Après un troisième opus mémorable qui a conclu une trilogie inoubliable, Pirates des Caraïbes semble se perdre dans les méandres des suites interminables. Le quatrième film de la saga a tenté de relancer l'aventure, mais celui-ci, La Vengeance de Salazar (5ème opus) peine à retrouver la magie des premiers volets. Si l’on peut saluer la réalisation et la musique, plusieurs éléments du film laissent une impression mitigée, voire décevante. Certaines idées de mises en scène sont intéressantes mais peu exploitée
s notamment le fait de rendre vivant les poupes (avant des bateaux) pour un combat.
Dès la première scène, on est confronté à une situation qui, bien qu'elle reste dans le registre fantastique, frôle l’absurde :
une maison entière transportée intacte par une simple corde tirée par des cheveux. Même en tenant compte de la nature irréaliste de l'univers de Pirates des Caraïbes,
ce genre de séquence fait limite perdre tout le sérieux et la cohérence de l'histoire. Bien sûr, on peut s'attendre à des éléments fantastiques, mais cet excès d'invraisemblance pousse un peu trop loin le concept du film.
La musique, comme toujours, est un des rares points forts de ce film. Elle parvient à insuffler de la vie dans des scènes parfois un peu fades, et rappelle l’ambiance unique qui a fait le succès de la saga. Mais malgré cette bande-son entraînante, l’aspect visuel du film laisse souvent à désirer. Certains effets spéciaux,
comme ceux du rajeunissement de Jack Sparrow ou des créatures marines
, sont tout simplement peu crédibles. Paradoxalement,
l’attaque spectaculaire du bateau de Salazar demeure l'un des moments les plus réussis en termes d'effets visuels ainsi que la vue du dessus de l'île représentant les étoiles et les décors de la mer coupé en deux. Les scènes avec des requins, même si elles sont bien réalisées, tombent dans le piège d’une série B un peu cheap, ce qui nuit à l'immersion.
Le film a aussi du mal à se renouveler.
Le personnage du fils de Will Turner et de l’autre héroïne semble être une sorte de remake du premier film, cherchant à briser une malédiction familiale.
Cela manque cruellement d'originalité. Comme dans chaque suite, il faut sans cesse introduire une nouvelle relique ou créature magique plus puissantes que les précédents opus, et cela finit par diluer l’intérêt des précédents films.
L’histoire en elle-même semble se perdre dans un déluge de clichés et d’absurdités. Par exemple,
la scène où Jack et l’héroïne se préparent à mourir est d’une lourdeur enfantine qui détonne avec le ton plus mature des premiers films.
On essaie de retrouver la dynamique Jack-Elizabeth, mais elle semble complètement artificielle, surtout avec la différence d’âge marquée entre les deux personnages. De plus, les autres personnages, comme les seconds de Barbossa, semblent être une simple copie des pirates comiques des premiers films, et l’on n’échappe pas à une impression de déjà-vu.
Un autre point qui pose problème est la logique des scènes d’action. Par exemple,
la guillotine tournoyante et le balancier ne suivent plus du tout les lois de la gravité, ce qui rend les scènes un peu trop caricaturales et déconnectées de la réalité.
Mais l’ironie réside dans le fait que plus on en fait, moins ça fonctionne. Comme souvent dans ce genre de films, plus ne veut pas dire mieux.
D'un point de vue scénario, le film présente des lacunes conséquentes notamment les motivations de Salazar
( se venger de Sparrow lui permet de se libérer ? Si oui pourquoi ?), et les pouvoirs plus en plus abusés de ce personnage (la possession d'autres humains...).
Le pire selon moi est
la justification de l'ensemble des éléments caractéristiques de Jack Sparrow (ses accessoires comme le chapeau, les boucles, le sabre et le compas) et notamment son nom proviennent d'une seule scène. Comme je l'ai déjà entendu, le costume de ce personnage est parfait car l'ensemble de ces accessoires approfondissent le personnage en nous faisant comprendre qu'il a vécu énormément d'aventure. Cette scène contredit totalement les efforts des costumiers
.
Quant à la psychologie des personnages, elle semble beaucoup plus simplifiée ici.
Le sacrifice de Barbossa, pour une fille qu’il a abandonnée des années auparavant, paraît forcé et manquant d'émotion. L'héroïne, qui ne croit qu'en la science, adopte le nom de son père retrouvé après à peine trois minutes d’interaction…
C’est une démonstration flagrante de la superficialité des relations. À la fin, on retrouve ces mêmes personnages qui, sans réelle évolution, semblent destinés à une fin prévisible. Tout semble factice, comme un soap opera mal écrit, et ce n’est pas du tout ce qu’on attendait d’une saga qui a su, par le passé, allier action et profondeur émotionnelle.
Les acteurs ne parviennent pas non plus à redresser la barre. Les nouveaux venus, à l'instar des jeunes héros, manquent cruellement de la présence et de la complicité qui animaient Orlando Bloom et Keira Knightley dans les premiers films. Quant à Johnny Depp, malgré son charisme, il semble avoir du mal à incarner un Jack Sparrow aussi mémorable que dans le passé.
En fin de compte, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar souffre de nombreuses incohérences et faiblesses. Si la fin, qui rompt tous les sorts et offre une conclusion potentielle à la saga, paraît relativement satisfaisante, elle est rapidement ruinée par une scène post-générique inutile qui sème les graines d'une suite facile. Cela montre bien à quel point la franchise a perdu son souffle créatif et s'accroche à des idées déjà vues.
Si vous êtes fan de la saga, sachez qu’il s'agit du pire opus de la série car il crache à la figure des personnages iconiques de cette saga. Entre les effets spéciaux médiocres, une histoire qui manque d'originalité et des personnages trop caricaturaux, ce film se révèle être une déception pour les fans de longue date. Heureusement, il semble que cette aventure soit enfin sur le point de se terminer.