L'oeuvre de Martin Scorsese est décidément extrêmement riche et variée, alors arrêtons d'échanger des banalités à son égard en le cataloguant notamment comme spécialiste du film de gangsters car cela est extrêmement réducteur ! Les années 80 furent pour lui une décennie de relance, essentiellement économique et lui permirent de se remettre en question en s'essayant dans divers registres afin de pouvoir ensuite mener à bien le projet de sa vie, j'ai nommé "La Denière Tentation Du Christ". Mais parlons plutôt d'"After Hours", étonnante fable nocturne, qui, si elle comprend nombre d'élements récurrents dans la filmographie du cinéaste offre surtout un univers décalé, déjanté, une sorte de descente aux enfers menée avec un sens de l'humour très noir faisant régulièrement mouche. Sombre comédie donc, impeccablement menée visuellement parlant (et comme d'habitude, on notera que pour Scorsese, c'est le syle, reconnaissable au simple coup d'oeil qui prime avec de très larges travellings, un montage vivant et affuté rythmant rapidement une grammaire cinématographique large et maîtrisée). L'importance de la bande-son est toujours conséquente, la nuit est présente du début la fin (belle photographie), le scénario bâti avant tout autour de ses personnages, bref la totale made in Tonton Marty. Relation avec l'art, le cinéma (d'ailleurs traité en dérision), la création, les contacts amoureux parfois difficiles avec une incapacité à jouir, quelques allusions religieuses, un petit coup de pêché-rédemption (même si ce n'est pas voyant au premier abord), Scorsese ne se refait pas. Ce qui constitue la force d'"After Hours", c'est cette faculté à renouveller constamment le monde d'un auteur ici embarqué dans le phantasme et le délire total. Vraiment drôle, très bien interprété, "After Hours" est un conte pour adultes qui résonnera comme un petit bijou pour les plus barrés d'entre-vous. Essentiel.