À ma connaissance, il existe trois types de mi-sitting mi-standing ovation, propre au cinéma et à ses pop-corn eaters : d’une part, celle d’un public -de fans- qui redécouvre un film culte sur grand écran, notamment à l’occasion de sa ressortie en 3D ; d’autre part, celle, plus rare, d’un public qui prend instantanément conscience d’avoir vu un chef-d’œuvre ou reçoit une bonne claque ; enfin, celle d’un public ému aux larmes par l’engagement d’un réalisateur étasunien pour une minorité ethnique persécutée, généralement amérindienne ou afro-américaine. Mais autant Jurassic Park et Django Unchained méritent-ils d’être applaudis, autant la réception si positive du Majordome me fait crier à la tromperie –tout bas. Non qu’il faille douter un seul instant de la sincérité de cet engagement, de l’amour que porte Lee Daniels à sa communauté, ou rester insensible à l’histoire d’un peuple capable de décrocher un "strange fruit hanging from [a] poplar [tree]" (1) et de remplacer la corde qu’il a autour du cou par une couronne –d’épines ; simplement, mis en tube par un entubeur professionnel, ce quasi-siècle de souffrances et de victoires devient un concentré de pathos 100% américain, à l’instar du très calorique Precious. Leurrée par l’étiquette, j’achète donc du Lee Daniels’ The Butler et lui trouve un sale goût d’eau de javel : en plus de proposer une Mariah Carey toute délavée, le film traite son sujet de manière si superficielle, si lisse, si bien-pensante qu’il frôle le criminel et provoque un terrible ennui. Plutôt que d’initier une réflexion sur la servilité, il ne compte que sur les beaux discours d’Obama, plus lacrymogènes que les histoires de petites filles qui meurent du cancer, pour emporter l’adhésion du public : c’est bas. Bref, de quoi regretter l’ardeur des débats parlementaires du dernier Spielberg, également oscarisable, et l’exquise insolence du dernier Tarantino. Reste Forest Whitaker, excellent acteur qui n'a rien fait de bien depuis Le Dernier Roi d'Écosse, force tranquille et incarnation de la respectabilité.
(1) « Strange Fruit », Lewis Allan, poème écrit en référence aux lynchages.