Bon, avant toute chose, il m’apparait essentiel de rappeler quelques évidences afin de parler convenablement de ce « Kong : Skull Island ». Tout d’abord, je pense qu’on sera tous d’accord pour dire que, quand on se déplace pour voir un film comme ça, ce n’est pas pour voir du Shakespeare. On veut du spectaculaire. On veut du dépaysement. On veut de l’aventure… En tout cas, moi, ça a été ma démarche, donc autant dire que j’avais l’esprit assez ouvert sur le sujet et que j’étais prêt à me laisser embarquer pour n’importe quoi pourvu que ça fasse le taf… Or, pour être honnête – et contrairement à ce que pourrait laisser suggérer ma note de seulement « 2 étoiles » – je dois bien avouer que j’ai été plutôt convaincu par le début. Même si j’ai quelque peu grimacé en voyant les effets visuels de la scène d’intro (certes c’est plus qu’honorable par rapport à ce qui se fait en ce moment mais, encore une fois, ça n’arrive pas à se défaire de cet effet tout numérique qui va très mal vieillir) ; je trouve malgré tout que la mise en bouche du film témoigne d’une certaine pertinence et d’un véritable savoir-faire. La réalisation est propre : elle évite tous les écueils habituels à base de bougisme et de plans démonstratifs sans travail de mise en scène. L’atmosphère posée elle aussi m’a séduit. Quoi de mieux qu’un décor exotique et une période vintage totalement assumés pour planter un personnage aussi fantasque que King-Kong ? Enfin, sur le plan du cheminement de l’intrigue, toute cette mise en place de la situation coulisse vraiment bien et assez vite, avec suffisamment d’esprit décalé et de tempo dans l’enchaînement des péripéties pour que l’entrée en matière soit très efficace. Pour le coup, le film parvient même à se faire très malin dès qu’il s’agit de poser la première rencontre avec le bestiau. Visuellement c’est très iconique et surtout le postulat tel qu’il est posé amène à regarder la présence américaine dans le Pacifique selon un angle que je trouve très intéressant. Qu’il s’agisse aussi bien de la Seconde guerre mondiale que de la Guerre du Viêt-Nam, tout semble se ramener à cette rencontre avec Kong : la source du chaos n’a finalement que pour unique source la seule venue des Etats-Unis qui débarquent et qui s’installent sans se préoccuper des équilibres locaux qu’ils bousculent... Alors ça peut faire gros intello à la noix que de s’attarder sur un point comme ça – parce qu’après tout je n’oublie pas ce que je vous ai dit en introduction par rapport au fait que je n’attende rien d’autre de ce film à part de l’aventure et du grand spectacle – mais d’un autre côté je pense sincèrement que cette double lecture était loin d’être anodine lors de toute la première moitié du film puisque, l’air de rien, elle a permis de faire en sorte que le spectacle et l’aventure s’articulent autour d’un propos. Alors quand bien même on ne perçoit pas le vrai fond de ce qui est dit, il n’empêche que n’importe quel spectateur reste sensible à la présence de ce genre de détails qui en fait n’en sont pas du tout. Un propos, c’est ce qui permet de cheminer à l’intérieur d’un univers. Pour moi cela fait aussi partie de l’aventure et de l’esprit d’exploration. Loin de s’opposer au grand spectacle, je trouve qu’au contraire c’est un complément indispensable. C’est ce qui fait qu’on ne se contente pas simplement de voir des créatures passer et tuer des gens sans qu’on s’y intéresse vraiment. Et pour le coup donc, je trouve que « Skull Island » a vraiment su faire le boulot sur toute sa première moitié. Même si j’ai été un peu freiné dans mon plaisir par ce traitement un peu trop « tiens-prends-dans-ta-tronche » de certaines scènes (la musique pompière n’aidant pas ; certains plans très démonstratifs non plus), il n’empêchait que l’un dans l’autre, le spectacle fonctionnait plutôt bien. Non seulement le propos, bien que sommaire, se développait bien et logiquement, mais en plus l’exploration de cette île ne cessait de révéler de nouvelles surprises, aussi bien en termes de créatures que de lieux et de population insolites… Or, ce qui est vraiment dommage, c’est que sur la seconde moitié du film, « Skull Island » finit par laisser progressivement tout ça de côté au profit d’un film d’action pur et dur. D’aventure il n’y a désormais plus vraiment puisque tout ce qu’il y avait à savoir de ce monde a finalement déjà été intégralement transmis lors de la première partie. Idem pour l’exploration puisque le propos lui non plus ne sera pas davantage développé. Alors c’est vrai – je le rappelle – je n’attendais pas d’un film comme « Skull Island » qu’il me sorte du Shakespeare, mais je dois quand même bien avouer que dès qu’il n’eut plus rien à raconter et qu’il se contenta juste d’amener la dernière grosse baston finale tant annoncée, eh bah ce film a perdu quand même pas de son élan. Alors oui, ça reste honnête et parfois assez inventif dans sa mise en scène, mais l’effet de descente que j’ai ressenti m’a finalement laissé pas mal groggy. Ainsi, en ressortant de la projection, au lieu d’avoir en tête les quelques réussites de ce film comme son atmosphère, sa réalisation parfois inventive ou bien encore son casting alléchant (Goodman / Jackson / Reilly : une triplette qui marche), je n’avais en mémoire que tous ces détails qui m’avaient dérangé : la conclusion au fond bien fade et ridicule ; les motivations et les stratégies de Packard qui stimulent bien trop vainement et artificiellement le dénouement de l’intrigue ; et surtout ces personnages qui ne servent à rien et qui n’auront été là que pour satisfaire les quotas de femmes et de minorités ethniques (Franchement, la présence de Jing Tian ne m’est apparue ni crédible ni justifiée. J’ai vraiment eu l’impression qu’elle n’était là que pour faire plaisir au marché chinois.) Bref, c’est vraiment dommage que ce « Skull Island » ne soit pas allé au bout de sa démarche parce que je trouve qu’il avait su poser quelques arguments. Ce qui est triste, c’est que j’ai l’impression que les auteurs avaient pleinement conscience qu’ils étaient en train de fournir un travail plus fouillé et réfléchi que les habituels blockbusters, et qu’ils se sont contentés de cette seule satisfaction au lieu de poursuivre leurs efforts. Parce que bon, quand on fait mieux que des films insipides, ça ne veut pas dire pour autant qu’on réalise un film qui tient la route. Certes, je trouve que « Skull Island », au regard de la concurrence, est au final un film honnête qui a des choses à dire et à montrer. Seulement, c’est triste, mais ce n’est pas suffisamment pour faire non plus un vrai bon film de grand spectacle, efficace et sans bavure… Pas mal donc mais, de mon point de vue, pas suffisant pour faire le job. Vraiment dommage pour le coup…