Déjà l'énoncé du casting ne peut que donner envie de voir ce film. N'utilisons pas un pléonasme en disant que James Mason est une fois de plus excellent. Et il est entouré de deux grandes partenaires féminines à savoir la sublime Barbara Stanwyck, parfaite dans le rôle de la femme avec qui on aime à se rappeler les liens sacrés du mariage, et la superbe Ava Gardner, dans celui de celle avec qui on se plaît à les oublier. Loin de montrer une nouvelle fois ses limites dans ses talents d'actrice, Cyd Charisse est au contraire totalement à l'aise dans un rôle secondaire et sa présence s'avère totalement rafraichissante. Dommage donc qu'on ne la voit pas dans la seconde moitié du film. Elle et Van Heflin complètent admirablement ce beau casting. Le scénario sur les problèmes d'un couple de la haute société new-yorkaise, où l'intrigue policière n'est qu'un élément parmi tant d'autres, est très bien écrit et à le grand mérite d'éviter une fin bêtifiante sur la sacro-sainte institution du mariage. La réalisation sobre et efficace de Melvyn Le Roy achève de transformer ce film en un exemple caractéristique de ce que le cinéma hollywoodien est capable de produire de plus intelligent.
Mervyn LeRoy met en scène un mélodrame bourgeois duquel je me suis désintéressé tant il m'a semblé bavard, schématique et artificiel. Résumons la situation : une jeune femme, personnage secondaire, aime Mak qui tombe amoureux de Jessie qui aime son mari Brandon, lequel est relancé par son ex Isabel. Sur le mode du film noir, le réalisateur raconte un chassé-croisé sentimental, voire même ambitionne d'exposer le mécanisme amoureux en général à partir de la diversité sentimentale des personnages. James Mason en mari volage, Barbara Stanwyck en épouse modèle, Van Heflin en soupirant intègre et Ava Gardner en mangeuse d'hommes se partagent la vedette dans un drame dont l'enjeu est la pérennité du couple que forment les deux premiers, un drame qui aurait pu me convaincre si j'y avais ressenti de la sensibilité et, consécutivement, de l'émotion. Malheureusement, le portrait que le cinéaste fait de chacun reste conventionnel et, surtout, sans la réelle profondeur psychologique qu'on aurait trouvée, à coup sûr, chez un Mankiewicz. Il faut attendre la dernière partie du film pour que, à la faveur de la tournure policière que prend la situation, les protagonistes sortent enfin de l'indifférence où on les tient.
Mélo de Mervin Leroy qui fut un metteur très célèbre en son temps et qui est complètement passé à la trappe aujourd’hui. Le film qu’il nous livre ici est bien dans le ton des films de l’époque avec débauche de grands sentiments renforcés par le code Hays qui empêche toute tentative un peu osée de décrire la vraie vie. Barbara Stanwyck est vraiment capable de tout jouer passant allègrement de la femme poison d’ « Assurance sur la mort » à cette grande bourgeoise complètement dégoulinante d’amour pour son coquin de mari joué par un James Mason véritable tête à claques incapable de lutter face à une Ava Gardner plus vamp que jamais. Je dois dire que malgré tout je peux le comprendre. Comment résister à une Ava Gardner décidée à vous attirer dans sa toile. Cyd Charisse dans un petit rôle est ravissante à souhait et Van Heflin en amoureux transit au grand cœur est charismatique pour deux. Tout cet assaut de sentiments exacerbé est peu crédible mais la sauce prend malgré tout, et on prend parti tout au long du film pour la pauvre Barbara qui finit malgré tout par être agaçante à force de naïveté.
Certes, on regrettera quelques lourdeurs dans le scénario - les justifications de l'épouse bafouée ou cet amour platonique avec un policier héroïque -, mais ce "Ville haute, ville basse" vaut surtout par la modernité de son propos : l'homme placé devant ses pulsions, qui finit par se détruire et par tout perdre. ça ne vous rappelle rien ? Pour construire son histoire, Mervyn LeRoy s'appuie sur un trio d'acteurs (Barbara Stanwyck, James Mason, Ava Gardner), auquel il faut ajouter la prestation remarquée de la jeun Cyd Charisse qui obtient là ses galons de star. Alors, oui, on regrettera parfois la mise en scène parfois ampoulée de LeRoy, mais quelle magie de retrouver encore une fois la beauté d'Ava Gardner confrontée à James Mason, qu'on retrouvera plus tard pour l'exceptionnel 'Pandora".
Quel merveilleux film ! Mervyn LeRoy nous entraîne avec brio dans un admirable ballet de sentiments. Les acteurs et surtout les actrices sont formidables. Ce film qui a été réalisé il y a 60 ans n'a pas pris une ride. A VOIR.