Le premier film basé sur la célèbre attraction des parcs Disney avait été une rude déculottée commerciale, et avait définitivement catapulté Eddie Murphy dans les rangs des acteurs has-been. Vingt ans plus tard, cette seconde tentative n’échappera pas au même jugement cruel de la postérité même si, sur le fond, les deux projets se révèlent assez différents. D’ailleurs, les conditions qui ont entouré la sortie du nouveau venu laissent deviner dans quelle estime le tenaient les pontes de Disney eux-mêmes : lâché dans les salles aux USA en plein été - le pire moment pour un (pseudo) film d’horreur - ses possibilités de succès furent méticuleusement salopées pour lui permettre de surgir sur Disney+ pour Halloween. Il s’agit donc, de manière assumée, d’un pur produit de consommation courante, exclusivement consommable entre le 30 octobre et le 1er novembre (et, bien sûr, dans les 3 mois avant et après au cours desquels pré-existe et subsiste l’aura commerciale d’une fête). Le script du ‘Manoir hanté’ ressemble à celui de tous les films de maison hantée et n’est d’ailleurs pas plus faiblard que celui de ‘Hantise”. Cependant, les personnages, pourtant intéressants sur le papier, incarnés par des acteurs sympathiques, ne font que courir comme des poulets sans tête à la recherche d’une ligne de script qui leur permettrait d’exister. Considéré en tant “Film-pop-corn-événement d’Halloween cuvée 2023”, le fait qu’il sonne aussi creux que n’importe quel “Film de noël” pour plateforme de streaming est tout à fait justifiable (même s’il ne faudrait pas tomber non plus dans le négativisme absolu, une ou deux séquences à effets spéciaux valent tout de même le coup). Dans le même ordre d’idée, si on part du principe qu’il porte à l’écran une attraction de resort Disney américain (le contenu du Phantom Manor du parc français est très différent), le pari est incontestablement réussi : l’ensemble est esthétiquement soigné et inspiré et jamais effrayant. Si les acteurs donnent à ce point l’impression d’être de trop dans leur propre film, c’est évidemment parce que le personnage principal, c’est le manoir lui-même…et c’est vrai qu’on n’avait plus vu une maison hantée aussi richement décorée et aménagée depuis le ‘Crimson peak’ de Guillermo del Toro…et c’est justement là que le bât blesse. On n’arrive pas à esquiver la réflexion du “Qu’est ce que le résultat aurait été bon si on avait confié le taf à Del Toro” ! Évidemment, pareille choix aurait été la garantie d’avoir un film avec non seulement un décorum chargé, baroque et grandiose mais qui n'aurait pas été neutre, inodore et insipide, dans lequel les fantômes auraient eu un rôle consistant et auraient vraiment été maléfiques. Maintenant que j’y pense, il existe bel et bien, ce film…et c’est justement ‘Crimson peak’...mais si vous avez l’intention de passer la soirée d’Halloween avec votre fils de huit ans et ses copains à regarder ‘Crimson peak’, faudra penser à assurer le suivi psychologique dans les années qui à venir…