16 164 abonnés
13 119 critiques
Suivre son activité
4,0
Publiée le 22 juin 2013
C'est globalement la plus belle, la plus soignèe et la plus satisfaisante des adaptations du roman de Gustave Flaubert! Jean Renoir a voulu être le plus fidèle possible au texte de l'auteur! Ce roman est un univers complet à lui tout seul, et dans lequel le cinèaste de "La grande illusion" retrouve les èlèments essentiels de ce qui l'intèressait: l'insatisfaction humaine en gènèral, l'amour inassouvissable, accompagnès d'une ètude de ces dimensions intèrieures que sont le souhait, le dèsir, le regret, la nostalgie, le rêve...il y a très peu de dialogues dans le livre mais tous les dialogues du film sont pour ainsi dire des dialogues de Flaubert! Qu'en reste-il 80 ans plus tard ? Un grand classique du cinèma français qui fut rèalisè en pays normand, avec une reconstitution admirable de la vie française du milieu du XIXeme siècle, et qui connut malheureusement un très injuste èchec financier (tout comme "La chienne", "Boudu sauvè des eaux" et "La nuit du carrefour"). Face à Pierre Renoir, parfait dans le rôle de Charles Bovary, Valentine Tessier, merveilleuse actrice de thèâtre, ôte au rôle de Emma Bovary toute trace de thèâtralitè entre ruine et mort! A la base, "Madame Bovary" devait durer plus de trois heures! Le film fût rèduit à une heure et quarante minutes, c'est à dire le nèant! Un coup terrible pour cette version de 1933, qui, mutilèe à sa sortie, aurait pu accèder au statut de chef d'oeuvre! C'est Darius Milhaud qui ècrivit la partition de "Madame Bovary" dont la fèconditè artistique ètait tout à fait exceptionnel, ce musicien abordant tous les genres! Ont suivi une version allemande, puis argentine et en 1949 une excellente adaptation de Vincente Minnelli ! Vient en 1991 une peinture au vitriol honorable de la bourgeoisie des annèes 1850 mis en scène par Claude Chabrol et surtout en 1993 "Le Val Abraham" du juvènile Manoel de Oliveira, relecture très libre et très modernisèe d'une bourgeoise romantique et suicidaire...
S'attachant à mettre en valeur l'aspect médiocre de l'histoire et de ses personnages, Renoir filme l'oeuvre de Flaubert avec beaucoup d'humour, et parvient à mettre en scène le regard moqueur qu'avait l'auteur sur ces gens sans ambition ni rêve autres que ceux dictés par leur propre égoïsme. Un film moins sombre et moins grandiose que le livre, mais à sa façon provocateur et brillant.
Le roman de Gustave Flaubert, «Madame Bovary », a fait l’objet de quatorze adaptations à l’écran à ce jour (2019), dont quatre à la télévision, ce qui doit en faire l’un des livres le plus scénarisé. La flamboyante, sombre et tragique version que Vincente Minnelli réalisa en 1949 domine aisément la filmographie. Celle de Renoir, antérieure de quinze ans, ne démérite pas, loin de là. Les égoïsmes d’une classe de bourgeois provinciaux sont décrits avec précision, à commencer par Emma Bovary, le prototype d’égocentricité et le contre exemple, son mari (touchant Pierre Renoir), homme bon et aveuglément amoureux. Une fois pour toute Emma, décidée à vivre sa vie comme elle l’entend, méprise toute convention, ne manquant même pas de retenue en allant demander secours à un Abbé, qui se révélera aussi égoïste qu’elle. La grande force du réalisateur est de diriger Valentine Tessier dans le rôle titre de manière glaciale et théâtrale, montrant ainsi le combat permanent entre le désir et la réalité qu’elle n’arrive pas à faire coïncider. Tous les personnages deviennent ainsi des utilités, y compris ses deux amants qu’elle aime soit disant « à la folie », mais juste pour échapper à sa morne vie quotidienne. D’ailleurs elle n’hésite pas à les taper pour couvrir le découvert abyssal dans lesquels ses dépenses somptuaires ont plongé son ménage. Les décors étriqués et surchargés de la maison familiale rendent l’enfermement encore plus irrespirable et la mise en scène au cordeau et souvent sans fioritures (le film durait initialement trois heures) va donc toujours à l’essentiel, comme le plan d’excuse à la belle mère où Emma Bovary est enfermée dans l’embrasure d’une porte. Cette sécheresse durcit le film tout en amortissant quelque peu le côté ironique du livre. Tel quel, cette version de 101’ (Renoir regrettait amèrement les coupes) reste, à mon sens la deuxième meilleure à l’écran (mais je n’ai jamais vu la version de Gerhard Lamprecht de 1937, jamais sortie en France, qui a bonne réputation outre Rhin).
Qu'est-ce qui fait l'intérêt essentiel du film? Le sujet de Flaubert ou la réalisation de Renoir? Pour ma part, je dirais que c'est Flaubert car la mise en scène de Renoir -au demeurant amputée de quelques séquences je crois- ne m'a pas semblé transcendante. Je lui préfère même celle de Chabrol, 60 ans plus tard, où la causticité de ce dernier en matière de peinture de la bourgeoisie de province m'a davantage séduit. Sans parler de la composition d'Isabelle Huppert en comparaison de celle de Valentine Tessier dans le rôle-titre. Même si la composition de cette dernière n'est pas à rejeter, les canons dramatiques des années 30 sont encore un peu dans l'expressivité du cinéma muet et dans l'explicite. Renoir a le mérite de ne pas éluder le caractère "scandaleux" de l'héroïne de Flaubert, mauvaise épouse et mauvaise mère suivant certains principes, en évoquant notamment ses adultères et son insatisfaction de petite bourgeoise. Mais, en définitive, c'est Pierre Renoir dans le rôle de l'un peu fruste docteur Bovary, qui est le plus convaincant. D'autant que les seconds rôles, Homais ou Rodolphe pour ne citer qu'eux, sont fades et la thématique religion-matérialisme sans relief. Et puis, il y a ce dénouement assez étrange et excessif, qui parait bien long et qui verse dans le pathétisme et dans une idée morale conventionnelle: le châtiment mérité. Cette conclusion n'est pas une grande réussite mais je reconnais que mes souvenirs de lecture sont trop vagues pour savoir si la fin du film est conforme à celle du roman.