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Jo D
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2,0
Publiée le 17 décembre 2012
Sur fond de jeunesse dorée et de rivalité entre les bobos de Saint-Germain-Des-Près dans le 6ème et les bourgeois du 16ème, ce film ne brille quasiment que sur la performance impeccable d'un Laurent Terzieff au sommet de son art. Anarchiste et du genre "against the system", il insuffle un certain dynamisme dans cette histoire assez plate et, au final, assez soporifique. Une certain sensualité et un certain érotisme se dégage de certaines scènes (notamment dans la 1ère "surboom"), la liberté sexuelle de l'époque étant en pleine expansion, mais mis à part cela et la scène finale qui pose pas mal de question sur la jeunesse qui réédite inlassablement les mêmes erreurs, cette oeuvre de Marcel Carné peine difficilement à décoller. Mise à part cette "tricherie" sur les sentiments, aux conséquences dramatiques, pas grand chose à retenir de ce film. Beaucoup d'éléments étaient là seulement pour combler un certain manque d'idée et non pour apporter quelquechose de positif (l'escroquerie pour récupérer de l'argent notamment : scène totalement ridicule). Film en quelque sorte précurseur de ce qui va s'appeler "la nouvelle vague", mais d'un loin d'être un incontournable.
Cigarettes, whisky et p'tite pépées! les ancêtres des soixante-huitards et de la jeunesse bobo tendance inrok d'aujourd'hui. Ils sont nuls, ils posent, ils mentent et ils se mentent. Carné est tocquevillien sans le savoir:"Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ."Ils vivent dans un présent désespérant. Les "mutins de panurge " inventent l'anticonformisme majoritaire, la subversion subventionnée, l'anarchisme de salon....Nous n'en sommes pas sortis!
Quand un maître du drame réaliste d’avant-guerre, en l’occurrence Marcel Carné (Quai des brumes, Les enfants du paradis et quelques autres chefs-d’œuvre), s’attache à tirer le portrait de la jeunesse parisienne existentialiste de la fin des années 50, ça donne Les tricheurs. Un tableau cynique et grave sur une poignée de jeunes étudiants désinvoltes et égarés en rupture avec la société et leurs aînés qui les entourent. Par orgueil et soif d’indépendance, ils rejettent l’hypothèse de se normaliser aux règles de l’amour et du travail. Leur quotidien se partage entre les après-midi passés dans les cafés du quartier bohème de Saint-Germain-des-Près, les boîtes de jazz en vogue et les beuveries nocturnes dans d’immenses appartements bourgeois. Qu’ils soient issus des bonnes familles ou non, tous n’aspirent qu’à jouir de leur propre liberté, quels qu’en soient le prix et les conséquences. Ces jeunes adultes sont incarnés par des comédiens pour la plupart issus du Théâtre et alors inconnus. Bob est joué par Jacques Charrier, que l’on ne reverra plus guère et fut essentiellement célèbre pour avoir été le second mari de Brigitte Bardot. Laurent Terzieff et sa gueule inimitable, que l’on a revu l’an passé dans J’ai toujours rêvé d’être un gangster, complète la partie masculine du casting dans laquelle Jean-Paul Belmondo, pour son quatrième long-métrage, n’apparaît qu’en arrière-plan. Ses (rares) répliques sont déjà à l’unisson d’une décontraction légendaire et alors palpable ("Une Jag’ dans c’t’état, moi, ça m’fout l’cafard"). Il retrouvera chacune des deux héroïnes brunes du film en d’autres occasions. Pascale Petit dans La novice et André Parisy dans Cent mille dollars au soleil. Amateur de music-hall, Carné profitait de ce cadre festif pour distiller une bande son jazzy très en vogue. Les dialogues, habilement écrits, ont parfois une connotation agréablement désuète ("T’es louf’!", "C’est bat’ ce soir"). Récompensé du Grand Prix du cinéma français en 1958.
Film à voir absolument,... Belmondo dans un de ses premiers rôle (raison initiale pour laquelle j'ai regardé ce film) mais on peut découvrir de jeunes acteurs débutants talentueux (Laurent Terzieff en premier) et un sujet sur la jeunesse tellement d'actualité 50 ans après.
Un an avant l’apparition en fanfare de la Nouvelle Vague («Les 400 coups», «A bout de souffle», «Le Beau Serge»), Marcel Carné dépose sur la tombe du cinéma classique un mémorandum hybride au nom de «Les Tricheurs» (France, 1958). Sous la forme d’un récapitulatif de ce que le cinéma classique a fait de mieux, Carné multiplie les esthétiques, érigeant de ce fait une pierre blanche sur lequel s’élèveront les Jeunes Turcs de la Nouvelle Vague. L’alternance des styles semble dresser le souvenir des meilleures esthétiques classiques : 1) Course poursuite en voiture qui invoque celle de «Le visage à trois faces» de Jean Epstein, 2) danse folle et jupons virevoltants dont le constructivisme évoque le cinéma soviétique d’Eisenstein, 3) gros plans-types du cinéma américain baignés dans des limbes nébuleux, 4) éclairage parfois appuyé, étirant les ombres comme dans l’expressionnisme allemand. Cette mise en présence par Carné de ces grands modèles du cinéma classique produit une œuvre hybride, suante d’une jeunesse désespérée. Sans tenter la difficile prise à partie pour la jeunesse, Carné se contente d’en exprimer le nihilisme maladif. Autodestructeurs, gorgés de pulsions de mort, cette jeunesse de la fin des années 50, petite bourgeoise ou totalement paumée, est l’objet ébranlé d’une crise. Carné déjà depuis «Le Quai des brumes» conçoit son cinéma en la présence d’une mort. Le jeu des amours, ce marivaudage sadomasochiste témoigne de la peine des jeunes cœurs. Le maelstrom des influences nait de l’érosion de sentiments voilés, du requiem endiablée que Carné adresse au cinéma dont il a appartenu. Prenant un des plus grands sujets de la modernité : la jeunesse, et des formes dès lors révolu, Carné se tourne en un seul geste sur le chemin parcouru et esquisse le trajet du chemin à parcourir. 1954, Carné sans Prévert avait donné fruit à une chronique systématisant la dramatique prévertienne, 1958, Carné retrouve son talent premier : la mise en scène.
Ah elle belle la jeunesse dorée, tiens! j'imagine que c'est la réaction qu'a suscité le film à l'époque. En définitive peu de chose on changé. les personnages pourrait être repris aisément aujourd'hui, charrier le prolo trop naif pour ce milieu, Pascale Petit La fille à papa manipulatrice, bebel en opportuniste et terzief en révolutionnaire (toujours sympa de retrouver cet acteur trop rare). Le film n'est pas d'un intérêt majeur mais est biens servi par la jeune garde francaise.