Tantôt pathétiques, ridicules, détestables, pitoyables, les protagonistes (interprétés pile sur ce fil dramatique) de cette comédie noire incarnent frontalement toutes les tares de la société, toutes les déviances, tous les vices des hommes - puisque même le pédophile n'est pas réduit à sa monstruosité. Avec une audace admirable, le récit dénonce l'hypocrisie du bonheur de surface, les familles prétendument parfaites qui cachent perversions, aveuglements, douleurs, les unions matrimoniales emplies de frustration, de déni, de morosité, les relations de travail pétries d'indifférence, de jalousie, de cruauté. Sur un ton satirique (que la mise en scène souligne par des choix de cadrages ou de détails ironiques ainsi que par l'utilisation malicieuse de la musique), les succulents dialogues jouent du sous-texte, provoquant gêne, empathie ou rire franc. Profondément pessimiste, l'intrigue met en avant l'impossibilité du bonheur tant que la lucidité n'aura pas remplacé les masques qu'on (se) force à porter, tant que les interactions seront guidées par la nécessité, l'égocentrisme, la violence. Terriblement juste!