Nani Moretti livre un film plus humain que divin... Incroyablement beau dans le récit et dans la mise en scène, "Habemus Papam" va plus loin que son synopsis original. Evidemment, tout est très bien pensé, drôle, notamment dans ces conversations entre les cardinaux, acteurs tous exceptionnels, et le psychiatre, Nani Moretti tout aussi formidable, dans l'épisode de la disparition du pape, dans la mise en scène pensée par le conseiller consistant à faire croire qu'il est dans sa chambre, ou encore dans la partie de volley hilarante. Mais le plus intéressant reste cet hommage explicite au métier de comédien. Le pape, l'excellent Michel Piccoli, dit à la psy qu'il est acteur et qu'il aime son métier. Voyager, être sur scène, se renouveler sans cesse, c'est finalement être libre. Et ce n'est pas pour rien que l'une des plus fortes pièces de l'histoire du théatre est mise en parallèle. "La Mouette", de Tchekhov vient ici renforcer l'idée de la liberté, de l'aspiration à vivre, une vie qu'aurait voulu vivre cet homme d'église attachant, en proie au doute. Intelligent, beau et j'en passe, "Habemus Papam" constitue une grande leçon de jeu d'acteur et une belle leçon d'humanité.
La force du film réside dans son étrange humour. Sorte de légère moquerie de la vie au Vatican et l'impact de la présence d'un pape (ou plutôt de sa non présence). Ca démarre très bien, mais le sujet de la dépression et la confiance en soi n'est pas suffisament exploité à mon gout. Le film en devient trop limité. Reste le final qui, s'il se veut serieux, est complétement raté, mais au vu de l'espris général du film, j'ose croire que l'ironie réside de bout en bout. A voir tout de même car très curieux.
La fuite de Melville, au propre comme au figuré, devant l’énormité des responsabilités, provoque la consternation et la panique qui conduisent les cardinaux à recourir aux services d’un psychanalyste de renom. Interprété par le cinéaste lui-même, le médecin est un fort en gueule sentencieux, dont la science paraît bien légère et approximative pour pouvoir résoudre quoi que ce soit, tout au plus excelle t-il à titiller et réveiller l’esprit – et même le corps – de ces grands enfants taquins et espiègles que sont les cardinaux. L’organisation de matchs de volley entre les différents continents représentés par les éminences constitue le paroxysme du burlesque. Tandis qu’à l’intérieur de l’enceinte du Vatican, on temporise au mieux, Melville, échappé et solitaire, déambule dans les rues romaines où il rencontre une troupe théâtrale jouant Tchekhov. Un curieux raccourci pour celui qui confessait avoir voulu être comédien de théâtre dans son enfance. Ces instants de liberté totale – puisque personne encore ne connait les traits du nouveau pontife – d’errance et d’observation sont de véritables moments de grâce. Une douce mélancolie les envahit, portée par la puissance d’évocation du jeu de Michel Piccoli, promenant un regard étonné et presque enfantin sur le monde qui l’entoure, qu’il semble redécouvrir, sinon voir pour la première fois. Outre que le réalisateur de La Chambre du fils en profite pour remettre le pape à la place légitime qu’il se devrait d’occuper, c’est-à-dire au milieu et au plus près des fidèles modestes et anonymes, il réfléchit par la même occasion à l’exercice du pouvoir suprême, synonyme de solitude, de distance et d’éloignement. La fin à la fois inattendue et logique dépasse d’évidence les frontières du Vatican et du rôle du pape. En déclarant publiquement son incapacité à être un guide pour les millions de personnes qui l’envisagent ainsi, Melville devient soudain l’étendard ou le révélateur d’une impossibilité bien plus universelle. Comme si, à lui seul, il concentrait et mettait à jour l’incompétence des dirigeants du monde, déboussolés et perdus, préférant la démission. Ce qui s’avère un geste héroïque et politique, que l’on aimerait voir s’accomplir plus souvent. Apparemment léger et badin, Habemus Papam abandonne peu à peu les cardinaux à leurs facéties et leurs chamailleries pour suivre les pas mesurés et déterminés d’un vieil homme fatigué, mais terriblement lucide sur ses limites. Un homme à la fragilité touchante, à la vulnérabilité désarmante, qui sait bien que sa liberté demeure à présent sa richesse la plus précieuse. Et, mine de rien, sans effets appuyés, renvoyant dos à dos la religion et la psychanalyse, comme deux remèdes inopérants à la détresse humaine, Nanni Moretti livre un de ses films les plus importants.
L'écart, dans les plans rapprochés, entre les poignées de figurants censées faire masse sur la place Saint Pierre et les images d'archives, en plan général, de foule compacte est si énorme que c'en est attendrissant. Et le reste est à l'avenant. Comme on aime Moretti, comme on aime Piccoli, qu'il n'y a pas une once, même apostolique (hum), de prétention et surtout, surtout, pas de leçon donnée à quiconque - sauf aux psys peut-être, et encore...-, on passera sur les défauts. Attendrissant. Oui.
Melville, le Pape appelé à régner, aurait-il pris le nom de Bartleby II en hommage au personnage de Melville l'écrivain ? Sans doute que non. Pourtant lui aussi "préférerait ne pas", tout comme Bartleby. Il préfere tellement "ne pas" qu'il fugue . Pendant sa parenthèse enchantée, le conclave s'amuse sous la direction d'un psychanalyste mécréant. Tout cela est joyeusement invraisemblable autant qu'imparfait ( la séquence " théatreux ", trop providentielle) mais pour une fois qu'on voit autant de rouge sur un écran sans qu'il s'agisse de sang et de tripes , on ne boudera pas ses 4 étoiles.
Voir un film de Nani Moretti, pour moi c'est un peu comme entendre le dernier album de Franck Mickaël : ça a beau être estampé "2011", j'ai quand même l'impression que ça vient d'une autre époque. Alors je sais pourtant : c'est la classe de se montrer admirateur du cinéma italien « de la grande époque » mais bon, il n'en reste pas moins que pour un p'tit gamin inculte comme moi qui reste inscrit dans son époque, ce cinéma d'un autre âge me laisse totalement sur la touche. Rien que le milieu dans lequel il s'implante, le Vatican, est un symbole en soi. L'ami Moretti a beau essayer de construire une démonstration pour montrer que ce monde est désormais obsolète, tout tombe malgré tout à l'eau tant l'époque contemporaine qu'il peint en opposition pour lui répondre est tout aussi dépassée et désincarnée que son Église romaine. Et puis franchement, je ne sais pas si l'ambition de Moretti était d'être satyrique, mais cet "Habemus Papam" est aussi corrosif que de l'eau plate. Personnellement, j'ai pouffé de rire pour le final du film tant la dimension que semble donner l'auteur à son propos est totalement en décalage avec sa réalité ! Non mais la blague quoi ! Moretti pensait-il vraiment que son film questionnait l’Eglise ? Qu'il questionnait la société ? Qu'il questionnait l'humain ? Avec sa gentille galerie de petits papys inoffensifs et enfantins qu'il nous peint, on est plus dans le genre fantastique qu’en contact avec une réalité. Et justement, pour un gars qui se plait à endosser dans ce film le rôle d'athée, je le trouve incroyablement complaisant et aveugle. Alors je veux bien entendre que l'enjeu du film est ailleurs, mais franchement où ? Peut-être fallait-il percevoir ce film comme une gentille comédie burlesque totalement innocente et déconnectée de la réalité... Mais quand bien même, quelle purge aussi ! Pas de rythme, peu de propos : le film s'enlise en permanence dans les vieux codes des comédies d'antant. Pour un critique enfermé dans sa surconceptualisation à outrance du cinéma, c'est le paradis, je suis d'accord. Après tout, si votre trip c'est l'analytique et la recherche de références à la con sur le cinéma de Fellini et consorts, allez-y. Mais pour moi qui vais au cinéma pour quelque chose de plus en phase avec mon quotidien et ma réalité, le film n'a rien à proposer. Parce que, désolé de le dire, mais je ne vois absolument pas ce qu'on peut trouver d'amusant dans ce cinéma mou, conventionnel et finalement si peu construit. Paradoxalement, en réalisant cet "Habemus Papam", Moretti s'est livré en fait à un portrait inconscient. A l'image de son gentil pape et de sa gentille Église, il n'a ni conscience de ce qu'il est vraiment, ni la lucidité pour comprendre qu'il appartient à un autre âge...
Ce film est troublant tant dans l'idée que dans l'interprétation magistrale de Michel piccoli.Ce pape qui doute de sa foi et qui souffre de troubles psy et qui fini par renoncé à son pontificat est campé magnifiquement.La fin est abrupte...un petit bémol l'organisation du tournoi de volley ball entre les cardinaux , bien peu crédible.
Partant d'une idée irréaliste, "Habemus Papam" nage dans une absurdité comique : voire le comportement enfantin des cardinaux par exemple. Cet aspect comique est parfaitement dosé avec le côté dramatique. Ainsi, l'émotion cotoie le rire. Un trés grand film !!!
Superbement filmé est la première chose qui me vient à l’esprit. Ensuite le film, en plus de porter un scénario savoureusement original, nous offre un humour fin et de belles scènes d’émotion. Enfin, alors que l’environnement du film semble assez précis, le réalisateur réussi à rendre l’intrigue absolument universelle, permettant à tout le monde de s’identifier aux doutes de ce nouveau pape. Je regrette cependant que le réalisateur ne soit pas allé plus loin dans la psychanalyse du héros et qu’il n’y ait pas eu davantage de place pour les confrontations entre psychanalyse et religion. Mais si (enfin!!) vous voulez voir quelque chose de neuf au cinéma : courez-y !
Très bien interprété , bon casting, belle reconstitution, Piccoli est excellent comme d'habitude, mais ... film bavard et confus, et je n'ai pas du tout compris où voulait en venir le réalisateur et quel était son message. Je reste sur ma faim, je m'attendais à mieux.
Habemus Papam restera comme un grand film pour moi. Plus que l'histoire d'un Pape, c'est l'histoire d'un homme qui doute, parce que la tâche qu'on lui donne est trop grande pour lui. Tout le film peut être résumé dans une réplique (de mémoire) : "il y a des hommes qui sont fait pour guider, d'autres qui sont fait pour être guider". Tout le film repose sur cette réflexion, sans jamais être lourd ou pataud. Les scènes s'enchaînent de manière naturelle et souple, et le spectateur (en l'occurence moi), ressort avec ses propres doutes. A voir sans aucun doute !
Michel Piccoli et Nanni Moretti sont parfaits ! Le réalisateur/acteur nous livre une comédie touchante sur les états d'ames du Pape nouvellement élu et écrasé par la pression que représente sa nouvelle charge.