Qui a décrété que le surjeu était un mauvais jeu, ou qu’une émotion trop vive devait être rabattue ? Certainement pas Jessie Buckley. Son interprétation déborde, ses envolées lyriques aussi, et c’est précisément dans ce débordement (à l'image de sa douleur dans Hamnet) qu’elle devient symbole. Face à la créature mélancolique incarnée par Christian Bale dans The Bride!, elle refuse d’être l’appendice sentimental d’un fantasme masculin. Cousue pour aimer, elle choisit pourtant d’exister.
La mise en scène épouse cette insubordination. Le film avance par fragments, par impulsions capricieuses : des pistes narratives surgissent puis s’évaporent, certaines séquences ressemblent davantage à des visions qu’à des étapes d’un récit discipliné. Visuellement, cette logique d’assemblage s’affirme encore. La photographie de Lawrence Sher mêle ombres de film noir, couleurs saturées et compositions stylisées, tandis que les costumes de Sandy Powell accentuent une théâtralité baroque où les personnages semblent parfois sortir d’une bande dessinée gothique ou d’un cabaret expressionniste. Le film ne cherche jamais la mesure ; il cherche l’impact, comme en témoignent sa séquence inaugurale.
C’est là que The Bride! devient passionnant. Notre regard critique sanctifie trop vite l’épure comme signe de profondeur et soupçonne l’abondance d’être un cache‑misère. Cette hiérarchie paresseuse transforme des choix esthétiques en jugements moraux, comme si la retenue garantissait la pensée et l’excès la condamnait.
Or, à l’aune de cette opposition trop confortable, The Bride! apparaît précieux précisément parce qu’il pense par excès. Maggie Gyllenhaal choisit la profusion, la fragmentation et l’hétérogénéité pour faire exister ses créatures. Sa narration capricieuse, ses images baroques et son montage heurté ne relèvent pas d’un désordre gratuit, mais de la condition même de ses personnages : des corps cousus de morceaux qui cherchent une forme d’existence. Nourri par les mythologies Universal, par Bonnie and Clyde, par Méliès et bien d’autres encore, l’excès visuel devient une manière de penser l’identité comme collage, comme recomposition permanente. Là où le minimalisme chercherait l’essence en retirant, The Bride! la cherche en ajoutant, en superposant, en débordant. Et ce débordement a aussi de la valeur.
Certes, certaines lignes narratives paraissent superflues et certaines images juste belles. Certes, Gyllenhaal cite beaucoup et digère mal ses références. Certes, quelques flamboyances rappellent parfois le pire de Joker. Mais dans ce désordre (peut-être le résultat d’un projet dont l’aboutissement fut chaotique) il y a quelque chose de précieux : un film‑chantier, encore en train de se faire. Et paradoxalement, c’est peut‑être ce caractère qui lui donne sa force. Tout y converge avec les coutures visibles.