Découvert avec le brillant Rushmore, Wes Anderson avait imprimé son style tout au long de sa filmographie. Créant un univers et une marque dont son cinéma était dès lors imprimé. Après un passage réussit à l’animation, Fantastic Mr. Fox, il revient à son univers, celui qu’il maîtrise, avec le réjouissant Moonrise Kingdom.
Parmi tous les films qu’il a réalisé, ce dernier s’apparente à être le plus accessible, même aux réfractaires du réalisateur.
Si la linéarité de son scénario, écrit à deux mais avec Roman Coppola, fait également place à moins d’originalité, c’est pour mieux nous séduire par son fond, simple, sur le chemin initiatique des premiers émois. Ainsi, sur son thème récurrent de la famille, de la force et de l’origine des liens qui l’a compose, Anderson s’affaire de la plus belle des manières à nous conter cette histoire avec un soupçon d’acte manqué que le réalisateur aurait voulu « projeter ». Sur le plan poétique et nostalgique, le charme opère.
Anderson c’est aussi (avant tout ?) un réalisateur plastique à l’esthétique et au style marqués. Ici c’est encore une fois la mesure qui compose son œuvre, des plans construits, des mouvements jouant d’effets de profondeur entre décors naturels et de plateaux. En somme, le Wes Anderson que l’on connaît et en pleine création. Plus proche de La vie aquatique que d’A bord du Darjeeling Limited, Moonrise Kingdom innove visuellement à chaque séquence, hors réalité, à la limité de la fantaisie fantastique.
Cependant, cette force construit à répétition une limite à sa mise en scène; très grand faiseur et manipulateur du monde qu’il réussit à créer, son cinéma prend également les mauvais côtés d’un tel parti pris. L’ensemble est tout de même géométriquement cadré, cloisonné, dans une mise en scène très (trop ?) géométrique, ne débordant jamais d’un cadre qu’elle s’emploie à manipuler (ingénieusement il est vrai) et répétitive. On s’aperçoit demander un peu plus de fougue et de lâcher prise, des envolées et pourquoi pas débuller parfois le pied de caméra. Cela n’enlève en rien la magie du film mais use un peu, une fois l’effet de surprise connu.
Passé cette redondance, Moonrise Kingdom porte la magie enivrante d’Anderson dans ces plus hautes sphères, les plus simples et la mieux maîtrisée depuis longtemps. Auréolé d’un casting parfait (E.Norton et B.Murray sont géniaux et parfaits dans leur rôle) le film est une douce ballade nostalgique des souvenirs du premier baiser, on flirt presque au plus proche de Boris Vian pour le ressenti. Wes Anderson a trouvé la musicalité parfaite pour son dernier film, au propre comme au figuré et prend le spectateur par la main pour lui offrir un délicieux moment nous ramenant à l’enfance. Parfait pour cette fois même s’il faudra mettre la face B lors d’une prochaine lecture, à défaut, le sillon va s’éroder.
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