The Bride! est un film outrancier, clinquant, maladroit, mais monstrueusement sincère. Et original, ce qui, après une bonne centaine de films avec la créature de Frankenstein, est un sacré luxe (et compliment, pour un cinéphile qui en a soupé, du boulon et de l'agrafe). Maggie Gyllenhaal récidive dans son pamphlet pro-femmes après son très sensible The Lost Daughter, sortant à présent les câbles électriques pour survolter son film fantastique de monstres qui s'inspire de (l'excellent !) La Fiancée de Frankenstein (1935) mixé avec Bonnie and Clyde, qui part dans tous les sens au point qu'on n'arrive plus à comprendre les délires qu'on y voit (il y a beaucoup trop de choses, et peu d'indispensables), y mêlant les préoccupations féministes actuelles à la manière d'un Marie-Antoinette (Sofia Coppola) résolument moderne. The Bride! déborde donc de partout, et ce, dès le début qui nous jette dans l'improbable mix de consciences entre Ida, une jeune femme légèrement bipo, et Mary Shelley herself (l'autrice de Frankenstein... Mais qui n'a jamais écrit une ligne sur sa Fiancée, ça c'est James Whale... Allez, on va dire que 99 d des gens n'y verront que du feu) qui lui dicte une conduite "bousculant les mœurs" à tenir. Sur le papier, l'idée est bonne, mais concrètement, on se coltine des scènes d'intervention pénibles en noir et blanc et un syndrome Gilles de la Tourette assez gonflant à la longue. Alors, direz-vous, dans tout ce patchwork d'idées mal rapiécées (comme ses monstres : pas même fichu de faire le même maquillage "lèvres" à la Fiancée entre chaque plan, et c'est ultra-visible... Vraiment, Maggie, avec tout ce budget ?), qu'est-ce qui a fait qu'on n'a pas passé un sale moment ? Bien évidemment, la grande harangue contre les oppressions des femmes, c'est un grand oui. D'ailleurs, cette Fiancée ne porte pas de soutif, et s'en contrefiche (et ça c'est encore oui : les agrafes dans la caboche, c'est rien à côté d'une baleine qui sort, elle l'a bien compris). Il y a aussi ce rythme effréné qui fait filer les 2h, surtout aux côtés d'un binôme aussi attachant que Jessie Buckley (alias l'actrice à la filmo dorée, la plus sous-côtée de tout Hollywood) et Christian Bale (comme d'habitude transcendée par son personnage), donnant vie (sans électricité) à deux anti-héros plus malchanceux que vraiment méchants, ce qui nous met dans leur poche. La mise en scène est soignée, la musique aussi, il y a le frangin Gyllenhaal qui file un coup de main en incarnant le comédien-danseur de music-hall détestable (un prétexte assez maladroit pour que nos héros se baladent : pourquoi
suivent-ils toujours son itinéraire de films, après qu'il s'est révélé être un sale type ?
), il y a une scène de danse totalement nanardesque (c'est un compliment dans notre bouche : oui ça sort de nulle part, on ne comprend rien, ni même pourquoi les gens se mettent à danser de façon "possédée", mais on nous met Puttin' on the Ritz à fond les ballons, avec une chouette choré endiablée, on fait semblant de bouder en bon cinéphile, et on aime en secret). Il y a aussi Annette Bening et Penelope Cruz en très bons seconds rôles, et ce final qu'on désespérait de voir arriver, qui nous fait ressortir avec un sourire un peu niais sur les lèvres (correctement noircies, merci l'équipe maquillage). Alors oui, The Bride est un film plein de gaucheries (qui oublie la terre dans les cheveux d'un cadavre fraîchement déterré, "ce genre-là de bêtises") mais qui a tellement de choses à dire (entre deux spasmes "de la Tourette") sur les femmes, sur le mythe de Frankenstein (de Mary Shelley) et surtout de sa Fiancée (de James Whales, rendons à César...), qu'on oublie souvent de voir les agrafes clinquantes, pour ne voir que le sourire provocateur en-dessous, qui fait un bien fou.