"Amour" est une deuxième Palme d'Or d'Haneke en cinq ans. A croire qu'il est abonné désormais au succès sans détour. Et pourtant...Au risque d'irriter ses admirateurs, ses fidèles condisciples, ainsi que son bon dieu protestant qui le garde au chaud sous ses ailes, je pense que 'Amour" c'est un film sans grand intérêt, à l'interprétation assez bancale et surtout, très mal écrit. Le français n'est pas ma langue natale, mais même mon oreille, moins sensible au vibration de langue de Molière, a été irrité par ce langage lourdingue, irréaliste, beaucoup trop littéraire. Ce n'est pas étonnant que les comédiens ont eu du mal à s’approprier les dialogues, si touffus et maniérés. Personne dans la vraie vie ne parle ainsi, surtout aux moments de détresse et la déchéance. Même le concierge espagnol dans ce film s'exprime comme un duc de la cours de roi d’Angleterre, c'est à mourir de rire. Celle qui s'en sort le mieux c'est Isabelle Hupert. Elle était visiblement la seule d'avoir compris qu'il ne faut pas jouer Haneke à la lettre, qu'il faut l'adapter, sinon...on a la nomination aux Oscar de la meilleure comédienne! La mise en scène est très sobre, je n'ai rien à dire, de toute façon dans un huit clos de deux heures que vous voulez vous inventer? Des plans fixes, des champs contre champs, quelques travellings, belle lumière et la messe est dite.
Maintenant, passons au contenu. Nous avons un couple d'octogénaires, les anciens pianistes, dans un immense appartement bourgeois qui affrontent leur fin de vie ensemble. Vu la déchéance croissante de son chère épouse, l'époux abrège ses souffrances, en l'étouffant avec un oreiller (on ne sait pas d'ailleurs ce qu'il devient ensuite, mais on devine vaguement et pour être honnête ça nous emporte peu). Étant venue d'ailleurs, je ne suis pas aussi sensible à la mort que les gens dans les sociétés occidentales. Je pense, au contraire, qu'ici on vit trop longtemps et c'est pour cela la fin devient un calvaire et la mort une délivrance. C'est certainement pour ces raisons que le film ne m'a pas touché. Que quelqu'un meurt après d'avoir vécu une longue et visiblement heureuse vie, ça me semble tout à fait naturel et sain et il n'y a pas de quoi en faire un fromage et crier au chef oeuvre. D'ailleurs, si on veut voir un vrai bon film sur le sujet similaire c'est sans doute "Quelques heures de printemps" de Stephan Brizé. Là, c'est une vraie claque! Hélène Vincent et Vincent Lindon sont époustouflants dans leurs personnages respectifs. C'est sûr, c'est moins glamour: les héros sont des gens simples avec des vies plus médiocres, mais qui nous séduisent par leur courage, leurs douleurs, leurs souffrance, leurs vérités. Mais, hélas, ce n'est pas Haneke. Stéphane Brizé ne joue pas à la cours de grands, il n'a pas de "ticket", pas d'accès au succès, donc " pas de bras, pas de chocolat". Dommage, car c'est un film nettement mieux réussi qu' "Amour", d'ailleurs Haneke devrait le voir, ça lui fera peut être descendre de son piédestal.