Film de Godfrey Ho (ne croyez pas le nom à pseudo du réalisateur au générique, on est bien dans une production de Monsieur Ho, le roi du nanar) plutôt sympathique, surtout dans son ouverture apocalyptique. Le croco bouffe tout le monde, en continu, et avec des "gnack" plutôt acrobatiques (il saute, il vole, il est fantastique, Messieurs Dames), à tel point que l'on se demande vite s'il restera encore quelqu'un à becqueter dans les cinq prochaines minutes de film. Heureusement, Godfrey Ho oblige, il suffit de changer de fringues pour devenir quelqu'un d'autre, ainsi les dix figurants permettent un bain de sang de cinquante personnes "différentes", toutes doublées par une poignée de comédiens VF, qui sont en roue libre (il y en a un qui n'essaie même pas, il donne une dimension de plus à ce film déjà bien gratiné : lorsque le croco attaque de nouveau la famille sur le ponton : "Ahh il revient !" / "Vite !" / "Mmgsmmsm... Maison."... et ce Jean-Michel Amoitié récidive tout le film, c'est délicieux). Mention également aux "francisations" des noms asiatiques, entre Monica et Steven, on sait que la VF a fait vraiment un bon boulot de traduction locale. Aussi, si l'ouverture est forte, entraînante et jouissive dans le n'importe quoi, il n'en est pas de même pour la suite, qui accuse un ventre mou assez plombant (ça jacte, ça jacte, ça jacte...), foudroyé par la fulgurance de quelques scènes étonnantes (le sosie de Jean Rochefort dans les film policiers qui se bat avec des ninjas-zombis, ou encore les multiples scènes d'abus sexuels sur les pauvres filles dénudées, on rouvre forcément les yeux, pour le meilleur dans le premier cas, pour le pire dans le second). La fin est expédiée en deux secondes (ne clignez pas des yeux, sinon vous l'aurez ratée), car elle ne consiste qu'en
une petite bataille du gentil contre deux ninjas siamois, puis le chef (mais il ne meurt pas, car c'est le chef), sauf qu'un flic sort de nulle part, dit "Je vous arrête !" et menotte le chef, fin.
On a l'impression d'avoir loupé quelque chose, mais c'est une habitude dans les films de Godfrey Ho, les "fins-éclairs" où l'on ne capte rien, alors on se rassure rapidement. Crocodile Fury reste quand même l'un des meilleurs nanars de Ho, et généralement des nanars animaliers (qui montrent souvent peu leur bestiole, manque de moyens oblige, ici c'est l'inverse, le croco est absolument partout), indispensable pour tout collectionneur de cinéphilie déviante. Et VF obligatoire, pour profiter des demi-phrases lunaires de Jean-Michel Amoitié.