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Arthur Debussy
189 abonnés
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4,0
Publiée le 14 août 2025
J'attendais beaucoup - énormément même - de ce film, du fait de son pitch particulièrement prometteur. Et mes attentes ont été en partie comblées, en partie déçues, mais le positif l'emporte largement. Mettre en scène les aventures de Gulliver de Jonathan Swift dans la Tchécoslovaquie des années 1960, en ajoutant une grosse louche de Kafka : voilà un projet qui avait tout pour me plaire.
Dans l'ensemble, le film tient cette promesse. Il regorge de scènes marquantes, visuellement très inspirées, dans un enchaînement de plans qui donne le tournis. On est vite perdu dans cette intrigue absurde, mais c'est ce qui fait son charme. On retrouve bien l'univers de Swift, avec notamment cette fameuse cité volante de Laputa, qui inspirera également un certain Hayao Miyazaki. Je regrette que les images de Laputa dans le film soient très peu nombreuses, c'est une invention littéraire tellement mythique que j'aurais aimé en voir davantage... C'est sans doute là ma déception principale.
Autre déception : le film est un peu inégal, les scènes les plus bluffantes et originales visuellement se trouvent plutôt dans la première moitié du film, voire dans le premier tiers, même si tout du long le film reste intéressant, avec ce mélange inoubliable de folie et d'inquiétude kafkaïenne.
Malgré tout, au total Un cas pour un bourreau débutant est un excellent film de la Nouvelle Vague tchécoslovaque, qui mériterait d'être davantage connu. Par ailleurs, Pavel Juráček semble avoir été quelqu'un de particulièrement intègre et à la personnalité attachante, il était très apprécié de ses collègues cinéastes. Il a co-écrit un certain nombre de scénarios de ses célèbres compatriotes, dont Les Petites marguerites de Věra Chytilová, soit l'un des films absolument cultes de la Nouvelle Vague, excusez du peu.
Pavel Juráček sera d'ailleurs le seul cinéaste à signer la Charte 77, or il fallait un sacré courage pour oser s'exprimer ainsi contre le régime communiste, ce n'est pas pour rien qu'il fut le seul à le faire... Hélas, Un cas pour un bourreau débutant sera interdit de diffusion et la carrière de Pavel Juráček sera brisée, il ne tournera plus jamais de film, et décèdera en 1989 à seulement 53 ans...