terriblement écho à sa vie d'aujourd'hui... Car oui, on a beau tout faire pour y échapper, mais nous serons toujours d'une manière ou d'une autre le produit de notre environnement. Une réalité cruelle que Felix Van Groeningen ne manque pas de souligner, non sans une touche d'espoir !
La plongée dans l'univers beauf de Flandre époque 80's est très réussie : les décors, les costumes, les coupes mulets, les dialogues, tout nous rappelle cet environnement crasse jusque dans sa météo. Les acteurs sont également très bons ! La galerie de personnages grotesques est de sortie, mais tous cachent derrière leur stéréotypes, une part de vérité plus sombre. L'enfant abandonné, le père alcoolique, les oncles en mal de reconnaissance, la grand-mère courage... On se prend vite d'affection pour les "Strobbe" et leurs nombreuses failles. Mais à mesure que l'intrigue progresse, on rigole de plus en plus jaune face au drame social qui se joue devant nos yeux. Les délires éthyliques du début qui nous faisaient tant rire, laissent graduellement place à la tristesse, lorsqu'on en saisit enfin les causes et qu'on assiste à leurs conséquences. La formule est plutôt réussie et ce sans jamais (trop) tomber dans le larmoyant ! C'est pour cette ambiguïté, cette dualité à jongler entre rires et larmes, que "La merditude des choses" est une formidable comédie dramatique qui vaut le détour !