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brunocinoche
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3,0
Publiée le 16 mars 2014
Sur la forme, Resnais innove et étonne encore après plus de 50 ans de carrière. Son hommage au théatre et surtout aux comédiens, tous superbes ici, est touchant. Dommage que les pièces d'Anouilh sur le mythe d'Orphée et d"Eurydice n'apporte pas grand chose de neuf au sujet. Je vous conseille de découvrir ou de revoir l' "Orphée" de Cocteau, un pur chef d'oeuvre.
http://lecinemaduspectateur.wordpress.com/2012/09/30/vous-navez-encore-rien-vu/ / “Vous n’avez encore rien vu” n’est pas une information factice. L’objectif de Alain Resnais est clairement dit: créer un cinéma qui veut se démarquer, trouver son unicité. Resnais sera visionnaire, il verra ce que le commun des mortels ne voit pas: comme le personnage de son affiche. Mais pour dégager une nouvelle entité propre, son cinéma doit alors démarrer par un retour au source: le théâtre. Comme si un retour à l’origine était nécessaire pour mieux cerner les caractéristiques même du cinéma. C’est de la désuétude du théâtre filmé que naîtra son film pour mieux accoucher d’un cinéma radicalement nouveau, ou plutôt d’un cinéma moderne. Resnais apporte au cinéma les notions de modernité qui ont permis aux autres arts de continuer une réflexion sur leur caractère figuratif. Il crée les notions d’épuration et de déstructuration. Ces phénomènes lui permettent de ce focaliser seulement sur l’essentiel: la force créatrice du texte. Resnais est au plus près d’une parole performative. Ce n’est plus le réalisateur qui crée l’image mais le texte. Les décors s’effacent et s’esquissent seulement pour ne pas troubler un spectateur qui écoute plus qu’il ne regarde. Cette centralisation sur le texte s’exprime aussi à travers l’interchangeabilité des acteurs: l’homme pourra changer, mais le texte sera le même, au souffle près. L’acteur n’est pas le créateur, il prête en quelque sorte son corps à une force plus grande que lui, la force universelle de l’art. Les comédiens modulent chez Resnais plus qu’ils ne jouent. Leur disparition fantomatique, tout au long de l’oeuvre, expose le fait que leur présence n’est pas nécessaire à l’oeuvre. La primauté du texte, support créateur d’art, est indéniable et surtout inviolable.
De ce premier raisonnement, Alain Resnais s’interroge ensuite sur le statut de l’auteur par rapport à son oeuvre même. Le réalisateur tue l’auteur pour mieux faire vivre sa pièce “fictive” d’Euripide. La mort humaine n’entraîne pas de mort artistique. Resnais fera jouer l’oeuvre le jour même de la mort de son auteur et finira son plan par un ciel étoilé comme pour signifier que l’oeuvre ne nous appartient plus, qu’elle nous est maintenant supérieure. Elle sera éternelle. On peut alors rapprocher la réflexion de Resnais à celle de Platon comme quoi la mort touche seulement le monde des hommes et non celui des idées. La séparation entre le mortel (et donc l’humain) et le conceptuel est distinctement visible. Resnais juxtaposera d’ailleurs à ce ciel éternel, la vision du cimetière: écrasant les hommes en rappelant que pour eux le temps est compté. Plaçant le concept au dessus du concepteur, Resnais nous donnerait presque envie de replonger dans le monde antique où les Muses faisait le lien entre ces deux mondes. L’Homme est alors seulement un porte-parole d’un art qui le dépasse et qui touche alors au sublime du caractère divin.
Enfin, “Vous n’avez encore rien vu” est la définition même de la mise en abîme. Le spectateur regardera des acteurs dont le rôle est complètement renversé puisqu’ils sont rendu eux-même passifs, tout comme le spectateur. Mais ce qu’il est intéressant de voir, c’est ce que nous dit cette mise en abîme. On pourrait dire que Resnais révolutionne le rôle du spectateur. Car ici, il n’est rapidement plus passif, il intervient au plus près de l’oeuvre et sa présence permet au texte d’acquérir différentes variations. Resnais montre bien que le cinéma est un ressenti et que la compréhension d’un film ne peut être que personnelle. Azéma et Consigny se superposent au même rôle, mais pourtant, elles n’en ont pas la même vision: l’une plus lunatique et l’autre qui semble avoir peur de vivre et qui se réfugie alors dans une tristesse permanente. C’est le principe même de l’identification au fictif que nous montre Resnais, certes si on prend le film au pied de la lettre, ils jouent les rôles qu’ils ont joué avant, mais en généralisant ce propos on voit alors que l’identification est un phénomène courant et surtout qui bouleverse. D’un point de vu du statut de comédien, Resnais montre que le rôle est comme un fantôme qui hante, et qu’il ne se sépare jamais de son corps palpable. On retrouve ici l’impression que l’acteur n’est qu’un porte parole de l’éternité artistique.
“Vous n’avez rien vu” est en lui-même un film qui s’accompagne de longueurs et de quelques faiblesses, mais ces dernières sont si rapidement cachées par une envie de théoriser et de faire partager au spectateur un constat sur le cinéma. Resnais signe un film-leçon qui restera sans doute dans une histoire du cinéma qui existe en dehors des sentiers commerciaux.
Vous n'avez encore rien vu ; mais en fait si, on a tout vu, trop vu, trop de fois, les mêmes choses, les mêmes gestes, les mêmes noms, les mêmes fausses profondeurs, les mêmes mensonges et nous en avons marre d'ingérer ce cinéma français remâché, prétentieux, pédant, élitiste sans innovations et prise de risque... Restent quelques jolies scènes. Insuffisant !
Un film que je suis aller voir pour la curiosité qu'il apporte. Le film commence et la pièce joué dans celui ci m'intéresse particulièrement (Eurydice en version plus moderne), une sorte de changement radical entre la pièce joué par la troupe de comédien et les anciens acteurs de celle ci présents qui se prennent à tout ça et on finit par voir la même pièce en décaler. Un film qui peut paraître plutôt long et peu attractif (5 dans la salle), j'ai moi même hésiter à partir de part une certaine forme d'ennui mais si on se concentre et on le regarde avec détail, on finit par voir la beauté des dialogues et du jeu des acteurs (Mathieu Amalric parfait) et on se sent emporter par le tout et les 2h de film passent rapidement nous racontant une histoire magnifique. A ne pas voir comme un divertissement.
Comme le disait justement Fabrice Leclerc : « Heureusement qu’il y a Alain Resnais » ! Le cinéaste français sait, dans les moments arides cinématographiquement parlant, apporter une certaine légèreté et fraîcheur aux yeux des cinéphiles, toujours autant médusés par l’énergie débordante dont regorgent ses films. Avec ce nouveau long métrage, l’idée donnée au public est claire : vous n’avez encore rien vu ! C’est justement le titre de son film, qui fait doucement parler de lui depuis le dernier festival de Cannes. Vous n’avez encore rien vu est en fait une mise en abîme perpétuelle, ou tout simplement, un film dans le film. Un dramaturge, à sa mort, réunit ses acteurs fétiches, avec qui il a travaillé sur Eurydice au théâtre. Il leur montre une interprétation filmée et plus moderne, jouée par une troupe de jeunes acteurs. Comme emportés par le rôle qu’ils ont tous interprétés, au visionnage de la version filmée, les acteurs-spectateurs se mettent à jouer eux-mêmes les scènes une nouvelle fois. Les idées fusent au rythme des répliques, les effets narratifs abondent, tandis que des figures de style visuelles et scénaristiques pétaradent sous les yeux d’un public (nous) devenant au fur et à mesure un acteur à part entière. Un peu déboussolé, perdu dans la richesse du scénario, décontenancé par l’originalité constante émanant du film, il participe pourtant bel et bien à cet exercice singulier.
A plus de 90 ans, Alain Resnais, explicitement influencé par l’absurde, fait preuve d’une fraîcheur et d’une imagination sans limites. A bas les mauvaises langues prétendant que le cinéma français est mort ! Resnais ressuscite le cinéma en tant qu’art grâce à un film débordant d’imprévisibilité et de fougue. Un délire original qui ne peut laisser les cinéphiles que bouche bée et admiratifs.
Pour y parvenir, comme dans son propre film, il « recycle » ses acteurs fétiches, les réutilise, et les rends complices de cette curiosité. Pierre Arditi, Sabine Azéma, Anny Duperey, Anne Consigny, Mathieu Amalric, tous des habitués de Resnais, interprètent ici leur propre rôle (Pierre Arditi joue Pierre Arditi et Sabine Azéma joue Sabine Azéma). Un prix d’interprétation de groupe aurait pu être discerné à l’ensemble de ces comédiens, tant ils dégagent une harmonie certaine, et un amour pour le metteur en scène et le cinéma.
Vous n’avez encore rien vu est une ode au théâtre, une déclaration d’amour au septième art et au public, et de la part des comédiens, un hommage envers l’un des plus grands cinéastes français. Mais ce Vous n’avez encore rien vu sonne aussi un peu comme un film testament, où Resnais tirerait sa révérence avec brio, et en retour recevrait le respect des amoureux du cinéma.
Mais ne soyons pas des oiseaux de mauvais augures, et souhaitons au « plus jeune »doyen des cinéastes français de persévérer encore un peu sur cette longue et belle route cinématographique.
Voir aussi d'autres critiques sur http://lestempscritiques.wordpress.com/
Film étrange, Resnais revisite Anouilh et le mythe d'Orphée...dans un lieu étrange, et dans des décors assez minimalistes,il fait convoquer par Antoine d'Anthac, célèbre auteur dramatique , une douzaine d'acteurs qui ont joué par le passé Eurydice et les invite à visionner une captation de la même pièce jouée par une jeune troupe. Bientôt les répliques de la pièce jouée par la troupe sont reprises par les anciens acteurs...et nous sommes pris dans un certain vertige, mise en abyme démultipliée d'une pièce dont le thème mythologique parle d'amour, de mort , de résurrection ..mais d'une résurrection toute provisoire...un petit reproche, Resnais fait la part belle au couple Arditi-Azema au dépend du couple Wilson-Consigny. Mathieu Almaric est génial...
Ça faisait un moment que je voulais voir ce Resnais, l'idée me plaisait bien (même si je ne savais pas totalement le contenu du film, ce saurait dommage en même temps de se gâcher le visionnage). J'étais, malgré une petite incertitude, confiant, j'ai aimé tous ses films jusqu'ici. Alors je tiens à préciser que c'est loin d'être son meilleur film, je préfère largement les herbes folles ou Hiroshima. Mais le film reste vachement bon et très intéressant. Finalement ça ressemblerait plus à du théâtre filmé (même carrément), sauf que le film est tout sauf un huis clos, j'ai l'impression que Resnais s'amuse à recréer tous les éléments d'une pièce de théâtre (comédiens, décors qui changent souvent etc) mais au cinéma, ce qui donne quelque chose d'assez frais et original. Cependant, on ne peut réduire le film à du théâtre filmé, il y a d'autres aspects la pièce mise à part (même si c'est très très largement le coeur du film). Le pitch et le concept est attirant à la base, ce téléphone qui sonne pour réunir une troupe impressionnante d'acteurs. Et quels acteurs, ont a une belle brochette, et ils sont tous excellents, même si Arditi et Azéma (et dans une mesure un peu moindre Wilson et Consigny) sont les plus présents (mais bon c'est normal vu qu'ils tiennent les rôles principaux). Qu'on fasse une relecture du mythe d'Orphée et Eurydice me plaît beaucoup, j'aime bien ce mythe, ici il est transposé à l'époque moderne et c'est vraiment intéressant. Bien sûr tout ça vient de la pièce dont le film s'inspire et qu'il retranscrit intégralement, mais je dois avouer que je ne la connais pas, la découverte en fut ainsi plus qu'agréable. Le début est intriguant et assez énorme pour peu qu'on apprécie ce genre d'expérimentation. Mais dès lors que la pièce commence, il faut accepter qu'on va voir du théâtre, et alors là ça passe comme une lettre à la poste. Surtout que moi j'aime ça le théâtre, mais que c'est pas donné, et qu'au final fusionner deux arts que j'adore ainsi, j'en redemande. Mais le film a d'autres idées intéressantes. J'aime bien l'idée de montrer à ces vieux acteurs qui ont chacun joué pour l'auteur disparu une représentation filmée d'Eurydice par une troupe de jeunes acteurs. Au début tout va bien et très vite ces acteurs vont se prendre au jeu, se rappeler les répliques qu'ils prononçaient, et très vite la pièce finit par se jouer dans la salle, on abandonne complètement l'écran et on se concentre sur ces acteurs qui retrouvent le goût de jouer et qui, quelque part, rendent hommage à l'auteur défunt. La pièce est très belle, captivante. Après la fin est peut-être un peu prévisible, mais néanmoins belle, comme le dernier plan. Même si c'est pas le meilleur de Resnais, voir qu'a 90 ans passé cet homme a encore des idées formidables et nous sort des films audacieux et intéressants à chaque fois, ça force le respect. J'espère de tout mon coeur sincèrement qu'il vivra assez longtemps pour nous faire au moins un autre film dans 2 ou 3 ans. Effectivement, avec Resnais, on a encore rien vu!
Dans la sélection cannoise annuelle, un titre particulièrement audacieux sortait de la masse. Il sortait de la masse parce que, en bas des rideaux, nous pouvions remarquer la signature d’Alain Resnais – désormais l’un des doyens du cinéma français. Il sortait de la masse parce que, loin des Herbes folles, le long-métrage ici présent nous promettait l’inédit à travers ce fameux titre : Vous n’avez encore rien vu. Excès de narcissisme ou simple lucidité ? Le fait est que dès les premiers instants – où chacun des comédiens se voit annoncer la mort d’un proche, célèbre auteur dramatique – on nous sert un plat à la saveur atypique. À vrai dire, impossible de savoir où nous nous trouvons. L’arrivée des invités au manoir fait beaucoup penser aux Dix petits nègres d’Agatha Christie mais il n’en est rien. Même le simple mot « cinéma » se trouve dissocié de cette œuvre filmique où les acteurs ont conservé leur véritable nom. Comme si c’était bel et bien les comédiens en personne qui étaient venus assister à cette représentation d’Eurydice, par une troupe de théâtre de rue, la Compagnie de la Colombe. C’est donc après une ultime parole envers ses camarades qu’Antoine d’Anthac – Denis Podalydès, le seul à avoir changé de nom pour l’occasion – introduit cette représentation des temps modernes du mythe d’Eurydice, sur un grand écran de cinéma. Le mythe d’Eurydice revisité par un des maîtres de l’anachronisme dramatique : Jean Anouilh. Les jeunes jouent leur rôle comme il se doit quand soudain, une chose pour le moins inattendue se produit. Les mots s’échappent de l’écran et viennent directement se loger dans la bouche des fameux comédiens – chacun d’eux ayant joué dans la pièce d’Eurydice par Antoine d’Anthac. C’est alors une double-représentation qui se joue sous nos yeux de simples spectateurs indéniablement surpris par la tournure des évènements. Encore plus impressionnant, les personnages d’Orphée et Eurydice sont tous deux interprétés par deux couples d’acteurs différents : quand Pierre Arditi donne la réplique à Sabine Azéma, Lambert Wilson fait de même avec la charmante Anne Consigny. Une fois encore, les choses changent. Trois représentations se déroulent désormais dans cette espèce de grand manoir plein de mystères où nait un fabuleux moment dramatique. L’espace d’un instant, on pourrait même penser que la salle de cinéma où nous nous trouvons s’est étrangement volatilisée pour laisser place à un théâtre et ses superbes décors. C’est probablement ce qui se serait passé si l’ensemble était filmé par un seul et unique plan-séquence mais il n’en est rien. En fait, Vous n’avez encore rien vu est bien plus que cela. Vous n’avez encore rien vu s’avère être la fabuleuse rencontre entre l’univers du cinéma et celui du théâtre. Le devant des caméras et les planches. Comme si deux mondes strictement différents en venaient à se croiser pour donner un long-métrage effectivement inédit. Néanmoins, ce moment d’intense réflexion est loin de se résumer à cela. Il faut aller encore plus loin. Pourquoi Resnais aurait-il eu ce besoin de filmer trois différentes représentations ? Pourquoi si ce n’est dans le but de démontre par a + b qu’au fil des années jamais l’art ne meure et que le tout n’est en fait qu’un somptueux héritage. Une postérité que se livrent entre eux chaque personne ayant participé à l’enrichissement de cet art. Ce que l’on se doit de remarquer, c’est les trois générations qui sont représentées à travers les plus vieux comédiens : Michel Piccoli, Pierre Arditi, Sabine Azéma etc ; le juste milieu : Lambert Wilson, Anne Consigny, Mathieu Amalric etc. ; et enfin, les plus jeunes : la Compagnie de la Colombe. Jamais l’on ne cesse de percevoir un renouvellement, un changement, dans le jeu des différents acteurs. Chaque intonation – qu’elle soit fiévreuse ou nettement plus tragique – diffère d’un comédien à l’autre. Chaque mise en scène apporte à la pièce d’Anouilh un nouvel univers… Finalement, Vous n’avez encore rien vu ne serait-il pas un prologue pour nous dire que l’art n’en finira jamais de nous surprendre ? Tout cela demeure une fabuleuse déclaration d’amour au théâtre comme à ses représentants. De la même façon que Resnais proclame tout son amour à ses fidèles comédiens que sont ceux du film. Des acteurs brillants qui ont suivi ce dernier à de nombreuses reprises. Ils nous arrivent usés dans les murs du manoir et finalement, parviennent à trouver une seconde jeunesse leur permettant de dire : je n’en ai pas fini. Si l’on pourra constater que les dialogues ont hélas été inéquitablement répartis auprès des comédiens, leur interprétation n’en demeure pas moins toutes aussi fabuleuses les unes que les autres… Vous n’avez encore rien vu est la preuve formelle que non, nous n’avons encore rien vu. Nous, cinéphiles et amateurs de théâtre, n’en avons pas fini avec l’art de jouer. Nous n’en avons pas fini car l’art est éternel.
On n'a effectivement encore rien vu avant d'entrer dans la salle et on n'a pas besoin d'en voir plus après. En confrontant par écran interposé ses acteurs fétiches (et d'autres, tout aussi confirmés) à des acteurs débutants, à un classique du théâtre ("Eurydice" de Jean Anouilh) et, quelque part, au sens de leur métier et à leur vocation, Alain Resnais propose une mise en abîme conceptuelle, originale et brillante et, surtout, fait une véritable déclaration d'amour enflammée aux comédiens. Un amour très communicatif qui crève l'écran. En même temps, difficile de ne pas être admiratif devant les performances de tous ces mastodontes des planches tout en restant attentif au jeu des jeunes comédiens filmés par Bruno Podalydès. "Vous n'avez encore rien Vu", ce n'est pas du théâtre filmé : Resnais expérimente, invente constamment et joue sur les passerelles et les différences entre l'exercice théâtral et l'exercice cinématographique. Il est bien aidé en cela par la photo superbe d'Eric Gautier et des effets spéciaux (oui, oui) discrets et efficaces. Au niveau du rythme, beaucoup de redondances parsèment le film puisque ce qui est joué par la troupe de la Colombe est souvent repris par les acteurs qui regardent la captation de la pièce, comme s'ils se régénéraient à cette vision, avec en plus un dédoublement du couple Orphée-Eurydice (Arditi-Azéma d'un côté, Wilson-Consigny de l'autre). Ces répétitions (dans tous les sens du terme) nous font trouver le temps un peu long mais elles contribuent aussi à donner un écho assez fascinant au texte et au jeu et un côté hypnotique au film, un peu comme des boucles en musique. Et puis, malgré le côté très sérieux de l'affaire, Resnais n'a pas renoncé pour autant à une certaine fantaisie (voir la fin du film et le destin du personnage interprété par Denis Podalydès, le seul acteur ou presque à ne pas "jouer" son propre rôle). Fantaisie dont il a fait preuve dans ses œuvres récentes avec des hauts ("On Connait la Chanson") et des bas ("Cœurs") mais dont il use ici avec parcimonie, comme un professeur qui ferait une petite blague de potache à la fin d'une leçon. Leçon magistrale, quoiqu'un peu élitiste.
Le dispositif narratif et le parti pris de Resnais peut paraître repoussant à première vue, mais le jeu des comédiens et l'étrange élégance de la mise en scène (qui joue volontairement avec les effets d'incrustation parfois cheap) accrochent le spectateur. Car la galerie de comédiens présents ici (les habitués de Resnais) sont tous délicieux à regarder (surtout Amalric dans le rôle de la Mort). Au final, "Vous n'avez encore rien vu" est un film amusant, plein de charme et très ludique. Son ouverture est élégante, son final est abrupt, comme Resnais sait très bien les faire. Un film simple, peut-être un peu plat (qui ennuiera certains), mais fidèle à son univers et cohérent quand à son propos et son interprétation de la pièce d'Anouilh. Source: Plog Magazine, les Critiques des Ours http://lescritiquesdesours.blogspot.fr/2012/05/sortie-le-26-septembre-2012-1h55-un.html
je serai brève = On a tenu 15 minutes avec une copine ; et 30 minutes de fou rire une fois sorties , on ne pouvait plus sarreter .Non , sérieux, c'est du foutage de gueule pseudo intello ......Ridicule .......y'a pas de scénario , c'est " conceptuel" .....tout dans l'esthétique des textes, mais je n'ai rien compris et pas eu envie de comprendre......Perdu 10 euros !
Du fait de son titre, Vous n'avez encore rien vu interpelle et ne demande qu'à aller le voir. De plus, je ne peux qu'acquiescer à la remarque formulée par les Cahiers du cinéma, à savoir que Vous n'avez encore rien vu est "un film dont la bizarrerie n'en finit pas de hanter". Inconsciemment, il m'a touché, et continue de me tourmenter. Il a créé quelque chose en moi par la suite, et je dis inconsciemment à juste titre, car consciemment, si contrairement à ma voisine je ne me suis pas endormi, je n'ai néanmoins pas toujours été captivé. En fait, je l'ai été réellement lors de la scène où Orphée ne doit pas regarder Eurydice, magnifiquement représentée et tenant bien plus en haleine que le moindre petit film d'angoisse. En effet, le film est entièrement sous-tendu par le mythe d'Orphée, dont la valeur universalisante est incontestable, à partir de la pièce d'Anouilh. Cela fait la richesse du film de Resnais. L'exercice demeure cependant particulièrement périlleux : si pour les acteurs démultiplier leur voix est une performance, pour le spectateur c'est plutôt rébarbatif, et ce d'entrée de jeu. Au niveau des acteurs, si Mathieu Amalric ou Anny Duperey tiennent la route, c'est un peu moins le cas pour Sabine Azéma et Anne Consigny. On passera outre la fin à répétitions (inintéressante), et l'effet pressenti dès le début du film. Il faut enfin accepter de se fier au phrasé d'Anouilh, bien particulier - et cela se ressent terriblement quand quelques vers de Musset sont prononcés. Tout comme il faut accepter de se plonger dans les grands classiques livresques, et comprendre que tout n'est pas acquis, il faut accepter de pénétrer dans l'univers de Resnais, avec une légère distance : c'est plus tard que l'on comprendra, peut-être, ce qui s'est passé - ou alors on n'aura toujours rien vu, et c'est peut-être tout aussi bien ainsi. Rappelons Proust dans Albertine disparue : "notre inconscient est plus clairvoyant que nous-même" ...
Très original cette manière de mêler trois générations à un même texte par ailleurs prodigieux de Jean Annouilh ! Une interprétation de Sabine Azéma en particulier, tout à fait convaincante et bouleversante. C'est génial, c'est bien du Resnais !