Précision : ce film n'est nullement une comédie mais une tragédie
Mon premier est un P
Mon second est une P
Mon tout est sans queue ni tête.
Jeanne Labrune met en scène l'immuable Huppert, qui peut tout jouer, au physique léger comme un petit rat de l'opéra, chez qui les ans n'ont pas de prise.
Elle est prostituée. Bel et grand appartement zen. Elle prépare les accessoires et le personnage du client qu'elle attend.
Une viande crue, un fouet, perruque blonde et talons aiguilles, elle attend le client sado-maso.
Les bigoudis d'antan recouverts d'une voilette, elle tricote en Pénélope attendant son mari.
Il arrive, il lui demande si elle est sortie, elle répond que non, mais se trahit car elle a acheté le quotidien de son époux. Il la gronde violemment tout en disant qu'il n'est pas violent quand on lui demande pardon.
Elle est organisée et pourtant se blottit dans les bras de sa consoeur. Derrière cette organisation imparable, couve tout de même un être humain qui n'en peut plus, qui est lasse.
- Participation non fortuite de Matthieu Carrière : pour les cinéphiles avisés, personne n'oubliera la prestation magistrale de la Femme flambée de Robert van Ackeren, sorti en 1983 où Matthieu Carrière se prostituait pour les femmes avec la même organisation qu'Huppert, aux côtés de Gudrun Landgrebe exerçant le même métier pour le sexe opposé, les deux étant amants.-
- Autre parallèle : Confidences trop intimes avec Lucchini et Bonnaire (2003), où il est question de confusion entre un psychanalyste et un conseiller fiscal.
C'est là qu'intervient la frontière entre l'inspiration de la créatrice, Jeanne Labrune, et le plagiat.
Revenons à nos P.
Bouli Lanners est psychanalyste. Recevant un patient qui n'ôte même pas son manteau, tant il est mal dans sa peau, il écoute ce dernier qui lui dit qu'il a retrouvé la joie de vivre. Or, quand on affirme qu'on est heureux, c'est comme les républiques qui se disent démocratiques, il faut chercher l'antonyme.
Lui aussi, n'en peu plus. Son épouse qui exerce le même métier, le remarque.
Les rituels se poursuivent chez nos deux P.
Jusqu'au moment où le lien s'établit : lui veut aller voir une prostituée, elle un psychanalyste.
C'est la que les deux solitudes lèvent le masque.
Faisons le lien entre la queue et la tête, ce grand chef d'orchestre.
Ma conclusion : ce film reste plat malgré un sujet qui aurait pu être passionnant.