Pour son deuxième film derrière la caméra, Maggie Gyllenhaal décide de s’emparer d’un monstre ultra-connu d’Hollywood (et de la littérature) en abordant l’univers du Dr. Frankenstein. Sauf qu’elle ne va pas y aller frontalement mais l’aborde avec un autre regard, celui de la fiancée de Frankenstein, celle qui prendra toute la lumière et ce dès le titre en arborant fièrement un point d’exclamation.
Elle découpe son récit en plusieurs parties, telle une thèse qu’elle veut nous rendre. tout d’abord, les présentations et pourquoi nous en arriverons à ne voir que la fiancée en tant que telle et non la fiancée de Frank. J'avoue avoir eu quelques doutes quant aux échanges entre Mary Shelley (l’auteure de Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818) et le personnage de la fiancée, Ida. Ces échanges m’ont paru pompeux et, à mon simple avis, une version plus courte aurait permis d’amener l’action au plus vite. La recherche du nom de la fiancée est le thème de ces échanges, le besoin d’une femme à se déterminer par elle-même et non par des dictactes d’autres (hommes), car oui, The Bride ! est un pamphlet féministe et il le rappellera très régulièrement). Afin de recoller à la réalité du récit, retour dans le Chicago des années 1930 pour voir qu’Ida fréquente un milieu mafieux et qu’elle ne s’en remettra pas.
En second temps, nous voyons Frank sortir de son Europe natale pour rejoindre ce fameux Chicago afin d’y trouver le “nouveau” professeur qui peut répondre à son besoin. Il soufre de solitude et se dit qu’avoir une femme le comblerait. Sauf qu’il voit sa fiancée comme on prendrait un labrador. Ici, nouveau rappel, Frank est surpris de constater que le professeur est une professeure et celle-ci lui fait une rapide morale sur le sujet et sur son idée. Mais comme toute bonne professeure folle, elle oublie vite la morale et ne rechigne pas à aller déterrer une jeune femme afin d’assouvir ses recherches et de répondre aux besoins de Frank.
Troisième acte, Frank a donc sa fiancée et coup de bol, elle est amnésique. Il n'a plus qu’à la modeler telle qu’il aimerait l’avoir (la voir ?). Résurgence mémorielle exige, Ida ne se laisse pas faire et va l'entraîner avec elle dans sa recherche de personnalité, de savoir et d’identité. Frank n’a plus la main sur sa créature, elle décide par elle-même, comme il a pu le faire une centaine d’année plus tôt. Par ses frasques, Ida va faire des émules dans la gente féminine de Chicago et inspirer les femmes.
Avant-dernier acte, la fuite vers sa destinée. Chicago devenant trop petit, un départ s’impose, trop de frasques, trop d'histoires s’entremêlent, la mafia, les flics, le besoin de liberté. Nos deux héros deviennent les Bonnie & Clyde version monstrueuses. Les morts s’amoncèlent, Frank tient à protéger coûte que coûte sa bien-aimée et celle-ci continue son émancipation.
Acte final, les classiques sont la colonne vertébrale de film et qu’elle autre classique pour un couple mal-aimé de tous : Roméo & Juliette. Retour aux sources pour nos tourtereaux dans une apothéose de violence policière.
Tout le long de ce (presque) road-movie, Mary Shelley viendra parler, posséder Ida et distillera sa pensée de libération féministe afin qu’Ida soit la plus libre possible. Le message est clair, Maggie Gyllenhaal veut nous faire comprendre qu’ici, c’est la fiancée la vraie héroïne. Mais si dès fois sa volonté d’émancipation n’est pas assez dominante à l’écran, nous avons Myrna Malloy, inspectrice douée luttant contre les hommes, qui vient en rajouter des couches. Je ne parle même pas de la scène finale avec Lupino (chef mafieux) montrant que les méchants sont toujours punis (ce qui n’est pas toujours vrai dans la réalité).
Je vais tout de suite casser une idée qui peut surgir de mon texte : rappeler que le féminisme est nécessaire n’est pas un mal. Sauf que le rappeler trop souvent en deux heures, c’est lourd (tout comme le faisait le film Barbie). Surtout dans ce genre de film. Le thème, l’esthétique gothique et le casting de rêve amène un public qui est (à mon avis) déjà acquis à la cause.
Parce que oui, en dehors de l’histoire et de la morale, le casting est exquis. Jessie Buckley (que je découvre) nous livre une fiancée haute en couleur, Christian Bale n’a plus à prouver qu’il sait tout jouer et en antagoniste du côté de la loi, Penélope Cruz et Peter Sarsgaard forment un duo policier aux petits oignons. Ajoutons (fratrie oblige?) Jake Gyllenhaal en roi du music-hall, c’est parfait. D’ailleurs cette incursion dans les grandes heures des films musicaux hollywoodiens, nous offre de belles scènes musicales qui, à première vue, peuvent paraître hors sujet.
Qu’en retenir ? Des deux heures de ce film mélangeant fantastique, romance, road-movie et music-hall, il en ressort une poésie gothique, un moment à part dans ce que j’ai pu voir au cinéma ces derniers mois et ça fait du bien. Pour ça, merci Maggie.