Assis sur un succès critique et public, Andrew Dominik repart de plus belle, aux côtés de Brad Pitt pour illustrer la crise financière américaine là où elle ne semblait pouvoir frapper, dans le milieu du banditisme. Tout part du braquage d’un tripot appartenant à un gus malchanceux, opportuniste par le passé mais dès l’entrée des truands encagoulés dans son business, dans une merde noire. Oui, s’il est finalement une branche de l’économie américaine, appelons un chat un chat, qui subit pleinement la crise, c’est bien le crime organisé. Le message est aussi ambigu que la position du personnage de Jacky, Brad Pitt, face aux évènements qu’il est censé maîtrisé, remettant les choses à leurs places respectives, soit réglés leurs comptes à ceux qui ont fauté au sens de la hiérarchie criminelle secrète auquel il est attaché. S’il est un film de gangster aux premiers abords, La mort en douce est plus que ça, du moins dans l’esprit de son réalisateur et scénariste.
Andrew Dominik semble malgré ses excellentes idées sociétales, survoler un sujet qu’il ne maîtrise qu’en partie. Difficile de sonder l’âme de l’Amérique lorsque l’on débouche de son Australie natale. Oui, le cinéaste, aussi talentueux soit-il, manque de profondeur dans son jugement, dans son approche d’un fait financier qui bouscule la société américaine, qu’il s’amuse à dépeindre comme au bord de la ruine. A ce titre, les tueurs de la mafia baissent leurs tarifs, les contrats se négocient aux prix du marché et la déprime guette chaque gangster, au même titre qu’un employé d’une compagnie endettée. L’Amérique n’est pas une nation, c’est un Buisness, voilà que résonne la réplique qui résume globalement bien l’atmosphère poisseuse d’un film tiède mais heureusement, habilement mis en scène.
Oui, l’on pourra juger Dominik, au final, non pas sur une approche furtive du milieu criminel de la côte est américaine, mais comme un metteur en scène doué d’une technique globalement similaire à celle d’un Scorsese lorsqu’il s’agit d’illustrer à l’écran la violence, en filmant toujours de manière originale l’action telle qu’il se la représente. Ses plans sur les véhicules en mouvement sont des exemples à suivre, ses travellings sont extraordinaires et sa gestion des premiers et seconds plans est remarquable. A ce titre, l’on sent l’infatigable volonté du réalisateur, dans ce film, d’exploiter l’image sous toutes ses formes, lors d’une exécution au ralenti proprement captivante, lors d’assassinat en règle, bruyant et sanglant ou lorsqu’il filme la solitude, la déchéance de petits voyous mal intentionnés qui restent par-dessus-tout des pions au bas de la pyramide du pouvoir criminel. En ce sens, le charisme de Brad Pitt en régleur de comptes sur mesure démontre encore d’avantage l’écart entre le criminel estimé et celui qui en est venu là par obligation.
Bien des points positifs parsèment le film d’Andrew Dominik, plein d’excellents acteurs, en tous les cas. Si je me réjouissais de retrouver James Gandolfini en truand, je fus tout de même un poil déçu de constater qu’il n’apparaît qu’uniquement pour dialoguer ouvertement avec ses congénères des affres de sa vie, de son boulot de tueur à gages. Une autre scène, entre les deux brigands du début, l’un sous héroïne, démontre elle aussi le manque de matériaux auquel devait faire face le réalisateur, s’engouffrant plus souvent qu’il ne le devait dans de longs échanges laborieux entre ses personnages. Un film toutefois plein de bonnes idées qui met en lumière ce que l’on aurait jamais pensé possible, la décrépitude du crime organisé suite à la chutes de l’Establishment financier américain. 15/20