François Ozon aime les femmes. Et plus encore, il aime les actrices (c'est-à-dire des femmes capables d’être toutes les femmes). Il a d’ailleurs fait tourner presque tout ce que le cinéma français compte d’étoiles féminines : Ludivine Sagnier, Charlotte Rampling, Fanny Ardent, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Isabelle Carré, Danielle Darrieu… Ici, il retrouve Deneuve, huit ans après 8 femmes.
C’est elle qui incarne la potiche du titre, Suzanne Pujol, élément de décor de la vie de son mari, tyrannique patron d’une usine de parapluie et odieux patriarche d’une famille (presque) modèle. Mais le jour où ce dernier est victime d’un infarctus suite à une grève des ouvriers, c’est elle qu’on met à la tête de l’usine. Entourée de ses enfants, de la secrétaire (et maîtresse) de son mari et d’un député-maire communiste (et ex-amant), elle va développer l’usine et (enfin) se libérer elle-même… jusqu’au retour de son mari.
La comédie est là (inspirée d’une pièce de boulevard éponyme écrite en 1980 par Barillet et Grédy, dont la rôle principal était tenu par Jacqueline Maillant), kitchissime et réussie. Accessoires, décors, costumes, couleurs, coiffures (le chignon de Deneuve !!!)… tout cela fleure bon les années 70 (l’intrigue se déroule en 1977), les pattes d’œufs, les premiers tubes de Polnareff et BB à St Trop. On (sou)rie souvent grâce aux acteurs, devant le naturel désarmant de Deneuve, les grimaces de Luchini et le ton bourru de Depardieu. Ce trio (l’homme, la femme et… l’ex-amant) est pour beaucoup dans le charme du film. Le rire vient aussi souvent des dialogues, très drôles (avec deux références à notre actuel président de la république).
La réalisation d’Ozon, stylisée, joue avec les décors, les couleurs et les lumières et la BO, très 70’s, qui mélange Michelle Torr, Johnny Hallyday et les Bee Gees nous plongent à merveille dans une ambiance kitch et assumée. La caméra couvre Deneuve d’un œil amusé et amoureux jusque dans la dernière scène où son visage brille (seul éclairé dans l’ombre) sur fond de Jean Ferrat (« c’est beau la vie… »).
Cependant, l’ensemble manque parfois de profondeur, comme si, en voulant à tout prix retrouver l’ambiance de l’époque, Ozon en avait oublié de moderniser son message. La lutte pour les droits des femmes est (malheureusement) toujours un sujet d’actualité, mais des progrès ont (heureusement) été faits en 30 ans… le féminisme seventies du film aurait parfois besoin d’être un peu rafraîchi.
Mais bah, qu’importe. Potiche est une comédie, faite pour faire rire et qui y parvient parfaitement. Ce serait dommage de bouder son plaisir…