S’attaquer à un mythe n’est pas chose aisée, a fortiori quand la dernière adaptation en date, hommage respectueux mais pas timoré de Peter Jackson à la légendaire version de 1933, avait elle-même laissé quelques souvenirs mémorables C’est sans doute pourquoi scénaristes et réalisateur de cette nouvelle proposition ont respecté à la lettre l’épitaphe de Charles Bukowski : “Don’t try�. ‘Skull island’ tiendrait donc plutôt du produit dérivé, d’une sorte de Jurassic Park-wannabe, avec de vrais morceaux de militaires idiots dedans, dans lequel une virée en hélicoptère sur fond de rock sixties toutes guitares dehors se transforme en survival tropical hostile, les naufragés n’ayant d’autre choix que de rejoindre un hypothétique point d’extraction situé à l’autre bout de l’île. Ce choix en apparence assez incompréhensible s’explique par le fait que cette nouvelle version de King Kong se rattache à un tout nouveau “Monster-verse� made In Warner bros, qui compte déjà dans ses rangs la très honnête dernière relecture de “Godzilla� par Gareth Edwards, mais qui n’en semble pas moins promis à un aussi “bel� avenir que celui que, de ratages en ratages, Universal s’obstine à développer depuis quelques années avec ses Monstres Classiques. La première chose qu’on remarque est que le primate géant, sans être vraiment raté, est notoirement moins réussi que celui de Peter Jackson, qui affiche pourtant une dizaine d’années au compteur aujourd’hui….ce qui peut s’expliquer par le fait que le scénario ici présent ne cherche nullement à faire de Kong un colosse sensible et émouvant mais plus prosaïquement un gros singe qui casse tout. Le reste du bestiaire est à l’avenant. Pareil pour le scénario, inconsistant à souhait, d’ailleurs...et même remarque pour les acteurs qui s’en donnent à coeur joie dans le cabotinage le plus hallucinant. Très clairement, ‘Skull island’ a le goût d’un nanard, l’odeur d’un nanard et la dégaine d’un nanard, même s’il dispose de moyens financiers dont aucun nanard n’oserait seulement rêver. Est-ce à dire qu’il s’agit d’un ratage de plus à l’actif de grands studios de moins en moins regardants sur les contenus ? si “Kong : Skull island’ avait tenté de se hisser à la hauteur de son sujet, il en aurait clairement été ainsi mais comme je l’ai expliqué, l’idée n’a même pas effleuré l’esprit.de l’équipe aux commandes. Plus qu’un esprit de série B, c’est une tendance à la série Z qui traverse tout le film, qui bafoue consciencieusement tous les codes héroïques du cinéma d’action hollywoodien.et par extension, une certaine innocence, celle grâce à laquelle on regardait tout et n'importe quoi sans se poser trop de questions quand on était enfant. Dialogues surréalistes, humour omniprésent, personnages excessifs et clichés rigolards : ‘Skull island’ est un blockbuster milieu de gamme hyper mal élevé, qui a l’excellente idée de ne pas se prendre au sérieux une seule seconde. Hollywood aurait-il enfin assimilé cette perle de sagesse qui affirme que, quitte à tourner un Film idiot, autant que ce soit pleinement volontaire ?