Encore un film à la gloire du métier de concierge : quand ça dénonce pas des Juifs pendant la guerre, ça terrorise les braves et honnêtes gens qui habitent l'immeuble ! Sérieusement, on se réjouit de voir Jaume Balaguero délaisser les zombies de la franchise "Rec" qui commençait un peu à partir en couille (ce qui ne m'empêchera pas de courir voir très bientôt le troisième volet réalisé en solo par son compère Paco Plaza) pour nous livrer un bon petit thriller bien pervers, sans aucune incursion dans le fantastique ou le surnaturel. Bon petit thriller plus que véritable film d'épouvante, "Malveillance" sait intelligemment éviter la plupart du temps les clichés du genre (ici, pas de porte grinçante, pas de chat surgissant du placard, pas de sonnerie de téléphone intempestive...).
Toute la valeur du film est contenue dans le personnage principal César (excellemment habité par Luis Tosar) et dans le harcèlement subtil qu'il fait subir à Clara, sa locataire préférée. A côté de ça, les manœuvres qu'il effectue pour détourner les soupçons qui peuvent peser sur lui sont franchement tirées par les cheveux et les personnages secondaires sont souvent là pour faire tapisserie (la mémère aux chiens-chiens, notamment). Mais voilà, on ne peut pas s'empêcher de le trouver sympa, ce brave César, corvéable à souhait ou alors complètement transparent, dont la seule raison de vivre se trouve dans le malheur de ses congénères et qui a donc beaucoup de mal à supporter l'insouciance et l'épanouissement de Clara. Paradoxalement, et la fin du film mise à part, les scènes les plus perverses sont quand même les plus calmes, celles où César raconte ses méfaits à sa vieille maman grabataire, encore assez lucide pour comprendre mais plus assez valide pour communiquer.
Au final si "Malveillance" a bien sa dose de vicelardise, pas vue depuis, allez, "Old Boy", on a quand même le sentiment que Balaguero aurait pu (dû ?) aller plus loin dans le voyeurisme et/ou le fétichisme et que le film aurait peut-être gagné en tension à être un poil plus court. En tout cas, après l'avoir vu, on n'est pas mécontent de voir nos concierges remplacés petit à petit par des digicodes et des sociétés de nettoyage! La déshumanisation de la société a quelque chose de rassurant, quelque part...