Ce film a une énergie diabolique. Il tire sa force des plans séquences dont la durée loin de diluer l’action, nous oblige à soutenir toute la scène du début à la fin. La mise en scène rend obsédant la vie d’un obsédé. On ressent à quel point nous sommes tous condamnés à la liberté. Et que la vie peut tourner en rond, c’est le cas du personnage joué par Michael Fassbender qui peine à trouver un sens, et qui d’ailleurs ne peut rien fonder parce qu’il n’a pas d’assise. La famille est une fondation, mais visiblement, bien que ça reste en hors champ, il vient d’une famille où on ne s’aimait pas. Il est incapable de reconnaître ce sentiment, il ne connaît que le désir sexuel, l’assouvissement de ce désir, et n’a jamais rien construit de sérieux sentimentalement. La fin énigmatique, une femme qu’il a croisé et regardé avec insistance dans le métro, et qui a rendu ce regard qu’il lui portait, cette femme réapparaît dans la même ligne de métro, et une fois encore elle répond dans cet échange de désir, mais un plan final montre qu’elle ne porte plus d’alliance ( diabolique metteur en scène qui fait jouer au spectateur le rôle de celui qui est censé remarquer le moindre détail pris dans son désir sexuel) et cela indique peut-être que cette femme a quitté son mari, à cause de lui ? Donc qu’il a compté avec son désir individualiste et sauvage à effriter le conformisme et le code social d’un mariage. C’est un grand film sur le regard. Une société libre de regarder où tout est exposé, des grandes baies vitrées qui séparent des bureaux, des vitres d’hôtels chic où on voit des couples faire l’amour exposées à tous. La sœur Sissy est fragile, et une fois de plus, l’absence d’assise, avoir un appartement, un travail, la fragilise encore plus. A un moment donné on pense que le personnage central va finir dans la rue, tant il apparaît comme un vagabond (la chanson New York New York est un clin d’œil). On peut voir le film sur un plan religieux : tant les discours et les conversations qu’ont les personnages ne reposent souvent que sur du vide, l’enfer c’est l’emprise d’un désir qui détruit toute forme de fondement, de lien, qu’il consume dans sa logique d’appétence, et véritablement Michael Fassbender est à la recherche d’un pardon divin : lorsqu’il s’agenouille sous la pluie, et qu’il éprouve le désastre de sa vie, en quête de rédemption.