(...) Passé la scène d'intro, très mystérieuse évidemment, on est plongé dans le bureau du notaire qui lit le testament de la mère de nos 2 héros. Le texte est sobre mais puissant et pourtant, quelque chose cloche. Pas d'un point de vue narratif mais plutôt sur le ressenti visuel. Le découpage de Villeneuve est à ce moment du film un peu trop rapide. Les plans s'enchaînent à un très haut débit, presque un par phrase. Du coup, je me suis senti un peu agressé et j'ai eu du mal à me remettre dedans. La suite est une alternance de flashbacks qui exposent le passé de Nawal Marwan en alternance avec l'enquête de sa fille Jeanne. L'agencement du tout fonctionne parfaitement, l'un répondant à l'autre de manière cohérente et pertinente. D'un point de vue narratif, je trouve que c'est très réussi, même si le film est peu lent à vraiment démarrer, restant nébuleux sur beaucoup de points et parfois un peu trop elliptique. L'autre grosse faiblesse aussi qui me frappe, c'est cette manie de découper en chapitres, avec le titre de ce dernier qui s'affiche en rouge alors même qu'on a très bien compris ce qui se passait et quel épisode de la vie de Nawal on suivait. (...) Pourtant, le film est très bien mis en scène je trouve, avec régulièrement quelques jolies séquences et de beaux plans sans oublier la fameuse scène dite "du car" qui se révèle être une des plus marquantes. Une scène à la fois dramatique, intense et d'une très grande puissance émotionnelle, filmée avec beaucoup de savoir-faire et de maîtrise pour un résultat tétanisant, qui fait basculer le récit dans une autre dimension. A partir de là, j'étais vraiment accroché mais cette embellie fût assez courte car peu après, le film va s'enliser. (...) Ensuite, le film comporte tout de même quelques grosse ficelles comme le parcours du jeune Nihad retracé par le notaire local et qui repose sur pas mal de facilités et de gros coups de chance. Si ça passe pour la plupart des spectateurs, de mon côté ce n'est pas le cas. (...) Il filme par ailleurs des paysages absolument magnifiques et rarement vu au cinéma, avec quelques plans aériens de toute beauté. Si c'est parfois un poil contemplatif, je n'ai pas trouvé ça spécialement gênant. Il fait également le choix de faire un film apolitique, situant l'action de son film dans un pays dont le nom n'est jamais évoqué même si on devine assez vite qu'il s'agit du Liban. Il ne juge pas, il ne fait pas de leçons de morale et il se contente de raconter son histoire qui se finira par quelques scènes poignantes. Malgré ses grosses ficelles, le drame fonctionne assez bien même si je n'ai pas été aussi ému que la plupart des spectateurs. La critique complète ici