La filmographie d’Alain Corneau, notamment à ses débuts, aura été marquée par une prédilection pour le film policier venant de sa passion pour le cinéma américain des années 1940 et 50. Après « Série Noire » adapté d’un roman de Jim Thompson avec Patrick Dewaere en vedette qui n’aura pas été apprécié à sa juste valeur, sans doute en raison de la radicalité de son propos et du pessimisme abyssal qu’il renvoie au spectateur, Corneau rempile pour un nouveau film policier avec « Le choix des armes ». Certes plus conventionnel, notamment au niveau de son intrigue plutôt classique, le film écrit par Alain Corneau aidé du romancier Michel Grisolia se veut comme le dira lui-même Corneau comme un pont entre le polar à la française de Jacques Becker ou de Jean-Pierre Melville et celui des années 1970 français et américain qui faisait voler en éclat les conventions établies notamment concernant l’approche des mœurs du milieu. Cette transition est marquée par l’opposition entre le truand à l’ancienne retiré des affaires, interprété par Yves Montand (retrouvant Corneau pour la troisième fois après « Police Python 357 » et "La menace") et le voyou incontrôlable ayant grandi dans l’univers sans règles des banlieues parisiennes, campé par un Gérard Depardieu alors au sommet de sa gloire et de son art. L’opposition générationnelle équivalente est exposée du côté des flics avec un Michel Galabru grandiose en commissaire désabusé qui n’attend plus qu'une retraite qu’il touche presque du bout des doigts et un Gérard Lanvin encore en recherche de sa personnalité d’acteur qui incarne un jeune chien fou lui aussi incontrôlable parce qu'en quête d’efficacité et de reconnaissance. Avec une certaine jubilation sans doute née du sujet traité mais aussi du casting prestigieux à sa disposition auquel s’ajoutent Catherine Deneuve dans un rôle secondaire mais capital, Richard Anconina, Jean-Claude Dauphin, Christian Marquand, Jean Rougerie et Roland Blanche, Alain Corneau joue à plein de cette opposition de laquelle Michel Grisolia tire habilement plusieurs des retournements de situation du film. Remarquablement filmé par Pierre William-Glenn qui est alors l’un des plus grands chefs opérateurs français et très solidement rythmé par la musique de Philippe Sarde, « Le choix des armes » est sans aucun doute l’un des fleurons du film policier français des années 1980. Avec le recul, quasiment quarante ans après sa sortie sur les écrans, le film peut se voir comme une prémonition de l’inévitable montée de la violence à venir que l’on peut déjà lire dans les images de la Courneuve délabrée que montre Alain Corneau dont la sensibilité humaniste transpirait à travers son cinéma. Tout semblait malheureusement déjà écrit. Un film à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas encore où les acteurs sont tous justes.
Le polar français, c'était mieux avant. Une maxime un brin trop démagogue et pourtant, force est de reconnaître que sous l'impulsion de plusieurs cinéastes, le genre a connu un véritable âge d'or dans les années 70 et 80. A. Corneau est bien sûr l'un de ses meilleurs représentant et en réunissant un tel casting, il ne risquait pas grand chose. Enfin, encore faut-il servir des acteurs pareils (en plus du trio à l'affiche, il y a aussi Galabru, Lanvin, ANconina plus quelques têtes connues) et une intrigue puissante, avec un vrai propos, un vrai point de vue et une mise en scène exceptionnelle. Tout es donc réuni içi pour un résultat assez emballant. L'intrigue n'est pas neuve en soi et recèle plein de clichés du genre mais leur agencement fait toute la différence. Parfois, c'est un peu abusé et certaines décisions des personnages sont étranges mais l'ensemble fonctionne très bien et comme les acteurs sont hyper inspirés, on suit le tout avec facilité. La musique de P. Sarde est elle aussi une splendeur et le tout fait un des meilleurs polars de tous les temps, ni plus, ni moins. D'autres critiques sur
Giscard nous dit « au revoir », la France a le cul entre deux chaises ; Alain Corneau est à son image, encore de l’époque des vieux routards classiques (paternité revendiquée par lui-même avec Melville), il tente de faire la jonction avec des films plus radicaux et plus secs des 80’s. Et c’est aussi donc le sujet du film : d’un côté donc une bourgeoisie très giscardienne avec des truands discrets brandissant le code d’honneur fait face à une nouvelle génération de truand des banlieues à la violence imprévisible sans foi ni loi. Le film de Corneau est à l’image du sujet traité : mi cinéma pépère / mi cinéma jeune et dynamique. Au final bancal et démonstratif. Un scénario basé sur le hasard et les coïncidences offre un déroulé parfois tiré par les cheveux. Après il offre un casting XXL avec Montand, Deneuve, Galabru, Chicot, Roland Blanche, Lanvin, Anconina en jeune très prometteur… et surtout Depardieu à la prestation gargantuesque et exorbitée qui fait froid dans le dos. Après avoir mis en scène Dewaere dans « Série Noire » ; Corneau peut être fier d’avoir fait jouer deux acteurs incarnant la nouvelle génération de comédiens crevant l’écran par leur présence animale. Du rythme et des interprètes incroyables : les deux atouts du film. Mon blog: tout-un-cinema.blogspot.fr
Excellent polar ! Je découvre l'univers d'Alain Corneau avec ce film nerveux et inspiré. Le film n'a pas pris une ride et l'image est encore très belle. La réalisation est soignée et efficace, on alterne avec scènes d'actions, scènes calmes, suspense etc. Les acteurs sont sont excellents, à l'image d'Yves Montand qui à la classe en caïd repenti avec sa sublime femme interprétée par Catherine Deneuve qui est très fraîche dans son rôle ! Gérard Depardieu en mode tout "foufou", truand aux abois, qui ne respectent aucune règle et qui n'a pas vraiment de code d'honneur ... Les 3 seconds rôles joués par Michel Galabru, Gérard Lanvin et Richard Anconina apportent beaucoup eux aussi au film ! On suit donc avec engouement ce film qui passe vite et on ne s'ennuie pas un instant ! la musique de Philippe Sarde accentue encore une atmosphère de choc des générations très présente. Un très grand polar français que je conseille vivement à tout le monde. Excellent.
Alain Corneau est un grand admirateur du travail de Jean-Pierre Melville.Tous ses polars 70's et 80's lui rendent un hommage appuyé.Tenez,prenons "Le choix des armes".Un très bel écrin psychologique qui se passe quasiment de dialogues comme...chez Melville.La photographie est superbe,surtout dans le haras.Dommage en revanche qu'il ne l'ait pas imité pour créer la même tension.Je chipote car la qualité de ce long-métrage est surprenante,et la versatilité des personnages y est pour beaucoup.Ni cleans,ni foncièrement mauvais;ce sont surtout des victimes.Précisons qu'on parle quand même de truands là!Le conflit de générations fait partie des thèmes abordés entre le chien fou impulsif(Depardieu)et le pondéré qui a tout vécu(Montand).Un face à face qu'on imagine dantesque,mais qui est surtout le choc frontal de 2 êtres désespérés,voulant échapper à leur passé.Rien ne les prédestinaient à se rencontrer,excepté lorsque le frère décédé de Montand est aussi l'ami de braquage de Depardieu.Entre incompréhensions et blessures enfouies,l'issue sera forcément tragique.Que de dommages collatéraux.En peu de mots,et beaucoup de regards fuyants,Corneau livre un polar subtilement poignant.Yves Montand est d'une sobriété glaçante,Gérard Depardieu vulnérable,Catherine Deneuve rêveuse et Gérard Lanvin défait.Clairement,une oeuvre à redécouvrir.
Après sa période tampon entre la révélation et la consécration qui lui aura valu de passer par l'expérimental et le pornographique, Depardieu revient en petit truand dans ce film de 1981 où il assoit sa maîtrise du genre avec un peu plus de maturité... Ou bien cette maturité est-elle celle du film ? Réalisé par un homme né du temps de l'expatriation gabinienne (la Seconde Guerre mondiale pour les non-cinéphiles), Le Choix des armes se situe entre ladite période truande qui a donné ses premiers petits rôles à Gégé, et celle de drames plus « modernes » ; un choix de mot rétrospectif s'il en est, mais cela n'en qualifie pas moins cette œuvre ne se lassant pas de passer instinctivement de chapitre en chapitre : d'abord la sérénité du couple Montand-Deneuve (plus basé sur sa routine et des acquis trop sobrement mis en places que sur des émotions, mais soit), puis la tourmente apportée par la truanderie (l'éternelle).
On aurait pu s'attendre à ce que les deux milieux fusionnent avec force étincelles, mais non ; ils se confondent comme si l'un avait toujours fait partie de l'autre, or c'est le but, comme en témoignent les délicats non-dits. La lisseur du mélange fait le charme du métrage, auquel j'ai toutefois deux reproches à faire : il est long, laissant traîner des plans les uns derrière les autres sans résultat, et il commet l'erreur d'exprimer ce que l'histoire appelle « replonger » : refaire partie du crime. Certes, l'inévitabilité est là qui relativise et me fait dire que le film est mature, et le scénario ne se laisse pas prendre au piège de trop insister sur des facettes attendues du genre (la partie « casse », la partie « police », la partie « poursuite », la partie « regret »), les multipliant et les personnages avec, mais une trop grosse part du travail est mise sur une Deneuve inefficace pour maintenir le lien entre les deux mondes. Il finit par casser.
Un excellent polar dans lequel Alain Corneau fait description d'un conflit de générations: la vieille école personnifiée par Yves Montand et Michel Galabru, et la jeune génération pressée qui trouve son incarnation en Gérard Depardieu et en Gérard Lanvin. Ainsi, cela donne un film dans lequel les acteurs livrent des numéros époustouflants, dont un Gérard Depardieu dans un rôle assez complexe de voyou violent et immature. Face à lui, Yves Montand est impressionnant de dureté et de froideur qui cachent en réalité une personnalité fragile. Seule Catherine Deneuve livre une interprétation plutôt faible, la faute au fait que son personnage ne soit quasiment pas développé. La réalisation d'Alain Corneau est toujours aussi efficace, avec un très bon usage de différents procédés comme le montage alterné ou le montage parallèle, et un soin tout particulier est apporté à la photo. Un film à voir absolument.
Voir Gérard Depardieu chanter Rock Around the Clock en pleine course-poursuite avec des flics, j'avoues je m'y attendais pas. Blague mise à part, en exploitant à très bonne mesure le talent de son casting, Alain Corneau donne avec Le Choix des armes un film qui va bien plus loin qu'un simple film policier, un entrecroisement de situations malencontreuses qui dans l'ensemble pose la question de la nécessité d'employer la violence ou non, ce fameux "choix" du titre. Que ce soit policiers, évadés ou criminels retraités n'ayant à rien à voir les uns des autres, ces fils rouges se retrouvent tellement rapprochés et instables que le moindre malentendu est susceptible de provoquer des dégâts considérables. La tournure malencontreuse des événements prend une toute autre dimension lorsque Corneau déconstruit l'aura de mystère autour de chacun des protagonistes pour leur apporter plus de sensibilité et de rapprochement vis-à-vis du spectateur. Tuer ou laisser couler, il faut choisir.
Le Choix des Armes joue sur une confrontation entre polar traditionnel melvillien et polar nouvelle génération très ancré dans un contexte social difficile. Chacun étant incarné respectivement par Yves Montand et Gérard Depardieu, le film devient logiquement un film clé du genre par cette sorte de passation de pouvoir qui ne semblait pouvoir se faire que devant la caméra d'Alain Corneau.
Polar français classique à l'esthétique et au style très marqué années 70/80 qui joue sur les oppositions. Opposition entre l'ancien gangster rangé et embourgeoisé et le jeune gangster chien fou prêt à tout casser, entre les draps de soie du haras au cordeau et les boîtes aux lettres explosées de la cité de banlieue (déjà) délabrée, entre polar traditionnel avec code d'honneur "à la Melville" et polar nouvelle génération inscrit dans un contexte social difficile, entre les méthodes policières du commissaire revenu de tout à la veille de la retraite et celles du jeune inspecteur idéaliste mais inexpérimenté. Opposition de deux générations d'acteur : Montand à l'ancienne, costard classique et démarche coincée, Depardieu bondissant, fonctionnant à l'énergie et à l'instinct. C'est classique, bien filmé, bien interprété, bien mené même si quelques longueurs et invraisemblances (les méthodes policières paraissent, même avec le recul, peu crédibles). un peu désuet 30 ans après, et pas mal nostalgique (aïe aïe aïe les décos !!).
Un très bon polar... Excusez-moi et tant pis si je commets encore là un crime de lèse-majesté, parfois bien meilleur que certains Melville (surtout des débuts où les mauvais acteurs et la voix-off de Melville ternissaient la réalisation)... Tout ça pour dire que Alain Corneau maîtrise son film de bout en bout. Servi par une distribution hors du commun (à noter les débuts d'Anconina et de Lanvin) et par un Yves Montand monstrueux de vérité et de talent, l'eouvre atteint parfois des sommets. Les scènes champêtres sont magnifiques. Quant à Depardieu, il prouve là qu'il fait partie des plus grands. Jamais aussi meilleur que lorsqu'il joue à l'instinct ! Seul petit bémol, le scénario (à la profondeur psychologique indéniable), qui pêche parfois par trop d'invraisemblance... Comment croire une seconde que la police mènerait cette enquête de cette façon, digne des plus grandes erreurs judiciaires... Enfin, il faut parfois oublier les détails pour se laisser prendre au jeu. Et cependant, le sens du détail, le devoir de crédibilité, le goût de "l'achevé" demeurent les marques des plus grands. Alain Corneau était encore là loin du compte.
Un très bon polar signé Alain Corneau avec des acteurs d'anthologie comme Catherine Deneuve, Gerard Depardieu ou Yves Montand. Un grand film qui a aussi révélé des acteurs comme Gerard Lanvin ou Richard Anconina. Un scenario a rebondissements, une histoire emouvante et une bonne musique. Un des meilleurs polar français.
LE CHOIX D'AIMER. Succès critique d'Alain Corneau avec un casting puissant. Une bonne vision du drame et de la situation. 30 ans plus tard, les armes sont quelque peu démodés.
Avec des jeunes acteurs en devenir, un bon pollar qui nous entraîne dans une sorte de duel entre un ancien truand et un évadé. Le tout suivi de près par la police incarnée par Michel Galabru et Gérard Lanvin. Bon divertissement avec des retournements de situations et de bonnes scènes de violences. Gérard Depardieu nous montre son génie naturel et Yves Montand son calme de sage expérimenté.