Huit ans après s'être emparé avec un rare bonheur de la pièce policière de Robert Thomas "Huit femmes" François Ozon puise à nouveau dans le répertoire délicieusement rétro d'"Au Théâtre ce soir" avec cette adaptation jubilatoire de la "Potiche" des vaudevillistes Barillet et Grédy. Le décor n'est plus celui des "fifties", nous sommes au beau milieu des années "Giscard" (1977/1978). Un mot justement des décors et costumes : censément situé dans la petite ville (fictive) de Sainte-Gudule dans le département du Nord le film a été judicieusement tourné dans la Belgique toute proche pour les extérieurs (l'usine de parapluies, la magnifique maison des Pujol..) ; quant à la reconstitution d'époque (agencements intérieurs, vêtements, coiffures ....), sa méticulosité est emballante et propice au dépaysement. Pourtant ce voyage dans la fin des années 70 - alors que les "Trente Glorieuses" sont déjà bien finies - a des accents totalement contemporains (revendications salariales mouvementées jusqu'à la séquestration du patron, lutte des classes et capitalisme "sauvage", et même tentations - déjà - de délocalisation des unités de production). Il y a donc une dimension sociale, mine de rien, dans ce divertissement. Au principal, il s'agit du portrait de Suzanne Michonneau épouse Pujol, dont on suit l'irrésistible ascension, du statut d'épouse et de mère "potiche" à celui de brillante femme d'affaires, et même de femme politique (au discours et à la posture irrésistiblement "ségoléniens", à base de 'maternitude" et avec promotion de fromage, coiffe en tête). Cette réussite tardive (elle est quinquagénaire) la constitue en porte-étendard de l'émancipation féminine, et des victoires féministes, au premier rang desquelles la maîtrise de la contraception et la légalisation de l'avortement - avoir pris Catherine Deneuve pour incarner cette "Potiche" à la conquête de son identité n'est peut-être pas innocent, elle qui fut une des signataires du "Manifeste des 343 salopes" de 1971..... Cependant, j'y insiste, "Potiche" est d'abord un divertissement, même si sous l'enveloppe boulevardière une lecture plus "sérieuse" est possible - le second degré, comme un des Beaux-Arts, avec dialogues savoureux supplémentés en clins d'oeil et malices diverses (dont un recyclage réussi de certaines joyeusetés "sarkozistes" désormais "cultes"). La distribution est judicieuse : la "reine Catherine" (bien qu'un peu trop défraîchie) est parfaite dans son rôle de grande bourgeoise pleine de ressources, tellement moins sage et empesée que sa mise en plis "boule" ; ses deux enfants de cinéma : Jérémie Rénier en artiste crypto - gay à la filiation problématique et Judith Godrèche en pimbêche inféodée à son mari, aussi. Les rivaux politiques et amoureux, Pujol/Luchini (mari odieux et capitaliste despotique) et Babin/Depardieu (élu communiste, brève rencontre de Suzanne jeune mariée), tous deux en perte de vitesse maximum au fur et à mesure que Suzanne s'affirme, ainsi que la fidèle secrétaire de Robert Pujol, "potiche" bis et qui s'émancipe à l'exemple de Suzanne (Nadège/Karine Viard) complètent avec talent les premiers rôles. Ozon devrait renouer ici avec le succès des "Huit femmes", car sa "Potiche" est d'excellente compagnie et d'un abord "tous publics", contrairement au déconcertant "Ricky" ou à l'austère "Refuge", par exemple.