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Stéphane Brachet
11 critiques
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4,0
Publiée le 5 septembre 2026
Fjord est un drame à l'interprétation plus complexe qu'il n'y paraît. Dans un cadre magnifique, petit village norvégien un peu mystérieux, arrive un couple : lui (Sebastian Stan), roumain, elle ( Renate Reinsve), norvégienne ; ils s'établissent avec leurs 5 enfants. La cohabitation semble se faire de façon harmonieuse entre la famille Gheorghiu et leurs voisins, tant pour les parents que pour les enfants, jusqu'à ce que des traces supposées de coups soient détectées chez la fille aînée. Le processus engagé par les services sociaux à l'encontre de la famille roumano-norvégienne prend une allure implacable. Les certitudes de chaque côté semblent intangibles. Le réalisateur montre avec finesse l'incommunicabilité entre les deux parties : tour à tour il sème le doute sur le bien-fondé de l'action de l'Aide à l'Enfance et sur l'éducation des parents, teintée de rigueur religieuse. Le spectateur en sort sans savoir avec précision à quel degré doit être faite l'interprétation de l'ensemble. Si le film semble un peu long, on ne voit guère le temps passer tant l'engrenage est prenant. Un bravo également pour la qualité de jeu des deux filles dont l'amitié est touchante.
Rarement vu une mise en scène aussi grossière. Les traits sont appuyés sans nuance, le discours est nauséabond.... Trop peu de cinéma dans ce film, trop d'idéologie. Pourquoi la palme ? vraie question
Dérangeant dans le bon sens. La protection des enfants toujours légitime mais justifiée jusqu’aux frontières du racisme et de l’intolérance alors que le couple est chrétien et que la femme est norvégienne .., on n’ose pas imaginer le même film avec une famille syrienne.
Lle retour de vacances, celles-ci fussent-elles merveilleuses, sont très délicats quand il s'agit de se replonger dans la pénombre d'une salle de cinéma. Notre esprit étant toujours en congé. Cependant, je pense avoir bien choisi de voir Fjord qui m'a enthousiasmé et tenu en haleine plus de deux heures durant. Un rythme soutenu, un suspens sans égal bien aidé par la force d'un récit bien ciselé et un scénario subtil, bien écrit porté par des interprètes très professionnels font que le film passe très vite. Fjord bénéficie d'une superbe mise en scène aidée de plans superbes où les beaux paysages se confrontent à l'intimité de cette famille difficilement intégrée. Contrairement à l'avis de certains critiques dont la vision du film est superficielle, je crois que l'ambiguité domine l'histoire et ce qui intéresse Cristian Mungiu c'est la puissance des relations humaines intriquées dans les sociétés à laquelle le cinéaste ajoute une dimension kafkaienne. Aucun a priori chez Mungiu, aucune volonté de faire de la famille expatriée une victime, la violence faite aux enfants, insupportable, est dénoncée. Aucune caricature, comme entendue parfois chez l'enquêtrice. Des concepts philosophiques sont posés dans ce grand film. La domination d'une majorité sur une minorité n'est elle pas aussi injuste qu'une religion intégriste ?
La vérité est souvent insaisissable dans ce film qui questionne nos valeurs morales, la frontière entre l’intime et le politique, le fondamentalisme qui peut être tant religieux que progressiste, l’hypocrisie de sociétés modernes qui surprotègent ses enfants mais abandonnent ses anciens... Un film qui frappe fjord.
Un film qui fait vraiment réfléchir, à la fois sur le fait d'avoir des enfants, de comment les éduquer, et sur la transgression des valeurs chrétiennes vers la laïcité et l’aseptisation de l'éducation.
Une histoire qui aurait hélàs très bien pu se passer en France !
Ce qui fait froid dans le dos.
Et la beauté de ce village au fond d’un fjord rend le film très lumineux, comme Anatomie d’une chute, et plus profond, donc meilleur !
Dans FJORD, Cristian Mungiu raconte une guerre de convictions : d'un côté la conviction religieuse d'une famille dont la vie est strictement réglée par son appartenance à l'église évangéliste ; de l'autre la conviction politique d'un état, qui combat méthodiquement les violences faites aux enfants. Prises chacune séparément, ces convictions s'argumentent : la foi est une affaire privée, libre de s'épanouir à l'intérieur du cercle familial ; quant à une politique de protection de l'enfant, elle est en soi respectable et, pour passer d'un principe à son application, exige des procédures. Or le film décrit un affrontement, violent, et ce pour deux raisons : - la première est l'absence de nuance, cet "esprit de la loi" qui devrait toujours en corriger "la lettre". Dans FJORD, les services sociaux agissent en rouleau compresseur, convaincus que seules des mesures radicales (comme le retrait immédiat des enfants) sont aptes à suspendre une situation douteuse ; - la seconde est la place faite à l'ambiguïté : ambiguïté de la suspicion des coups (qui n'est pas preuve) ; de la parole des enfants (mensonge ou vérité ?) ; du comportement parental (chaleur communautaire mais exclusion sociale) ; d'une certaine violence d'état, qui administre plutôt qu'elle dialogue. Deux personnages du film parviennent à faire lien entre ces deux mondes monolithiques : la femme et la fille du proviseur du lycée qui accueille la famille. La première en tant qu'avocate, rompue à la subtilité du droit ; la seconde avec le coeur et l'emballement de la jeunesse. Le tout donne un film d'une subtilité vertigineuse.
D’un point de vue cinématographique Fjord est un excellent film : bien écrit, réalisé, porté par un superbe acting, etc. Impossible toutefois de faire abstraction de sa dimension politique : contrairement à ce que dit Mungiu en interview, le film n’a rien d’impartial ; tout est fait pour qu’on entre en empathie avec la famille au cœur du scandale, tandis que l’Aide sociale à l’enfance norvégienne est déshumanisée de bout en bout… Mungiu fait certes un effort pour que les progressistes ne soient pas (trop) caricaturaux, et que les conservateurs dévoilent de (petites) zones d’ombre, mais il défend à l’évidence une thèse – et peut agacer si on n’y adhère pas.
Ce n'est pas la meilleure Palme d'or qu'il m'ait été donné de voir au cinéma, sous couvert d'une affaire de soupçon de violence familiale, le film dénonce au début, puis fait le procès de deux façons d'appréhender la société, l'une traditionaliste et empreinte de religiosité pour cette famille d'émigrés roumains, famille qui se retrouve catapultée dans une communauté protestante dans une Norvège qui s'affiche comme étant son pendant progressiste. Dès lors, tout est en place pour dénoncer une société injuste, inique, oui mais c'est sans compter l'amour qui va s'inviter et s'immiscer entre deux membres de ces deux communautés. Deux visions sociétales, l'une progressiste, l'autre réactionnaire? A chacun de se faire sa propre idée, en tout cas le film ne juge pas mais montre clairement les limites de chacune de deux conceptions de la vie familiale et sociétale. L'amour, est souvent le point d'orgue des films lauréat du festival de Cannes et celui-ci avec sa Palme d'or ne fait pas exception.
Il y a longtemps que je n'ai été aussi passionnée par un film. Quelle intelligence dans le regard de Christian Mungiu! Il pose beaucoup de questions, mais ne propose pas sa réponse; en fait, il montre la bêtise et l'inefficacité du sectarisme. Petite parenthèse hors sujet: le film n'est pas une pub touristique pour la Norvège; si vous aviez réservé une croisière avec l'Hurtigruten, vous allez l'annuler illico: ces hautes montagnes, que l'on voir toujours en noir et blanc, neige et rochers (il est ou le soleil?) sont assez terrifiantes; de temps en temps une avalanche descend jusqu'aux murs de l'école. Pas de panique, les enfants rentrent calmement dans le bâtiment. Ils sont quand même super, ces Norvégiens. Super mais.... sectaires. Le couple Gheorghiu vient, avec sa progéniture (deux ados, deux enfants et un bébé encore au sein), s'installer au pays de Lisbet (Renate Reinsve); le père, Mihai (Sebastian Stan) est, lui roumain et la petite famille a grandi en Roumanie. Ils sont très chaleureusement accueillis; par leurs voisins en particulier, Mats qui est professeur et Mia (Lisa Carlehed), ancienne avocate; ils ont justement une fille de l'âge des ados, Noora (Henrikke Lund-Olsen), une petite rebelle qui n'en fait qu'à sa tête, sort la nuit.... et veut toujours avoir raison. Juste le contraire des enfants Gheorghiu. Les enfants Gheorghiu... ils obéissent, eux! ils prient, ils prient, ils étudient la Bible, ils sont punis dès qu'ils font une bêtise (privés de retrouver leurs amis par exemple), ils n'ont pas de portable et ignorent ce qu'est Youtube. Et comme cela leur parait très naturel, ils n'hésitent pas a dire en classe que l'homosexualité est punie par Dieu... La famille appartient en effet à une communauté (évangélistes, peut être?) soudée, et qui va la soutenir, comme on va le voir, même si c'est plus nuisible qu'autre chose. Alors, dès qu'une prof voir un bleu dans le dos de la petite Elia, elle s'empresse de prévenir la toute puissance Aide à l'Enfance et sa représentante Gunda (Ellen Dorrit Petersen qui vous fout vraiment la trouille!!).... et l'enfer s'ouvre sous les pieds des malheureux Gheorghiu qui perdent la garde de leurs enfants. Ce qui est formidable donc dans le film de Mungiu, c'est qu'il nous montre l'affrontement entre deux sectarismes aussi bornés l'un que l'autre, et les ravages que cela peut faire. A part les enfants, ballotés contre leur gré dans ces histoires d'adultes, il n'y a pas de victime. Car il n'est pas sympathique, le bigot; on comprends très vite qu'il est incapable d'un retour sur lui même; bien sûr qu'il aime ses enfants et qu'il ne les a jamais brutalisés, à part une claque sur les fesses; mais il est ne se remettra jamais en question. Quant au camp du bien, fort de sa toute puissance, qui manipule les enfants comme des pions -pour leur bien, bien sur! il est tout aussi terrifiant. Au delà donc du scénario, et du cas particulier de la Norvège, je vois une belle métaphore de notre société, où chacun se revendique d'un clan, où chacun campe sur ses certitudes, et où tout dialogue honnête devient impossible...
Les femmes de l'Aide à l'Enfance sont comme des robots sans discernement, froides et même sans humanité suivant leurs fiches avec les cases où mettre les individus, puis il y a le père, d'une austérité digne d'un secte, mutique et même hautain sur de sa foi, sans compter le prosélytisme insidieux des parents. Le premier soucis reste donc l'émotion, qui nous touche jamais, plutôt outré par la charge aveugle de l'Aide à l'Enfance puis par le prosélytisme et l'autorité d'un autre temps des parents. Le réalisateur choisit une mise en scène tout aussi austère et froide, collant ainsi à la famille orthodoxe mais qui dans le même temps montre un système et une société norvégienne qui le serait tout autant, "gelée" par l'Arctique sans doute (?!). Tout est donc trop froid, trop austère, sans vie aussi bien sur le fond que sur la forme, on ressent d'autant plus une durée de 2h35 peu justifiée. Néanmoins, le film interroge sur notre société, notre rapport à l'éducation, de la responsabilité-culpabilité des parents, l'importance qu'on donne ou doit donné à la "culture", la place de la religion... etc... Que des thématiques pertinentes, aussi passionnantes qu'épineuses. Les acteurs sont excellents, le couple Stan-Reinsve est épatant, forment un couple orthodoxe des plus effrayants finalement mais est-ce que cet angle était bien judicieux ?! Idem du côté système norvégien, ce côté très "droit dans ses bottes" qui fait presque "nazillon propre" n'est-il pas légèrement caricatural ?! Site : Selenie