Quand il s'est attelé à la suite d'Avatar, James Cameron a fait comme pour le reste de sa carrière, il a vu grand. Lui et son équipe de scénaristes (Josh Friedman, Rick Jaffa, Shane Salerno et Amanda Silver) ont bûché plusieurs années- quitte à jeter le premier traitement de Cameron - pour arriver à...trois suites. Aventureux n'est-ce pas, même pour le réalisateur casse-cou de Abyss, T2 et Titanic. Et puis, finalement, il y avait trop de matière alors il en a rajouté une. Car oui, à l'origine, La Voie de l'Eau et De Feu et de Cendres formaient un seul et même projet. Ça se ressent et c'est le point faible de ce troisième volet.
Les pourfendeurs de Cameron seront ravis d'apprendre que le film leur fournit quelques cartouches pour l'attaquer. De mon côté, je me réjouis qu'ils aient ENFIN de quoi le faire avec du concret et pas des phrases toutes faites qui tirent parfois vers la malhonnêteté. Cette fois, le principal grief devrait être communément partagé. De Feu et de Cendres souffre de son statut de suite à La Voie de l'Eau parce que certains segments de son intrigue tiennent de la redite. Cameron ne s'est jamais caché de réaliser de suites qui font mine de rejouer la même mécanique pour mieux renverser la table, ce que T2 et La Voie de l'Eau faisaient. Ici, le point noir ne gravite pas autour de l'histoire principale, plus dense et plus sombre (la mort hante ce troisième chapitre), mais de certaines intrigues secondaires. En l'occurence, celles concernant Lo'Ak ou Kiri, personnages aux forts potentiels mais contraints à rejouer les mêmes enjeux que sur le précédent opus comme si la conclusion n'avait pas eu d'impact. Tandis que les personnages principaux avancent quelle que soit la direction, eux donnent l'impression de ne pas avoir bougé. On pourra également trouver que la structure du dernier acte - le plus généreux, pour rester vague - est calquée sur le climax du premier Avatar. Ce qui ne m'a pas gêné outre mesure, puisque De Feu et de Cendres est envisagé comme la fin d'un cycle d'où la logique à fonctionner par échos mais passons. Et dernièrement, la représentation d'une force spirituelle pourra déstabiliser. Les limitations sur certaines lignes narratives sont là, indéniablement. Mais il y en a d'autres, et elles sont non seulement réussies mais étonnantes.
Lors de cette aventure, on se recentre sur le trio d'origine, à savoir Jake, Neytiri et Quaritch. Ils y gagnent tous en aura et en profondeur, au gré d'une intrigue qui va les amener à s'égarer, se déchirer ou se reconsidérer, de manière frontale ou indirecte (voire inconsciente). Ce noyau dur, constitué depuis le tout premier Avatar, arrive à un tournant décisif. Alors, le récit les entraine dans des contrées inattendues, et sans perdre de temps. Neytiri et Quaritch sont sans aucun doute les plus passionnants de la saga, car tiraillés entre leurs foi et ce qu'ils voient à travers les autres. La première glisse de plus en plus vers l’extrémisme alors que l'autre s'accommode un peu trop bien de son statut, notamment dans son lien avec la tribu Mangkwan et sa cheffe Varang, nouveau personnage ultra-charismatique hélas sous-exploité. Par ce biais, De Feu et de Cendres pousse l’ambiguïté un cran plus loin que La Voie de l'eau. Mais Jake Sully n'est pas à négliger, ses conflits intérieurs sont au centre des séquences les plus fortes du film. Et la plupart se résument à des dialogues. Mais évidemment, le spectacle est au rendez-vous. On peut dire sans hésitation qu'on tient le blockbuster de l'année, plus chargé en action que les deux volets précédents. James Cameron fait preuve d'une grande virtuosité pour orchestrer ces nombreuses batailles, d'une envergure pratiquement inégalée et toujours parfaitement lisibles. On est d'autant plus investi que ces confrontations sont plus rudes qu'à l'accoutumée. Et encore plus belles. Les expressions faciales, les visages, l'eau, le feu, les déflagrations,...Visuellement, c'est toujours plusieurs crans au dessus de la concurrence.
Alors, totale réussite, semi-déception, déception ?...En ce qui me concerne, aucune de ces réponses. De Feu et de Cendres achève de rendre le récit de ses personnages mythologique. Ce qui comporte son lot de frustrations concernant certains seconds-rôles, mais démontre que la franchise ne perd pas le nord quand il faut prolonger ses thèmes, ses angoisses et réfléchir à ce qu'il veut transmettre. Si le public suit, un quatrième volet est déjà écrit et serait apparemment le plus aventureux des Avatar. Évidemment, on parle de James Cameron.