Tiger Award du Festival international de Rotterdam en ... 2010, Mundane History sort dans une unique salle à Paris. La trame du premier film d'Anocha Suwichakornpong est au départ on ne peut plus réaliste et psychologique : la relation compliquée entre un jeune handicapé moteur et son infirmier, issus de deux classes sociales opposées. Mais, très vite, le film perd son caractère terre à terre et s'envole à travers des visions hallucinées et cosmogoniques. La représentation bouddhique de la naissance, de la mort et de la renaissance, croit-on comprendre. Prêts pour un trip à la Tree of Life ? Mundane History efface les repères et n'est plus qu'un recueil d'images onirico-mystiques. Troublant, mais surtout déconcertant. Les amateurs du cinéma de Weerasethakul devraient apprécier le voyage. Les autres resteront sur le quai.
Récit simple, mais assez déstructuré, de l’histoire quelconque (titre anglais) d’AKE et PUN, un jeune homme paralysé suite à un accident et son infirmier à domicile. Grande maison confortable, lecture, averses de pluie, soirs, silence, soins, toilettes, diner avec le père, repas préparées par WAEK la cuisinière, regards, relation rendue difficile par l’impuissance du jeune homme, son repliement sur soi, dans sa chambre, rejet des visites, qui va se dénouer au fil des conversations. Séries de scènes dans la durée, striées, balafrées, trouées de séquences stellaires magnifiques, conscience cosmique des cycles de la vie, biologique, spirituelle, familiale, sociale, sur qui Gaspard NOE aurait du prendre modèle pour son Enter the Void... Le plus frappant dans ce film, c’est une nouvelle fois le sens décidemment remarquable des cinéastes Thaïs à placer leur générique. Belle tradition, parmi d’autres, du pays du sourire ;) Le titre original Thaï pourrait être traduit par moineau, c'est-à-dire un oiseau très commun, auquel on ne prête plus aucune attention ; expression utilisée par extension quand on considère quelqu’un de haut, comme rien.
Après Apichatpong Weerasethakul, Anocha Suwichakornpong est la nouvelle étoile montante du cinéma thaï. Voilà qui ne fera pas l'affaire des cinéphiles dyslexiques ! Son dernier film a écumé les festivals entouré d'une critique élogieuse. L'auteure serait arrivée à sublimer cette histoire en apparence banale d'un paraplégique buté et d'un aide-malade plein de bonne volonté. Un remake thaï d'Intouchables ? Que nenni. L'ironie comme le pathétique sont l'un comme l'autre tenus à bout de gaffe. L'originalité vient du traitement. La chronologie du récit est déconstruite. On se prend au jeu un moment à reconstituer ce puzzle désordonné. Et puis, à la fin on décroche, lorsque le film verse dans un panthéisme métaphysique tendance Malick-pour-initiés avec explosion de supernova et accouchement par césarienne ...
Mundane History pourrait être le genre de film qui cherche le pathos à tout prix, mais la cinéaste Anocha Suwichakornpong évite cet écueil, transcendant son sujet et nous proposant une belle histoire d’humanité à travers un cinéma sensoriel.