Si vous vous baladez en Ecosse et que vous croisez une femme sexy dans un camion, méfiez-vous ! Voilà une possible morale à ce film, qui en suggère d’autres, rassurez-vous.. Under The Skin parvient à proposer quelque chose de neuf dans la production contemporaine, à la fois visuellement et sémantiquement. Un film en mode trip expérimental, qui ne laissera personne indifférent, qui fascinera ou sera vu comme ridicule. Je me situe dans la première catégorie, même si je garde quelques réserves malgré tout..
J’ai vraiment adoré l’originalité du réalisateur, son univers visuel assez unique, qui ressemble tantôt à de la performance comme on en voit dans des musées d’art moderne (les séquences « chambre noire ») et tantôt à une sorte de faux documentaire venant insérer de l’inquiétante étrangeté dans le quotidien le plus banal. On a l’impression que tous les éléments les plus banals, du passant ordinaire à la nature (comme l’eau, leitmotiv visuel important), peuvent faire surgir la beauté. Il y a un univers visuel, et un univers sonore très travaillé, en totale harmonie avec celui-ci.
Le film nous offre d’abord du mystère et le gère très intelligemment, en gardant une certaine linéarité pour ne pas nous perdre, mais en nous faisant travailler pour tenter de comprendre ce qui se passe ; un bel équilibre entre dit et non-dit. L’évolution du personnage central est fort intéressante, et les différentes rencontres – sorte de road movie atypique – fonctionnent très bien, sans tomber dans les répétitions. Ce personnage alien est fascinant à voir évoluer, à découvrir chaque élément du quotidien, à se laisser influencer par lui. Il y a des moments très poétiques, comme dans la séquence du château. Scarlett Johansson est l’interprète de rêve pour ce personnage, et son statut d’icône offre au film une autre dimension au niveau de l’interprétation.
Malheureusement, la dernière partie, bien que très réussie visuellement, ne va pas jusqu’au bout de ses possibilités, selon moi, et réduit fortement le sens, ainsi qu’une grande part du mystère. Le cinéaste, jusque là maitre dans la suggestion, se perd même un petit peu dans un certain voyeurisme. Le très beau plan final ne parviendra pas à faire oublier cette petite réserve, pour un film que j’ai globalement adoré. Si vous cherchez un film atypique, surprenant, original, il devrait vous intéresser. Under the Skin mérite sans doute plus qu’aucun autre, parmi les productions récentes, le titre de film OVNI.