Quand la fiction vient au secours de la réalité et que la réalité dépasse la fiction... C'est la formule amusante de ce film qui, s'il n'était pas tiré d'une histoire vraie, serait jugé invraisemblable.
Première qualité : l'originalité abracadabrante de son intrigue, donc, qui tient à la fois de la farce et du pur récit d'espionnage, entre drôlerie et tension. Deuxième qualité : l'efficacité de la narration, à commencer par un prologue historique et "pédagogique" bien fait, plutôt critique envers la politique états-unienne. Troisième qualité : l'efficacité de la réalisation, qui use beaucoup de la caméra à l'épaule et ménage un excellent suspense.
L'action, aussi captivante soit-elle, exclut malheureusement très vite tout développement politique et limite au strict minimum le portrait psychologique des personnages. Le film développe en revanche un héroïsme discret, d'abord appréciable, mais sur lequel on finit quand même par appuyer, paradoxalement, à force d'insister sur l'humilité forcée, le coup d'éclat qui doit rester secret. On aurait pu se passer de la sempiternelle scène de retrouvaille entre le héros (même s'il ne se présente pas en héros) et sa femme, sur le seuil d'une maison où flotte un drapeau des États-Unis. On aurait pu aussi alléger les explications écrites finales, qui rendent au héros ce qui appartient au héros. Nous voilà rassurés.
Au final, on se dit qu'il y avait de quoi faire un vrai thriller politique. Argo n'est qu'un thriller tout court, mais en la matière, un vrai bon thriller, qui scotche le spectateur à son fauteuil. On se dit par ailleurs que Ben Affleck est meilleur réalisateur qu'acteur. Chaque accent de son jeu minimaliste apparaît un peu appuyé. Le reste du casting est de bonne tenue.
Petit détail pour terminer, assez bizarre : lors de son passage par Istanbul, le héros rencontre un autre agent secret ; il s'engage dans la cour de la mosquée Bleue pour pénétrer dans l'édifice, mais l'intérieur montré est celui de Sainte-Sophie !