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Un visiteur
5,0
Publiée le 15 mai 2018
Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Pour ne pas spoiler je ne dirai pas ce quels sont les sujets tragiques traités avec intelligence. Ce film vaut tous les livres de psychanalyse.
Hasard ou coïncidence ? J’ai vu coup sur coup deux films de Luchino Visconti que diffusaient deux cinémas d’art et d’essai du Quartier Latin dans le cadre de deux rétrospectives différentes.
Je connaissais déjà les principales œuvres de l’immense réalisateur italien : "Senso", "Rocco et ses frères", "Le Guépard", "Mort à Venise"…. Mais je n’avais jamais vu ces deux-là, moins connues.
"Sandra" est un film en noir et blanc tourné en 1965. Son héroïne, interprétée par Claudia Cardinale, revient avec son mari dans sa maison natale, à Volterra, à l’occasion d’une cérémonie en mémoire de son père déporté et assassiné à Auschwitz. Elle y retrouve son frère, Gianni (Jean Sorel, un physique à la Alain Delon), avec lequel elle a entretenu une relation incestueuse dans son enfance.
Le cinéma de Luchino Visconti est d’une folle élégance. Ce rejeton de la vieille noblesse milanaise a un temps flirté avec le communisme. Ses premiers films en portent la marque, qui s’inscrivent dans la veine du néo-réalisme italien : "Les Amants diaboliques", "La terre tremble"… Mais avec "Senso", en 1954, son premier film en couleurs, son œuvre tourne le dos au néo-réalisme et prend un tour qu’elle ne quittera plus : elle filme – comme dans "Le Guépard", comme dans "Mort à Venise", comme dans "L’Innocent" – la haute noblesse de l’Italie du Risorgimento confrontée, comme chez Proust, à l’imminence de sa décadence.
Quelques-uns de ses films se déroulent dans l’Italie contemporaine : "Nuits blanches", "Rocco et ses frères", "Sandra", "Violence et passion"… Mais ils ont le même raffinement que ses films d’époque et racontent des histoires semblables de familles déchirées et pourtant lucides sur leur inéluctable déclin. Le cinéma de Visconti, c’est une fleur en putréfaction : il en a la beauté et le parfum.
Sandra est un film d'horreur, mais rien à voir avec les monstres ou le giallo. Dans un palais très sombre et délabré peuplé de quelques âmes solitaires, des secrets s'échangent, des billets apparaissent dans d'anciennes cachettes, et un mari sent la tension qui s'installe dans son couple : une force étrange est à l'œuvre. À mesure que l'histoire avance, on se rendra compte qu'il y a bien un monstre après tout : l'inceste, dissimulé dans les cœurs comme une bête dans la pénombre, dont on croit qu'il a disparu à force qu'on le drape de non-dits. Mais il ressurgira, laissant derrière lui une traînée de sang invisible : celui qui s'écoule de souvenirs poisseux et d'adolescences troubles.
La manière dont le drame familial est ainsi transformé en abomination, jusqu'à faire correspondre l'œuvre aux critères de l'horreur, est magnifique. La photographie pessimiste et le visage hanté de Claudia Cardinale en font l'hybride parfait... ou presque. Il y a un goût d'expérimentation quand même, une impression d'illégitime derrière ces styles d'écriture et de mise en image déformés. Sandra semble payer le prix de sa réussite par sa position de faux film d'horreur, et c'est à travers ce prisme qu'on le voit en partie : ce qui était bizarrement convaincant prend un tour dérangeant. Bien qu'il se rattache bien davantage à la mythologie grecque, il laisse avec le sentiment qu'on a vraiment vu un giallo : les complexes débridés, l'érotisme malsain, l'horreur sans fard qui sert d'exutoire aux frustrations en sont des symptômes qu'il exsude étrangement.
Sandra est un hybride, oui, mais pas de la manière la plus attendue. Bonne chose ou non ? Je laisserai le loisir de trancher à qui ne déteste pas le giallo.
Ce n'est pas le film le plus connu du cinéaste mais il n'en reste pas moins intéressant. Éprouvant à regarder, "Sandra" joue surtout sur l'ambiance avec une lumière particulièrement soignée et sur les non-dits. Visconti nous parle (comme dans "Les Damnés") d'une famille pourrie de l'intérieur où le désir de l'inceste est sans cesse présent entre le frère et la sœur. On s'ennuie parfois mais on n'en reste pas moins fasciné au fur et à mesure que l'intrigue se dévoile. Claudia Cardinale est vraiment sublime et en espèce de sosie d'Alain Delon, Jean Sorel interprète à merveille le frère rongé de désir.
Visconti brille avec Vague Stelle dell'Orsa (vers emprunté au poète italien Leopardi). Il défait les verrous de son scénario petit à petit, et également ceux de la société. A l'instar d'un Thomas Mann (Sang réservé par exemple), il magnifie la relation entre Claudia Cardinale et Jean Sorel, dans une atmosphère d'après-guerre dans un petit village italien. Loin d'être son plus connu, il mérite d'être vu.
Tout l'univers de Visconti dans ce drame familial ou à l'occasion d'une commémoration et avec l'aide d'un tiers , le mari , tout remonte à la surface , l'amour , l'inceste , la trahison , la folie ...une réussite peu connu en France das l'oeuvre de ce cinéaste majeur
Sandra (Claudia Cardinale), retourne avec son mari américain dans son village d’enfance de Toscane et dans la maison familiale. Son père est mort dans un camp d’extermination nazi et sa mère (Marie Bell), remariée spoiler: (son mari aurait dénoncé le père de Sandra) , souffre de troubles psychiatriques. Elle retrouve son frère (Jean Sorel) pour qui elle éprouve un amour incestueux. C’est bien joué, bien filmé et photographié mais on a du mal à s’intéresser à l’histoire.
Superbe film, immense metteur en scène, grands acteurs, super histoire, musique qui alimente l'émotion. Merci à la filmothèque du quartier latin de nous permettre de voir de tels chefs d'oeuvre. A ne pas rater si on en a l'occasion. Mention particulière à Claudia Cardinale belle et grandiose et Jean Sorel un acteur pas suffisamment connu