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Rémi Uzan
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1,5
Publiée le 1 décembre 2025
Une fois qu'on a accepté que les Américains sont les meilleurs en tout et surtout en joie de vivre, qu'ils ont inventé le jazz à partir du classique, que l'URSS c'est le mal, (même si le film dénonce bien la dictature du prolétariat et le flicage permanent, la terreur) que Fred Astaire pourrait être le père de Cyd Charisse (il a 58 and, elle 35 lors du tournage), que des agents russes devenus dissidents à Paris ne seront jamais inquiétés, on prend plaisir aux numéros de danse. Mais les intermèdes musicaux, non traduits, sont un peu faits à l'économie. Je sais qu'il faut se concentrer sur la danse mais le scénario est assez bancal : je n'ai pas cru une seconde à l'idylle Steve Ninoschka (le coup de foudre n'est pas crédible), ni au retournement de l'agente soviétique en une seconde, ni aux faux rapport anonyme écrit par Steve, ni aux agents soviétiques qui font ce qu'ils veulent sans avoir de problèmes avec le Guépéou (police politique soviétique). C'est tellement caricatural que si l'on n'a pas pris le parti d'en rire ça tombe à plat.
C'est le remake du "Ninotchka" de Lubitsch. En couleur et agrémenté, parcimonieusement, de chansons et numéros chorégraphiques du couple Astaire-Cyd Charisse, le film relate, donc, la rencontre d'agents soviétiques avec la civilisation occidentale, parisienne de surcroît. Ils sont censés rapatrier un compositeur coupable de travailler avec un producteur de cinéma américain mais ils savourent les plaisirs parisiens et la liberté. Ironique quant au modèle soviétique, le film de Rouben Mamoulian me semble aller plus loin que celui de Lubitsch (et de son scénariste Billy Wilder) dans la satire d'un régime totalitaire et stérile, amplifiant le caractère politique et partisan du sujet. Pour ce qui concerne la mise en scène, Cyd Charisse n'ayant pas le charisme de Greta Garbo, le récit se concentre un peu moins sur le personnage de Ninotchka -qui n'en demeure pas moins déterminant en raison du sens politique qu'il recouvre- et, comédie musicale oblige, s'offre nécessairement quelques récréatifs ballets et chansons. On s'amusera, tout en regrettant leur caractère manichéen, surtout en cette période de Guerre froide, des insolences spirituelles à l'attention du bloc soviétique ennemi. On sera sensible aussi aux couleurs et, plus généralement, au formalisme d'un film tout en scènes d'intérieur. En revanche, la liaison amoureuse et parfois orageuse entre Ninotchka et le producteur Canfield, est très conventionnelle.