Santo contre l'esprit du mal
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Fêtons le cinéma

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2,0
Publiée le 9 mars 2025
Filmé peu de temps avant l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, Santo contra el cerebro del mal ne vaut que pour le reportage photo sur Cuba qu’il offre au spectateur intéressé par l’Histoire : ses incursions dans différents lieux appartenant à différents milieux, des ruelles désaffectées aux bars et restaurants dansants, nous plongent dans la vie quotidienne cubaine de la fin des années 50, facilitées par des séquences quasi documentaires retranscrivant, façon programme touristique, l’exotisme des chorégraphies, des musiques et autres pratiques ludiques – notamment les jeux de cartes. À ce titre, la photographie s’avère très soignée. Sur le plan de l’intrigue policière et de l’action, le film se révèle mauvais : les situations sont mal rythmées et redondantes parce que réitérées à l’identique par le montage et reprises, recyclées, dans les productions suivantes, la réalisation ne sait comment mettre en valeur les performances des catcheurs. Paradoxal, dans la mesure où il s’agit de la première représentation du héros Santo au cinéma. Une déception intrinsèque, une curiosité culturelle.
Santo contra los hombres infernales s’avère plus réussi que le premier volet des aventures du vengeur masqué : s’il demeure un reportage photo digne d’intérêt sur Cuba, avec de longues scènes en voitures et bateaux dessinant une topographie faite de lieux typiques (le port, le restaurant, l’hôtel…), il consacre davantage de temps à son intrigue policière, s’empare de l’imagerie insulaire pour y faire évoluer ses personnages. Sur ce point, nous pensons beaucoup à ce qui deviendra, quatre ans plus tard, Dr. No (Terence Young, 1962) : un cadre idyllique perturbé par des « hommes infernaux », une relation amoureuse elle aussi tourmentée, un héros défini par sa bravoure et son sens de la justice. La très belle photographie et un montage davantage rythmé assurent la lisibilité des quelques séquences d’action émaillant un récit sinon prévisible et redondant.
Il n’est pas anodin que ce troisième volet des aventures de Santo soit le premier diffusé aux États-Unis : le changement de réalisateur conduit à une américanisation des codes de représentation du super-héros, que l’on contacte par le biais d’un signal (ici sonore) et qui disparaît à terme dans une grotte tel le Batman descendant dans sa Batcave. Après une dizaine de minutes de préambule – diffusion d’un match de catch authentique, filmé à la façon d’un documentaire –, le long métrage, dans sa mise en scène, procède par énumération de vignettes façon bande dessinée tout en reproduisant son esthétique touristique quand viennent les séquences de danse et, par extension, de catch. Quelques idées saisissantes, spoiler: tels l’enlèvement d’enfants dans un orphelinat en feu ou l’hommage à Bride of Frankenstein (James Whale, 1935) lors du sacrifice de l’héroïne,
ne sauraient cependant suffire à compenser la maigreur d’un récit inutilement rallongé par des combats dépourvus de pertinence diégétique et incapable de susciter ni peur ni tension, la faute à des zombies ressemblant davantage à des automates (cf. thématique du premier volet) ou aux fidèles d’une secte – similarité que retiendra à n’en pas douter Michel Hazanavicius dans OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006). On s’amuse quand même un peu.
Quatrième volet des aventures du super-héros cubain au cinéma, Santo contra el Rey del Crimen représente la transmission du masque et des valeurs associées par l’intermédiaire d’un récit de filiation initial des plus pertinents : cette partie initiale raccorde l’enfance, temps de l’insouciance mais aussi temps de la première violence – en témoigne la scène de spoiler: harcèlement scolaire
qui ouvre le récit – au destin que lui réserve sa famille, trajectoire explicitée par la leçon de morale de la génération vieillissante, ayant rangé le masque, à destination de la nouvelle. En cela, le film influencera à n’en pas douter The Mask of Zorro (Martin Campbell, 1998) qui reproduit cette initiation : le justicier apprend à combattre la « loi du mal », à recherche l’humilité, à fuir l’orgueil de la notoriété et du pouvoir. La seconde partie, plus classique, investit le petit monde du jeu de pelote où sévit une mafia peu scrupuleuse : le réalisateur procède alors, dans la filiation des précédents opus, par une alternance entre séquences de sport, de combats entre les gentils et les méchants, sans oublier les séjours dans des lieux typiques tels que le « Trocadero », restaurant dansant. Malgré une belle idée de clausule, le terrain de jeu de pelote se transformant en théâtre d’ombres sur la scène duquel les antagonistes spoiler: sont frappés par des balles mortelles
, le long métrage se disperse trop et manque d’originalité – il faut attendre quarante-cinq minutes pour que l’accident ait lieu ! Reste un divertissement agréable.
Santo en el hotel de la muerte quitte la ville pour lui préférer une zone archéologique du Mexique, raccorde ainsi son super-héros masqué aux mythes fondateurs du pays tout en jouant sur l’exotisme d’une telle destination : le film dialogue avec tout un pan américain du cinéma d’aventure fait de chercheurs d’or, de paléographes ambigus et de revenants, s’ouvre sur une visite touristique durant laquelle est abordé l’imaginaire des pyramides égyptiennes et des momies qui les peuplent. Se retrouve le cliché moraliste de l’homme transformé en monstre par l’argent, thématique explicitée par une scène en clausule figurant l’antagoniste en joie quoiqu’enfermé dans la salle au trésor sans perspective de sortie. Le long métrage se distingue par quelques bonnes idées de mise en scène, tels ce travelling horizontal qui suit un personnage aller de logement en logement, ou ce plan capté à travers l’ouverture d’une porte ; la photographie restitue bien les contrastes entre la piscine ensoleillée et le labyrinthe plongé dans une pénombre inquiétante donnant lieu à spoiler: une course-poursuite efficace
. La dimension sacrificielle spoiler: de jeunes femmes ravies pour leur pureté
, si elle rappelle le troisième opus, s’inscrit dans la tradition d’un genre où l’exotisme rime avec ésotérisme et magie noire. Un tel dépaysement, alors même que nous plongeons au cœur du Mexique, ventile l’univers Santo qui réitère, fidèle à lui-même, ses scènes de catch et de restaurants dansants avec un dosage appréciable. La structure du film ressemble, par bien des aspects, à celle d’un épisode de série télévisée – certains fondus au noir laissent supposer des pages de publicité –, forme que prend peu à peu la saga.
Sixième volet d’une saga devenue feuilletonnesque, Santo contra el cerebro diabólico commence là où finissait le précédent, retrouve son héros catcheur dans un cabriolet lancé à vive allure dans les espaces désertiques du Mexique depuis une zone archéologique vers un pauvre pueblo, village souffrant des exactions d’un groupe d’individus. Le film emprunte imagerie et imaginaire au western, conjugue les clichés américains – le saloon décliné ici sous le nom de « cantina » où il fait bon se bagarrer, les cavalcades, la rivalité entre hommes et femmes, les protagonistes qui ne sont autres que le shérif et son adjoint – et mexicains – un amoureux à grosse moustache malmène une danseuse, un strabique prépare un mauvais tour. Ces stéréotypes s’insèrent mal dans l’univers de Santo, réduit à apparaître quelques minutes çà et là pour immobiliser, à la force de ses bras et de ses jambes, un petit avion en train de prendre de l’élan : de quoi faire rougir de jalousie Tom Cruise ! Il s’agit, à n’en pas douter, de l’un des plus mauvais épisodes de la série, achevé d’ailleurs par un plan détestable sur mari spoiler: pardonnant son épouse en la battant vigoureusement, non sans amusement, avant que le mot « FIN » ne vienne achever le film, laissant inachevée la violence conjugale
. Un peu de catch, un lancé de couteaux, une chanson pour lier le tout…
Huitième épisode de la saga, Santo En El Museo De Cera déçoit après une ouverture pourtant pleine de promesses, forte d’une déambulation dans un musée de cires dans lequel s’inscrit, en somme, notre héros masqué parmi Gary Cooper habillé en shérif, Gandhi ou Staline. On nous promet une féminisation des monstres, en réponse au monopole masculin, par l’intermédiaire de la « femme panthère » qui, hélas, n’interviendra jamais… De façon générale, l’ensemble manque de rythme et d’enjeux : la figure du professeur fou soucieux de convertir les vivants en attractions manque d’incarnation, et le tremblement des acteurs censés figurer des personnages de cire amuse – nous le retrouverons d’ailleurs dans un film apparenté, Waxwork (Anthony Hickox, 1988), bien plus inventif que cette production médiocre qui ne tire jamais profit de son postulat pourtant fameux, inspiré de House of Wax (André de Toth, 1953).
Santo vs. el estrangulador bénéficie du talent de metteur en scène de René Cardona, qui soigne chacun de ses cadres et restitue la tension grandissante entre le spectacle musical, durant lequel on chante l’amour et le caramel en s’investissant dans des chorégraphies, et l’envers du décor où l’assassin se cache, tapi dans une ombre rappelant quelque peu celle de M– Eine Stadt sucht einen Mörder (Fritz Lang, 1931), en témoigne l’ouverture du film. Santo s’investit ici dans une intrigue rappelant celle du fantôme de l’opéra : l’antagoniste apparaît vêtu d’une cape et d’un chapeau, montre un visage brûlé, ne parle pas mais circule librement dans des espaces qu’il connaît. Trois types de séquences s’articulent de façon artificielle, confondant trois genres cinématographiques : la comédie musicale, le thriller et le documentaire sportif – le catch retrouve ici une importance toute particulière, après avoir été placé au second plan par les épisodes précédents. Divertissant mais dépourvu d’intérêt véritable.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 17 avril 2016
Sympathique mais ça a tout de même bien vieilli. L'ensemble manque de dynamisme même s'il y a des bonnes scènes de combats, mais niveau suspense, c'est prévisible et on oublie le film presque au générique de fin.
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