Paul Thomas Anderson (PTA) est sans aucun doute le cinéaste le plus brillant de sa génération. Mais cela ne l’empêche pas de faire des faux pas. La preuve avec Inherent Vice, film policier raté, obscur mais doté de bonnes intentions. Année 1970, la parano règne en maître dans une Californie métamorphosée par la drogue, les amour perdues et de sombres disparitions…
La photographie, colorée et renvoyant dignement aux seventies, donne le la à la nouvelle œuvre du cinéaste. Pétards aux lèvres, tignasse inqualifiable de Phoenix, chemises débraillées, tout y est pour vous projeter dans une ambiance fun et décomplexée que même les créateurs de Grand Theft Auto n’auraient pas reniée. Influencé par Kubrick ou Scorsese, le réalisateur de Magnolia démontre une nouvelle fois son talent de metteur en scène. Toujours au bon endroit, la caméra magnifie des scènes à l’image rétro et aux protagonistes badass. Sous une musique habitée et lancinante de Jonny Greenwood (guitariste de Radiohead, compositeur de There Will Be Blood et The Master), les longs plans-séquences rendent ce travail formellement impeccable. Mais si la plastique d’Inherent Vice est irréprochable, le récit en est loin.
Les années passent et se ressemblent, car l’américain tente toujours de dépeindre son pays à travers le septième art. Hier, le pétrole et le sang se confondaient pour bâtir l’Amérique. Aujourd’hui, Nixon est au pouvoir et rend sa patrie paranoïaque. Demain, des grenouilles pleuvront en Californie pour tous les péchés que l’Homme a commis. Finalement, qu’importe le thème, pourvu qu’il y ait l’ivresse. Mais ici, cette narration n’est que labeur et incompréhension pour le spectateur. Conscient de la difficulté de son adaptation, PTA a souhaité inclure une voix off à son scénario pour le rendre plus fluide. Bien au contraire, celle-ci ajoute davantage de bavardages à cet imbroglio d’intrigues qui ne construisent pas un puzzle, mais le démontent sans cesse.
Plus l’intrigue progresse, plus les personnages se multiplient. Plus les personnages se multiplient, plus l’enquêteur peine à comprendre les différentes disparitions sur lesquelles il travaille. En résumé, le sophisme est simple : plus le scénario avance, moins il avance. Tout le drame d’Inherent Vice.