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Pop&Shot
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4,0
Publiée le 9 juillet 2026
L'une des plus grandes forces de Fjord réside dans le refus de Cristian Mungiu de désigner clairement un coupable. Le réalisateur ne cherche jamais à dire au spectateur ce qu'il doit penser. Il expose les faits, laisse les contradictions s'installer et oblige chacun à composer avec son propre système de valeurs.
Mungiu joue ainsi avec les attentes du spectateur. Il ne cherche pas à réhabiliter les valeurs traditionnelles ni à discréditer les idéaux progressistes. Il montre simplement comment la certitude d'agir pour le bien peut conduire à une forme d'intolérance lorsque toute divergence culturelle ou morale devient suspecte. Cette inversion des rôles est particulièrement dérangeante : ceux qui incarnent la défense des droits et de l'intérêt supérieur de l'enfant prennent parfois les traits d'un pouvoir écrasant, tandis que ceux dont les idées sont les plus contestables deviennent les victimes d'un système convaincu de sa propre vertu.
Ce que j’ai aimé dans Fjord, c’est qu’il ne cherche jamais à nous dire quoi penser. À une époque où beaucoup de films ont peur de laisser place au doute, Cristian Mungiu fait exactement l’inverse : il nous oblige à remettre en question notre regard jusqu’à la dernière scène.
J’ai trouvé passionnant la façon dont il traite son sujet. On pourrait croire que le film parle de religion, de politique ou de choc des valeurs, mais il parle surtout de notre besoin de tout catégoriser. Qui est le méchant ? Qui a raison ? Qui est victime ? Plus le film avance, plus ces réponses deviennent impossibles. Et plus j’ai arrêté de me les poser pour « vivre » le film.
Sa mise en scène accompagne parfaitement cette idée. Elle ne cherche jamais à créer artificiellement de l’émotion ou à nous prendre par la main. Tout passe par les silences, les regards, les non-dits.
Ce que je retiens surtout, c’est la confiance que Mungiu accorde à son spectateur. Il ne simplifie jamais son propos, il refuse les réponses faciles et assume de nous laisser sortir avec plus de questions que de certitudes. C’est un cinéma exigeant, mais qui récompense pleinement celles et ceux qui acceptent de se laisser bousculer. Même si je n’ai vu que quelques films en compétition, pour moi chez palme est méritée.
Très beau film social qui ne prétend pas apporter de réponses toutes faîtes, mais pose beaucoup de questions nécessaire dans nos sociétés actuelles. Si ça ne donne pas envie d'aller s'installer en Norvège, ça donne terriblement envie d'aller y faire un tour ! Vu au Club Allociné.
Peu de cinéastes contemporains font preuve d’autant d’audace que Cristian Mungiu lorsqu’il s’agit d’explorer ces zones d’inconfort où s’entrechoquent idéologie, moralité et vulnérabilité humaine. Avec Fjord, le réalisateur roumain refuse une fois de plus le réconfort rassurant des réponses faciles, proposant un film aussi rigoureux sur le plan intellectuel que bouleversant sur le plan émotionnel. Sur fond de paysages majestueux mais impitoyables de la Norvège rurale, ce drame captivant suit Mihai et Lisbet Gheorghiu, un couple profondément religieux qui quitte la Roumanie avec ses cinq enfants dans l’espoir de mener une vie plus tranquille. Au lieu de cela, ils se retrouvent au cœur d’une bataille juridique et culturelle qui ne cesse de s’intensifier après que des ecchymoses découvertes sur leur fille aînée ont déclenché une enquête des services de protection de l’enfance. Ce qui semble au départ être un simple drame social se transforme peu à peu en une réflexion troublante sur la foi, la justice, l’identité culturelle et la frontière ténue qui sépare la protection de la persécution.
La rencontre de deux mondes qui ne se parlent plus, telle est la définition que le metteur en scène fait lui-même de son film. Celui d'une famille immigrée roumaine chrétienne traditionnelle, présentée sans être caricaturée et un Etat norvégien progressiste trop livré à son idéologie aux travers de son administration. Mais jusqu'où peut aller cet Etat ? Telle est la question centrale qui est déroulée tout au long de l'histoire. Même si cette palme d'or 2026 ne se situe pas au niveau d'un simple accident de Jafar Panahi, chef d'oeuvre et lauréat l'an dernier, on est quand même bien au-dessus des précédents récipiendaires tels Anora ou encore Anatomie d'une chute. A voir !
Le point de vue du film est sublime. C'est un traitement politique tellement intime que ça en ressort le côté malsain et lache face à une famille qui recherche juste à se retrouver avec une mise en scène entièrement maitrisée.
Vu dans le cadre du Club AlloCiné avec Première Projo
Avec FJORD, Cristian Mungiu perturbe et frappe son spectateur via sa dépiction tangible des méfaits de l’intolérance au sein d’une société qui souhaite avoir une réponse stricte à tout. Le réalisateur y ré évalue l’importance de la nuance à l’aide d’un scénario bien ficelé.
Vu en avant première dans le cadre du Club Allo-Ciné et en présence du réalisateur Cristian Mungiu. Commençons par dire que Fjord est un film parfaitement dans l'air du temps pour ce qui est des thématiques traitées Ainsi qu'une œuvre qui s'impose au spectateur comme une sorte de savant mélange de Ken Loach pour tout l'aspect cinéma social et de Michael Hanecke pour la froideur et la précision dans la manière de décortiquer les mœurs ainsi que la culture d'un endroit et d'un moment donné.
Autant dire qu'il y a pire comme références dans le cinéma et d'ailleurs, en réalisateur déjà expérimenté (7 films, dont une précédente palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), Mungiu n'a absolument pas à rougir de la comparaison avec les deux maîtres en fin de carrière. Sa mise en scène est belle, sa photo magnifique, sa réalisation est au scalpel, ses interprètes sont criants de vérité, et ses dialogues réalistes et inspirés. Mais ce n'est pas tout, car Fjord a visiblement aussi été trés bien documenté, notamment en tout ce qui concerne le système judiciaire et celui de protection de l'enfance Norvégien. En termes purement formels et cinématographiques, le film est assez admirable et il difficile de lui reprocher quoi que ce soit.
Sans aller jusqu'à parler de ses possibles défauts, là ou il peut, en revanche, soulever certaines questions, c'est sur le fond de son récit. Car, comme la majorité des films ayant remporté la récompense suprême à Cannes, Fjord a vocation à nous délivrer un message universel. En tout cas c'est l'impression qu'il donne clairement et l'intervention du réalisateur après la projection allait aussi dans ce sens. Sauf que, si l'on regarde de plus prés, le film de Mungiu se déroule dans un univers trés bourgeois ainsi que dans un coin perdu et peu peuplé d'un pays de seulement 4 millions d'habitants. Quand il nous plante le décor, on est clairement dans un univers trés privilégié et donc par définition pas vraiment représentatif de l'humanité. Je ne suis pas certain que si cette famille roumaine s'était installée dans la banlieue de n'importe quelle grande métropole occidentale, en envoyant ses enfants dans une École publique lambda, la suite du récit aurait été la même (mais peut-être me trompe je..). Et d'ailleurs, c'est finalement assez logique de le penser, puisque toute la spirale destructrice qui se met en place dans Fjord, repose justement sur cette idée de proximité et de population trés réduite ou l'anonymat n'existe pas et où chacun épie discrètement l'autre en portant un jugement sur lui. D'ailleurs, le film devient assez rapidement (et à raison au vu de qui nous est montré) une charge contre la mentalité rigide et le système administratif et judiciaire qui l'est tout autant, des norvégiens, dont le portait brossé est assez peu flatteur.
Mais peut être vais-je trop loin avec ces considérations, car Fjord reste avant tout un film à suspense haletant et de trés bonne facture. Un peu à la manière d'une autre palme d'or: Anatomie d'une chute, mais avec une dimension sociologique et internationale en plus. Et, comme une preuve supplémentaire de sa capacité à scotcher et à passionner le spectateur, les 2h26 qu'il dure passent... à toute vitesse.
Vu lors d'une projection privée AlloCiné. Fjord est un film où il faut se laisser prendre par ce qu'il raconte. Il apporte un débat politique sur la société qui est très fort avec la question de la manière dont l'on doit éduquer ses enfants, et comment la punir auprès des parents. Il montre une société stricte ou le moindre avis des parents peut leur être fatal. ET il le fait surtout de la meilleure des manières : le film prend le temps de bien développé les personnages pour pouvoir s'attacher plus facilement, portée par l'acting des acteurs qui est très bon, la mise en scène avec certains plans avec la caméra sont bien (même si ça devient trop simple), Le travail de l'image est superbe avec un grain et un contraste fort qui donne un côté déstabilisant et réel. Bref ce film va vraiment vous faire poser des questions, et je ne peux que le recommander.
Un film troublant, qui questionne sur la morale, la religion, la politique... Le genre de film qui nous pousse dans nos retranchements, qui mène au débat et auquel on pense encore bien après la fin de la séance.
Vu dans le cadre du Club AlloCiné, en présence de Cristian Mungiu. Un film intelligent, bien construit, qui fait réfléchir à la confrontation des convictions. Qui nous réussi à ne pas emmener le spectateur à prendre parti. Un film « nécessaire » et utile.
Prenant ! un engrenage culturel et judiciaire soulevant de multiples réflexions. La partie du procès est marquante, froide, à la réalisation efficace. Côté casting, nous découvrons Sebastian Stan comme on l'a jamais vu. Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants.
Un film très intéressant par son écriture, très complète qui peux se transposer à d’autres pays, d’autres situations. C’était assez lent ça peut perdre une partie des gens, néanmoins son écriture, l’interprétation des acteurs adultes et enfants est maîtrisé.
La plupart des grands réalisateurs sont des manipulateurs et ne demandent pas notre consentement pour aller au bout de leur cheminement. En la matière, Fjord se révèle un exercice assez vertigineux, plus encore que dans tous les films de Cristian Mungiu, désormais double palmé cannois. spoiler: La question qui reste posée est celle de l'origine des bleus, arborés par deux enfants d'une famille roumano-norvégienne, qui vient de s'installer dans un petit village nordique. Aurons-nous la réponse à l'issue de la projection ? Attendez, ce n'est pas aussi simple, dans l'esprit de Mungiu, spoiler: qui entend bien nous ballotter entre deux versions opposées, tout en ne semblant pas vouloir trancher entre une plutôt qu'une autre . D'un point de vue purement narratif, la mise en scène addictive du cinéaste n'a pas de mal à nous maintenir sous pression et c'est même du grand art. spoiler: Mais tout de même, qui a donc raison et qui a tort dans la manière d'éduquer sa progéniture ? Réfléchissez et faites votre religion, le film tangue à droite puis à gauche et si ce n'est pas une forme de perversité, cela y ressemble peut-être. Le cinéma de Mungiu n'avait sans doute jamais été aussi clivant que dans Fjord, spoiler: car il confronte là deux manières très différentes d'envisager un modus vivendi familial. Et toujours cette interrogation lancinante : quel est celui qui est le bon ? Malicieux, le cinéaste roumain ne nous ménage pas et tant pis si l'on ressort un tantinet agacé. Il s'agit bien de cinéma, largement au-dessus de la moyenne habituelle des productions actuelles. Est-ce que cela valait une Palme d'Or ? En voici une autre bonne question !