Comme beaucoup de Chiliens, Patricio Guzman est passionné d'astronomie. Et chacun sait que le désert d'Atacama est la région la plus propice pour observer les étoiles, grâce à la pureté de son atmosphère due à une extrême sécheresse. On y trouve les plus grands télescopes du monde et le chantier du projet international ALMA qui sera achevé en 2012. Ce point focal de la planète est une porte vers le passé, celui de la Terre, celui d'anciennes civilisations, celui d'un pays. Les astronomes scrutent le ciel pour y trouver le secret des origines dont la lumière ne leur parvient qu'aujourd'hui. Mais dans le désert, les archéologues interrogent la roche et le sable pour y déchiffrer les dessins et les momies des bergers précolombiens. Les historiens, eux, retrouvent les anciennes cités minières du 19e siècle et leurs ouvriers intacts. Car Atacama n'oublie rien. Tout ce qu'on y abandonne se dessèche sans se décomposer et défie le temps. C'est pourquoi les dernières "fouilles" sont celles des femmes aujourd'hui vieillies mais tenaces et obstinées, qui recherchent toujours les "disparus" de la dictature Pinochet. Parfois, elles ramènent au jour un charnier, des fragments de corps, des éclats d'os. Mais comme dit l'une d'elles, elles ne veulent pas un os mais les corps tout entiers, toute la vérité, toute la lumière. Ces assoiffés de connaissances, de réponses, de clarté, le cinéaste leur donne tour à tour la parole, entrelaçant leurs propos à son propre commentaire car il est l'un d'entre eux. Lui-même a connu les geôles de Pinochet puis l'exil. Lui-même cherche la lumière et, comme le désert, il n'oublie pas. Comment décrire la beauté des images qui illustrent les mots? Il y a les photos astronomiques, bien sûr, mais aussi les paysages somptueusement arides d'Atacama, la rondeur des observatoires, les rouages magnifiques des télescopes. Et puis les témoignages poignants du passé humain, les momies, les ossements, les mines transformées en prisons, les croix de bois des vieux cimetières, les photos des disparus d'hier. L'émotion jaillit à chaque plan, dans le tintement de vieilles cuillères supendues, les couleurs de billes enfantines, le tracé d'un visage sur une paroi rocheuse. Et nous ressentons aussi, pleinement, cette nostalgie au sens propre, cette souffrance du manque de "lumière", peut-être celle des étoiles dont nous gardons dans nos corps un peu de la matière.