Un film qui arrive à manier excentricité, absurde et critique sociétale dans un mélange coloré. Certes, c'est un peu cliché, mais c'est volontaire et assumé. Surtout : ça fonctionne. J'ai passé un bon moment devant et je comprends l'engouement qu'il y a eu à sa sortie. Cela dit, la fin me laisse très dubitative et me fait me questionner sur les valeurs, peut-être pas si progressives que ça, liées au conformisme.
À la fin, Barbie décide donc de vivre comme humaine. Mais en faisant cela, elle renonce à sa singularité : son style, son excentricité, ses couleurs. Elle ne devient pas seulement humaine, elle devient normée. Comme si l'humanité, la rendre plus humaine, c'était la conformer à une société.
On pourrait se dire qu'elle expérimente, qu’elle cherche qui elle est en copiant les autres. Pourquoi pas ? Mais où est réellement cette expérimentation ? La fin ne montre qu'une seule option à son humanisation en femme moderne. Cela ressemble plus à une intégration silencieuse d'une figure flamboyante qui dérange. Je pourrais même dire que son nouveau look ressemble à ce que l'on attend d'une femme mûre, une femme adulte : élégante, réaliste, discrète, raisonnable. Alors que le monde coloré était plutôt lié à l'enfance et l’ignorance. Pour moi, ce choix n'est pas anodin.
Elle peut être "elle" à condition d'entrer dans les normes du réel. C'est soit être humaine, adulte, consciente, soit être Barbie, ignorante et naïve. Certes, ses chaussures sont une petite excentricité. Mais c'est surtout un clin d'œil à la Barbie Bizarre qui lui demandait de choisir la connaissance. Et cela montre qu'elle l'a choisi : elle a choisi la connaissance. Comprenez, en devenant humaine et femme respectable et en oubliant ce côté naïf et coloré.
Cette idée du conformisme n'est pas un cas isolé : il traverse l'intégralité du film. Quand les humaines arrivent à Barbie Land, elles adoptent immédiatement leurs codes.
Quand Barbie et Ken arrivent dans le monde réel, ils sont perçus comme ridicules, déplacés. Alors, Ken absorbe le patriarcat et Barbie, à la fin, se lisse aussi pour entrer dans les codes du monde réel.
Nous avons donc :
Une société de poupées où tout le monde est Barbie (et doit se conformer à son modèle), et un monde réel où être Barbie n'a pas sa place, sauf si elle est dé-Barbie-fier. Dans les deux cas, le système aborde l'individu et le rend lisible dans une case qui correspond à son monde et ses règles : là où la créativité et la liberté d'être n'ont pas vraiment leur place autre part que dans un monde naïf et enfantin. Barbie ne fait pas un choix libre, elle change simplement de moule. Et c’est là que je trouve le film incohérent, ou plutôt, qui interroge sur ses convictions. Il prétend interroger les normes, mais finit par y adhérer dans ses images mêmes. Il célèbre la complexité, l’émancipation, mais n’offre jamais un vrai espace à la multiplicité des possibles. En devenant humaine, Barbie ne choisit pas qui elle est.
Elle devient ce que le monde attend d’une femme "réelle". Et pour moi, c’est juste une autre forme de conformité, plus douce, plus souriante, mais tout aussi limitante.